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      La démocratie ! Mais quelle démocratie ? Celle que les hommes ont mis tant de temps à conquérir et à laquelle une bonne partie de l'humanité n'a pas encore goûté, existe-t-elle encore vraiment ? N'est-elle pas entrain de leur échapper ? N'est-elle pas devenue un concept aujourd'hui à l'agonie ? A regarder évoluer le monde d'aujourd'hui, on est sérieusement en droit de se demander dans quel monde vivrons-nous dans dix ou quinze ans.

      Nous serons bientôt en l'an 2000. La planète entière (ou presque) s'apprête à célébrer notre entrée dans le 21ième siècle. Mais nous allons célébrer quoi au juste ? Avons-nous seulement de quoi célébrer ? Bien sûr, la minorité des biens nantis aura toutes les raisons de célébrer l'aube d'or qui s'annonce pour elle. Mais qu'en est-il de l'immense majorité des gens ordinaires, de ceux qu'on appelait autrefois la majorité silencieuse, des sans-emploi, des sans-abri, des affamés, des jeunes dont l'horizon est bouché ? Que vont-ils célébrer eux ? L'entrée dans un monde où la classe moyenne disparaît, où les riches, de moins en moins nombreux, sont de plus en plus riches et où les pauvres, de plus en plus nombreux, sont de plus en plus pauvres ? Un monde où les citoyens ordinaires ont de moins en moins leur mot à dire ?

      A regarder ce qui se passe, il y a vraiment matière à s'inquiéter. La fusion des banques, de grandes entreprises, la formation de conglomérats de plus en plus puissants, l'hégémonie et la puissance de sociétés comme Microsoft, la perspective de l'accord multilatéral sur les investissements (ce sale AMI), sont précurseurs, si on n'y prend garde, de jours sombres pour l'humanité toute entière. On est entrain d'assister passivement à la concentration du pouvoir entre les mains d'une infime minorité de biens nantis. A un tel rythme, viendra un jour où même nos gouvernements n'auront plus rien à dire. Le peuple sera devenu sans voix, une simple horde de consommateurs captifs et impuissants, vivant sous les diktats d'une poignée de puissants et sauvages capitalistes sans coeur et sans âme. Ce sera une nouvelle forme de dictature dans l'histoire de l'humanité : la dictature des puissances financières.

      Le phénomène de la mondialisation des marchés, c'est aussi la mondialisation de la pauvreté et de la misère, ainsi que la perte d'une liberté chèrement acquise au fil des siècles. La menace qui plane sur l'humanité est celle d'une société contre nature, où les citoyens seront au service de l'argent plutôt que celui-ci soit au service des hommes, une société sans morale où l'argent aura remplacé Dieu.

      Il n'est pas trop tard pour réagir et le temps presse. Il nous appartient de faire savoir clairement que nous ne sommes pas d'accord et que nous ne nous laisserons pas faire. Serons-nous encore une fois coupables, et cette fois-ci victimes, de notre silence ?


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