Revue Protégez-vous,

Édition avril 1984

Page 29-32



   

Planter un arbre,
et le plus beau...

La vogue des espaces verts et le souci croissant des populations urbaines de rehausser la qualité de l'environnement amène bien des gens a identifier l'arbre comme le premier facteur de l'amélioration du paysage urbain.

par Jacques Lafrenière, horticulteur
Jardin botanique de Montréal


L'arbre est la parure végétale la plus imposante qu'emploie l'horticulture ornementale dans l'aménagement paysager des jardins. Avec lui, il apporte une partie considérable de son milieu naturel: il abrite les oiseaux et constitue la base même d'un vaste écosystème aussi bien dans la forêt, sa patrie naturelle, que dans la ville moderne, où il est appelé à jouer un rôle de plus en plus important. En effet, quel meilleur outil l'Homme pourrait-il choisir pour lutter contre la pollution?


L'arbre assainit et alimente constamment en oxygène l'air que nous respirons, en plus de l'humidifier et de le rafraîchir. Enfin, il atténue très efficacement les bruits de la circulation automobile et, en réduisant la vélocité des vents ou grâce à ses feuilles qui captent comme des filtres les corpuscules en suspension ensuite lavés par les pluies, il favorise la sédimentation au sol des poussières toxiques.





L'arbre, produit de consommation   



Le consommateur qui désire acheter un arbre et qui est influencé par les considérations écologiques ou sentimentales qui précèdent ne peut oublier qu'il doit aussi magasiner. Comme dans tous les autres commerces, les prix et la qualité varient d'une pépinière à l'autre. Dans le monde des végétaux, il existe des époques plus propices à la plantation, qu'on appelle périodes de dormance. Par exemple, les arbres peuvent être plantés à racines nues, donc à un coût d'achat moindre, durant l'automne après la chute des feuilles, et au printemps avant l'éclatement des bourgeons.


Par ailleurs, depuis quelques années, le marché offre aux amateurs plus pressés des arbres et des arbustes dans des pots remplis de terre en fibre biodégradable. La plantation a été effectuée au printemps ou à l'automne, donc au cours de la bonne saison, et les plants peuvent être distribués dans le jardin en tout temps de l'année, dans la mesure où la motte de terre n'est pas dérangée lors de l'opération. Cette méthode marque une révolution spectaculaire de la technologie horticole. Ses avantages sont certains. En effet, le consommateur a ainsi la possibilité de voir en feuilles et même en fleurs chaque plant qu'il achète et de juger plus facilement de sa qualité.


Par contre, un arbre et un arbuste vendu de cette façon coûte un peu plus et parfois même beaucoup plus cher qu'un autre. Sans compter que ses racines risquent de s'enrouler à l'intérieur du pot et de ne pas être suffisamment puissantes plus tard pour résister, par exemple, à la force d'un orage et d'un grand vent. Voilà un deuxième aspect négatif dont il faut tenir compte au moment de l'achat. Tout compte fait cependant, l'arbre vendu en pot reste, pour quiconque peut en faire l'acquisition, une valeur plus sûre que celui planté à racines nues, car les risques de pertes sont minimes.


Pour la plupart des gens, le magasinage d'un arbre est certainement un peu plus difficile que celui d'autres produits commerciaux et usinés. En effet, les horticulteurs amateurs sont toujours pleins de bonnes intentions: tous veulent bien faire et recherchent la beauté. Néanmoins, ils connaissent si peu les arbres qu'ils auraient de la difficulté à en identifier une dizaine lorsqu'ils se promènent dans une pépinière. Sauraient-ils dire dans quel état ils sont, surtout avant l'éclosion des bourgeons? Par exemple, sont-ils très vivants, faibles ou morts? Cela est visible quand on les obtient en pot, avec les feuilles, mais les risques sont plus grands lorsqu'on les achète à racines nues, même si cela est plus économique!


