Revue Protégez-vous,

Édition mai 1982

Page 19-25



   

Le jardinage,
un loisir à bon marché
   



par Jacques Lafrenière, horticulteur


Pratiquée à l'échelle réduite, la culture maraîchère ne fait pas réaliser d'économies substantielles. Par contre, un jardin trop grand n'est plus un loisir. Entre les deux, le jardinage offre beaucoup de satisfaction.

Depuis quelques années, se manifeste à travers le monde un véritable engouement pour la culture des jardins potagers. Les adeptes de cette nouvelle activité récréative dépassent en nombre ceux de toutes les autres formes de loisirs et de sports, si l'on exclut la télévision à cause du caractère passif que d'aucuns lui attribuent.

On devient amateur de jardinage pour plusieurs raisons, toutes aussi valables et imprécises les unes que les autres: par besoin d'économie et souvent d'exercice, par plaisir, ou pour consommer une nourriture saine, plus fraîche et exempte de pesticides dangereux.

Optimiser le rapport
bénéfices-coûts


Certaines analyses rigoureuses, effectuées par des spécialistes en administration dans une perspective purement économique, permettent de douter de la rentabilité d'un petit jardin potager, compte tenu des profits escessivement faibles qui s'y rattachent.


Quoi qu'il en soit, le jardinage constitue l'un des loisirs les plus économiques, puisqu'il ne coûte presque rien. A cet égard, il est comparable à d'autres activités de bricolage qui impliquent peu de frais. D'ailleurs, ce qu'on fait soi-même est souvent de meilleure qualité que ce qu'on achète et assure toujours plus de satisfaction.

Le jardinage permet de nombreuses économies, quand on y applique les mêmes règles de gestion qu'en affaires. Ainsi, il faut surveiller les dépenses superflues, par exemple au moment d'acheter les outils et l'équipement: il coûte souvent moins cher de louer un motoculteur, dont on se sert seulement quelques jours par année, que d'en faire l'acquisition.

Un autre point important concerne l'achat d'une trop grande pharmacie de pesticides et d'engrais, qu'on accumule sur des tablettes et dont on oublie même l'existence et le mode d'emploi. Quelques types d'engrais et quelques insecticides suffisent à l'entretien d'un potager.

Un loisir profitable
pour toute la famille


II est indispensable, dès maintenant, de différencier la notion de loisir et autre chose qui lui ressemble beaucoup et qu'on appelle travail. On pratique un loisir pour s'amuser, et c'est cela que doit être d'abord le jardinage. Bien sûr, comme le jogging, il peut être fatigant; toutefois, il permet d'éliminer l'accumulation de stress et grâce à lui, en fin de compte, on se sent bien, on respire l'air pur et on vit mieux dans un meilleur contact avec la nature.

Or, pour que le jardinage reste un loisir avant tout, le potager doit avoir de faibles dimensions. Dans le cas contraire, le loisir se transforme vite en corvée, qui ne détend plus du tout et peut même terrasser.

La grandeur du potager

Vous voulez vous lancer dans cette grande avénture qu'est le jardinage? Choisissez d'abord un endroit très ensoleillé. L'idéal, c'est d'y aller progressivement, en commençant par un petit jardin que vous agrandirez d'une année à l'autre. En général, la chose est possible, puisque vous pouvez l'étendre à volonté en bêchant davantage dans la pelouse environnante, ou le réduire en semant ou en plaçant de la tourbe.

Chaque printemps, remettez en question la grandeur du jardin. Habituellement, il faut ajouter d'autre terre de culture parce que, sous le gazon, la couche de terre arable est trop mince. Un bon jardin est recouvert d'environ 30 cm de bonne terre. Les plaques de gazon que vous soulevez peuvent servir de bonne terre si vous les retournez au fond de la couche de terre arable, où elles pourriront. Pour le reste, vous devrez acheter de la terre de culture chez un paysagiste ou un pépiniériste. Normalement, le niveau final du jardin est de 10 à 15 cm plus élevé que le reste du gazon, ce qui assure un meilleur drainage.

La terre

La qualité de la terre est vitale. Le rendement du jardin en dépend. La grosseur et la longueur des carottes, par exemple, serait une des façons d'en mesurer la fertilité. Si les engrais chimiques et organiques peuvent contribuer à accroître cette fertilité, ils ne font pas de miracles dans la terre de remplissage, appelée également terre d'excavation ou de sous-sol. En fait, il s'agit d'une terre uniquement minérale, constituée de particules ou petits morceaux de pierres de différentes sortes et de différentes grosseurs. On appelle argile les plus petites particules, limon les moyennes et sable les plus grosses.

