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Lettre ouverte au Premier ministre du Canada |
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M. Jean Crétin,
Premier ministre du CanadaCher monsieur Crétin,
Vous pardonnerez, je l'espère, au minable citoyen du plus beau pays au monde que je suis, de venir ainsi troubler la quiétude béate du Premier ministre que vous êtes, de ce plusse beau pays. Si j'ose ainsi m'adresser à vous, c'est que j'ai un très grave problème et que, me semble-t-il, vous seriez le seul à pouvoir résoudre.
Le problème est que je rêve à vous tous les jours. Cela a commencé au début des années 80, Aie ! Ça fera bientôt 20 ans. Comme le temps passe vite ! Vous vous souvenez, vous étiez à l'époque ministre de la Justice dans le cabinet de votre ami Trudeau. Avec lui, vous avez alors fourré le Québec comme jamais il ne l'avait été dans toute son histoire.
C'est donc à cette époque, comme je vous le disais, que j'ai commencé à rêver à vous. Cela a commencé bien insidieusement. Au début, c'était très occasionnel. Je ne m'en préoccupais pas trop. Je me disais alors que ce n'était qu'un horrible cauchemar et j'arrivais à me rendormir assez rapidement.
Mais voilà que depuis que vous êtes le Premier ministre de ce plusse beau pays au monde, le problème que je vis s'est considérablement aggravé. Je m'en explique. Voilà que maintenant je rêve à vous tous les jours. Cela est tellement répétitif qu'on pourrait presque dire que c'est devenu obsessionnel. Il m'arrive même de rêver tout éveillé. Le plus bizarre de toute cette histoire est que plus j'apprenais à vous connaître, de cauchemars qu'ils étaient, ces rêves sont devenus très agréables. Sans exagérer aucunement, j'oserais même les qualifier de jouissifs. Bien que je m'exprime ici au pluriel, il s'agit en réalité d'un seul et même rêve qui, à peu de choses près, se répète inlassablement. Je dois sans doute ici piquer votre curiosité. Alors, assez de tergiversations, je vous le raconte.
« Dans ce rêve, je vous vois sortant de votre limousine et moi, je me retrouve là, tout près, fortuitement, un vulgaire passant quoi ! Ou alors, lors d'une de vos sorties officielles, vous vous retrouvez dans un bain de foule et je suis dans cette foule, tout près de vous, à portée de main. On pourrait presque se serrer la pince. Je n'en reviens pas, je suis tellement heureux de cette fortuite rencontre. Et tout à coup, tout à coup:Au nom de tous les chômeurs et travailleurs victimes du détournement de fonds de l'assurance emploi; au nom de toutes ces femmes employées de l'état auxquelles vous refusez d'accorder l'équité salariale et ce, en dépit d'un jugement de cour; au nom de toutes ces familles de réfugiés que votre gouvernement traite de façon inhumaine; et surtout... SURTOUT... au nom de TOUTES les victimes du sang contaminé que vous avez refusé d'indemniser et au nom de toutes celles qui sont déjà mortes; en somme, au nom de tous vos concitoyens ordinaires envers lesquels vous ne manifestez qu'arrogance et mépris; faute de batte de baseball ou de poivre de cayenne, je propulse alors sur votre auguste visage un volumineux crachat que, depuis de longues minutes, j'accumule au fond de ma gorge. Et cela me procure un plaisir indescriptible. Comme ça fait du bien !Je sais, peut-être auriez-vous préféré un oeuf, une tomate pourrie, une tarte à la crème ou que sais-je encore, peut-être même les fientes gluantes d'un quelconque goéland survolant votre honorable personne. Mais, que voulez-vous, en tant que Premier ministre de ce plusse beau pays au monde, vous méritez beaucoup mieux. »
En dépit de cet incommensurable plaisir, presque au bord de la jouissance, je commence vraiment à en avoir marre de toujours faire le même rêve. J'apprécierais bien un peu plus de variété.Là où vous pourriez m'aider à résoudre ce problème demeuré jusqu'ici insoluble, ce serait de me communiquer votre agenda. Qui sait ? On pourrait peut-être un jour se rencontrer par hasard. Le hasard parfois arrange tellement bien les choses. Peut-être pourrais-je ainsi pouvoir enfin rêver à autre chose.
Un minable citoyen du Québec !
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