Les arbres aussi sont soumis à la loi de l'offre et de la demande. Au Québec, la compétition est plutôt faible, car la production se fait à l'étranger, surtout en Ontario. Dans ce domaine, nous importons environ 75% de tout ce que nous achetons. Or, en plus de se traduire par un désavantage économique, cette réalité constitue un inconvénient technique en ce qui a trait à l'adaptation des arbres à leur nouveau milieu, sans compter tous les ennuis inhérents au transport: sécheresse, chaleur, éclatement retardé ou accéléré des bourgeons, etc. En général, les arbres reprennent plus facilement s'ils ont été cultivés dans la même région où ils sont plantés.


Depuis quelques années, le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, ainsi que le Jardin botanique de Montréal font de louables efforts pour aider les pépiniéristes locaux à produire ici les arbres les plus demandés. Des chercheurs étudient actuellement nos plantes indigènes dans le but de trouver celles qui pourraient jouer le mieux le rôle d'arbres d'ornement. Un premier rapport a déjà été publié à ce sujet en juin 1980 par 1'Éditeur officiel du Québec. Il est disponible dans certaines bibliothèques, dont celle du Jardin botanique de Montréal, sous le titre de: Inventaire des arbres et arbustes ornementaux pour le Québec.


Les catalogues


Les catalogues constituent sans contredit l'un des meilleurs moyens de mieux connaître les arbres et l'une des sources les plus sûres de renseignements au moment de magasiner. On y indique en effet pour chaque arbre le degré de rusticité, le type de feuillage, la hauteur et le port des plants, ainsi que les caractéristiques de chaque espèce. En outre, on y montre comment réaliser une bonne et belle plantation, et l'on y présente des tableaux et des listes d'arbres et d'arbustes selon la couleur des fleurs, la texture et la densité du feuillage, de même que la fructification.


Les catalogues des grandes pépinières sont souvent illustrés de photos en couleurs, ce qui est très pratique. Néanmoins, ils sont rarement gratuits: depuis quelques années, compte tenu des coûts croissants de l’impression et du papier, la plupart des pépiniéristes les vendent au lieu de les donner, en y insérant cependant un bon de remboursement applicable lors de la prochaine commande. Quoi qu’il en soit, ces catalogues, et particulièrement ceux agrémentés de photos en couleurs, coûtent souvent plus cher aux commerçants que le prix qu’ils en demandent.


Ce qu'on ne dit pas


Par contre, ce que les marchands omettent d'énumérer, ce sont les risques de maladies spécifiques que courent certaines espèces d'arbres. Par exemple, tous les sorbiers, dont le sorbier des oiseaux (Sorbus aucuparia) sont menacés par une affection mortelle connue sous le nom de brûlure bactérienne. Cette maladie a déjà décimé près de 95% de tous les sorbiers de la région métropolitaine de Montréal. Par conséquent, le fait d'acheter et de planter un sorbier représente un risque de perte totale très élevé. Nous pourrions en dire autant de l'orme d’Amérique et du robinier (Robinia pseudo-acacia). Le cas de l’orme est peut-être le plus connu.


Parfois, ces risques ne sont pas les mêmes d'une région à une autre. Ainsi, le saule à feuilles de laurier (Salix pentandra) résiste assez bien à la rouille dans des régions nordiques comme celles du lac Saint-Jean et de l'Abitibi, mais beaucoup plus difficilement dans la région de Montréal, où son existence est souvent très réduite.


Deux points à surveiller


• La floraison. La plupart des arbres et des arbustes d'ornement produisent des fleurs. Dans certains cas, la période de floraison est assez longue et, dans d'autres, très éphémère. En outre, les variétés horticoles se multiplient sans cesse et offrent presque toujours des avantages comparativement à l'espèce type: certaines peuvent résister mieux au froid ou aux différentes maladies et d'autres, adopter une forme plus esthétique. Par exemple, dans sa variété Columnare, l’érable de Norvège ressemble au peuplier de Lombardie, du moins dans son port étroit et fuselé.