La terre arable ou de culture contient en outre l'humus, ou matière organique, qui lui confère sa couleur foncée. L'humus est toujours en état de décomposition plus ou moins avancé, il disparaît graduellement, puisqu'il sert de nourriture à des millions de petits animaux et de micro-organismes comme les insectes, les champignons et les bactéries.

La fertilité d'un sol dépend de ces petits êtres vivants qui y vivent en consommant l'humus et en libérant des éléments de base, comme l'azote, le phosphore, la potasse et le magnésium, sous forme simple ou composée assimilable, qui peuvent être absorbés par les plantes. C'est pourquoi il est nécessaire, presque chaque année, d'enrichir le sol de fumier, de terreau de feuilles, de mousse ou de compost. Les engrais chimiques jouent le même rôle: ils doivent être décomposés comme le fumier et servir de nourriture à des bactéries avant d'être assimilés par les plantes. C'est ce qui assure une certaine régularité dans les approvisionnements d'éléments que la plante absorbe.

Le bêchage

Le bêchage est effectué au cours de l'automne et du printemps. A l'automne, vous tournerez la terre en gros morceaux pour l'exposer au gel et au dégel; par contre, au printemps, vous la pulvériserez en particules aussi fines que possible.

A la campagne, où la mécanisation est généralisée, les cultivateurs et les maraîchers cultivent les légumes en rangées de 75 cm à 1 m; en ville, cependant, il n'en va pas de même: l'espace des jardins est réduit et il faut produire au maximum par mètre carré. Alors, vous avez avantage à cultiver sur des plates-bandes élevées d'environ 2 m de largeur sur 3 à 4 mètres de longueur, entourées d'allées qui servent également de rigoles pour mieux drainer et recueillent les excès d'eau de pluie.

Les allées permettent également de travailler dans le jardin sans trop tasser le sol. Il ne faut pas marcher sur ses propres plates-bandes! Les plantes sont cultivées en rangées perpendiculaires à la longueur de la plate-bande et espacées entre elles, selon la grosseur des plants, de 15 à 40 cm.


Le nivelage aussi parfait que possible de la plate-bande suit le bêchage et précède le semis ou la plantation. Il ne faut pas bomber la surface, car cela empêcherait la pénétration d'une partie de I'eau de pluie.

Rien ne vous oblige à bêcher tout le jardin d'un seul coup. Il est préférable d'y aller graduellement en ne bêchant que les portions de terrain ou des plates-bandes qui seront nivelées, semées ou plantées dans la même journée. Si vous bêchez tout le jardin, vous devrez recommencer pour rendre la terre plus malléable avant chaque semis ou chaque plantation.

(1) Le bêchage est la première opération visant à préparer le sol. Les plaques de gazon peuvent servir d'engrais si vous les retournez. Sinon, vous devrez acheter de la terre de culture chez un paysagiste ou un pépiniériste. (2) En pourissant, la tourbe enfouie améliore grandement les caractéristiques organiques du sol. Il est alors plus facile de surélever le niveau du jardin par rapport au terrain environnant. (3) Les plates-bandes surélevées favorisent l'égouttement. En aménageant une allée centrale, on évite la compaction du sol due au piétinement dans la plate-bande.

Le plan et le calendrier

Dressez toujours un plan de votre jardin pour savoir combien d'espace vous laisserez entre les plants et les rangs. Une des tentations qui guette l'amateur à ses débuts est de trop serrer les rangs et les plants sur le rang. Chaque plant a besoin de lumière: dans ce domaine, il ne supporte aucune concurrence. Il faut éviter surtout de semer trop serrés les légumes à racines comestibles comme les carottes, les navets et les radis, sous peine d'avoir à pratiquer l'éclaircissage, opération fastidieuse consistant à enlever les plantes en trop. Tous les amateurs de jardinage du Québec peuvent dessiner le même plan, mais leurs calendriers de plantations et de semis varieront d'une région à l'autre. Ils commencent habituellement quand le sol s'est assez asséché pour couler entre les doigts au moment du bêchage. Dès lors, il est possible de semer les épinards, les radis, les carottes, les navets, la laitue, l'ail et l'oignon, peu importe où l'on se trouve.

Quant à tous les autres légumes, la date coïncide avec la dernière gelée. Ainsi, ce sera le 24 mai à Montréal, le 30 dans la banlieue et le 5 juin à Québec. Il faut également tenir compte de tous les facteurs qui ont une certaine incidence sur la température d'une région, dont le phénomène des microclimats. La topographie joue aussi un rôle important en ce sens: les vallées sont habituellement plus sujettes au gel que les plateaux et les montagnes. La présence d'importantes nappes d'eau contribue à stabiliser la température et peut empêcher les méfaits d'une gelée tardive. En résumé, tous ces facteurs augmentent ou réduisent dans chaque endroit les risques réels de gel.