• La fructification. Souvent, les arbres et les arbustes portent des fruits. Cela constitue un avantage, mais malheureusement aussi un inconvénient dans certains cas, et cette question doit être envisagée de préférence avant l'achat. Par exemple, certaines variétés de pommiers produisent des fruits plus ou moins gros, parfois très savoureux, dont on peut faire de la gelée. Cela peut être très intéressant pour certains amateurs, mais représenter aussi un véritable cauchemar pour quiconque ne supporte pas la vue de tapis littéralement détruits par la bouillie laissée par des gens qui ont piétiné des fruits tombés sur les trottoirs!


Les horticulteurs ont donc créé des variétés stériles pour éliminer de semblables fléaux. Par exemple, on trouve sur le marché un pommier ornemental, appelé ‘Bechtel,’ qui n'a presque pas de fruits; un frêne de Pennsylvanie, var. ‘Marshall,’ qui n'a pas de samares, et un marronnier d’Inde, le ‘Carnea Brioti,’ qui ne produit pas de marrons. Cela est très utile dans une ville où les branches de ces arbres surplombent les trottoirs.


Faites-vous aider


La plupart des pépiniéristes et des paysagistes se feront un plaisir de vous recevoir et de vous donner les informations dont vous avez besoin. Consultez-les avant d'acheter: vous ferez une meilleure affaire. Pour ne pas être déçu, consultez un marchand qui a pignon sur rue, de préférence dans votre localité ou près de chez vous. Il pourra vous donner de meilleures informations.


Que penser des arbres pris en forêt?

Si vous décidez d'aller chercher vos arbres en forêt, assurez-vous d'abord que le propriétaire n'y voit pas d'objection, car le vol d'arbres peut coûter très cher. Ensuite, considérez que la reprise risque d'être un peu plus ardue que dans le cas d'arbres cultivés. L'idéal serait de les prendre à l'orée des bois, où les arbres sont moins denses, et de les choisir plutôt petits. Certains ne manquent pas d'intérêt: par exemple, les talles de bouleaux, les chênes, les érables à sucre, les amélanchiers du Canada et même les cerisiers et les tilleuls font de très beaux arbres d'ornement.


Les conifères, comme le pin blanc et le cèdre, se transplantent assez bien. Dans tous les cas, essayez de conserver une motte de terre autour des racines. Il faut tout de même réaliser que les arbres vendus dans les pépinières sont parfois sélectionnés et préparés depuis une dizaine d'années. En outre, il s'agit souvent d'espèces greffées, comme le sont toutes les variétés horticoles. En somme, rien ne permet de les comparer avec ceux que vous prendrez sur un terrain vague ou en forêt.





Quelques bons arbres


• L'amélanchier du Canada est un de nos plus beaux petits arbres indigènes. C'est aussi un arbre fruitier, et son fruit, appelé petite poire, est comestible et délicieux. Il appartient à la famille des rosacées, ce qui lui permet une floraison digne des cerisiers ou des pommiers ornementaux.


• L'érable à sucre (Acer saccharum) reste l'un des arbres les plus beaux et les plus forts que nous possédions. Sa durée et sa résistance rivalisent avec celles du chêne rouge (Quercus rubra). Ces deux espèces peuvent vivre très longtemps, soit souvent plus de 100 ans; leurs branches solides ne risquent pas de rompre à la première tempête de verglas, comme le font souvent celles de l'érable à Giguère, très employé (à tort) dans nos campagnes.


• L'épinette blanche (Picea pungens) n'est pas assez populaire. Il s'agit d'un conifère qui résiste très bien au vent, au froid et à la pollution des villes, et qui pousse dans tous les sols. Les gens de la campagne pourraient en faire des brise-vent, particulièrement du côté Nord; ils réduiraient ainsi leurs factures d'énergie.


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