Une semaine environ avant le début de votre calendrier, vous pouvez semer les petites fèves. De cette façon, le jour où votre calendrier sera effectif, la germination ne sera pas terminée, parce que les semences auront été enterrées à 4 ou 5 cm, et la partie aérienne de la fève n'aura pas encore émergé. Attention! D'habitude, les autres semences sont enterrées beaucoup moins profondément; dans ce cas-ci, la règle générale est de calculer deux fois et demie la grosseur de la semence...

Vous planterez vos tomates à l'époque des dernières gelées, dès la première belle journée du printemps. S'il fait plutôt froid, vous serez bien avisé en retardant l'opération d'une journée ou deux. Le piment et l'aubergine sont un peu dans le même cas et peut-être un peu plus frileux; vous aurez donc avantage à en retarder la plantation de quelques jours de plus.

Faut-il cultiver vos propres
plants ou les acheter?


En plus d'une économie substantielle, il y a plusieurs avantages à cultiver ses propres plants de tomates, de choux, de laitue pommée, de concombres*

(*Attention! Ces plants se transplantent plutôt mal, car les racines ne doivent pas être dérangées dans le sol.)

et de melons: entre autres, avoir un meilleur choix parmi les nombreuses variétés offertes dans les catalogues des grainetiers et éprouver plus tôt les joies du jardinage. Si jamais vous manquez votre coup, rien ne vous empêche en dernier ressort de vous rendre au marché ou au centrejardin le plus proche pour acheter des plants préparés.

Les plants de tomates doivent être enfouis aussi profondément que possible. Vous pouvez même enlever quelques feuilles jaunies à la base pour les enterrer davantage. Toutefois, si l'épaisseur de sol arable est trop mince et que les racines actuelles risquent d'être dans le sous-sol, il est préférable de plier légèrement la base du plant. Par ailleurs, la motte de terre qui reste prisonnière à l'intérieur des racines doit être conservée aussi intacte que possible pour éviter à la plante le choc de la transplantation, et le plant doit être enfoui à environ la moitié de l'épaisseur du sol arable. En calant la tige dans le sol, on réalise un genre de bouture qui provoque l'apparition d'autres racines secondaires sur la tige et l'on s'assure ainsi une meilleure récolte.

Si l'on a recours à un tuteur, ce qui permet de sauver de l'espace, il faut le placer avant la plantation; sinon, on risque de briser les racines, surtout si l'on plie ces dernières comme il est mentionné plus haut.

La protection
contre les insectes


Les pesticides sont des poisons plus ou moins toxiques: moins on en consomme, mieux c'est. Il existe pour les plantes ornementales des insecticides très toxiques qui ne devraient jamais être utilisés dans un potager. Même si certaines étiquettes indiquent qu'ils peuvent être répandus dans un jardin domestique, j'évite à tout prix des insecticides comme le chlordane et le malathion.

Je préfère employer plus régulièrement les nouveaux insecticides naturels, particulièrement sur les choux, les navets et autres plantes du genre, plutôt que d'avoir à sortir les gros canons comme le sévin (carbary) et le diazinon, deux insecticides chimiques auxquels j'ai recours seulement quand les produits naturels n'agissent plus. Parmi les nouveaux insecticides, on retrouve ici l'atox, le rotenone, le pyrèthre et la terre diatomée, commercialement appelée Power Terra Guard ou AP 300 S'ils permettent de prévenir les invasions en tuant les jeunes larves, ils rendent aussi le contrôle beaucoup plus facile et réduisent les dégâts à néant. Les produits naturels se lavent très bien, et leur toxicité est très faible pour l'être humain.

Être bien informé

Pour réduire vos coûts, vous devez être bien informé, et une bonne façon de l'être consiste à faire du jardinage en groupe, ou jardinage communautaire. C'est également un bon moyen de réduire les coûts d'opération, puisque les outils sont mis en commun et les achats de semences et de plantes, réalisés collectivement.

Si vous cultivez un petit jardin dans la cour arrière de votre maison, vous trouverez probablement dans votre localité une société d'horticulture. Vous pourrez assister à des conférences et participer à des échangès de toutes sortes. N'est-ce pas une façon agréable d'être mieux informé?

Bon jardinage!

Au moment de transplanter les plants, il faut enfouir la motte de terre assez profondément pour favoriser le développement de nouvelles racines le long de la tige entre la motte et la surface du sol.


Les jardins communautaires sont de plus en plus à la mode dans les grands centres. Même à l'extérieur des villes, certains agriculteurs louent des espaces de jardinage à des citadins que cette activité intéresse.


Parfois, la main-d'oeuvre est plus enthousiaste qu'efficace. Toutefois, l'expérience du jardinage aide à inculquer aux enfants le sens de certaines réalités fondamentaies.



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