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      J'aimerais partager avec vous un texte dont je ne suis pas l'auteur mais auquel je souscris totalement. J'aurais pu le signer moi-même tellement il correspond à ce que je pense sur le sujet. Sous la plume de Mme Anne Théberge, il fut publié dans le courrier des lecteurs du journal VOIR, no 630, vol. 13, no 13, édition du 1er au 7 avril 1999.

      Je ne pencherai pas sur l'affaire Gilbert Rozon. Je veux vous parler de ses fils qui font rouler sa grosse machine. Les Maxim Martin, Peter McLeod, Jean-Michel Anctil, François Massicotte et j'en passe.

      Nous avons l'immense plaisir de les voir à l'oeuvre tous les samedis soirs dans une série d'émissions tirée des Galas Juste pour rire 1998, et présentée sur les ondes de Radio-Canada. Entre les fesses de Normand Brathwaite et celles de Gildor Roy, entre deux « câlisses » de Peter McLeod et une joke de mononcle de Jean-Michel Anctil, je n'ai su lequel choisir... Et pendant que Maxim Martin, celui qui se vante de parler des « vraies affaires » nous proposait une petite « branlette » à l'entracte, je me suis souvenue d'une entrevue avec François Massicotte qui nous confirmait que l'humour à message était dépassé et que, de toute façon, c'était trop facile. On n'a qu'à voir son dernier spectacle (surtout son numéro de vingt minutes couché sur un sofa à zapper avec sa télécommande) pour constater que l'originalité et la créativité aussi ne sont plus à la mode.

      Vraiment, l'humour pré-pubère bat son plein au Québec ! Pourtant, les spectacles d'humour affichent complet un peu partout, peu importe l'hurluberlu au programme. C'est que les Québécois semblent vouloir rire à tout prix. Avec des cachets beaucoup plus élevés que les gens de théâtre, les humoristes sont morts de rire. Leurs textes insipides parlent de tout, mais surtout de rien. Des histoires de salon, des histoires de cucupipi-cacapoil. Ils évitent tous les sujets politiquement ou socialement corsés. Pourquoi ? Peut-être parce qu'ils ont peur à leurs fesses... Mais, qu'on le porte à gauche ou à droite, l'humour est depuis plusieurs années déjà en bas de la ceinture. On ne lit plus entre les lignes, on lit entre les deux jambes.

      À l'air Montignac, notre humour québécois est hors tendance, puisqu'il est lourd, gras, de mauvais goût, fast-food et indigeste. Les textes sont pauvres et bourrés de petites jokes sucrées et salées... Montignac l'a constaté : les Québécois stimulent trop le même organe (je ne vous parle pas du pancréas). Il serait peut-être temps que nos humoristes cessent de nous dilater la rate avec leurs farces grossières, et qu'ils nous fassent travailler un peu le cerveau avant qu'il ne se déshydrate...

Anne Théberge

      Comme on est loin ici de l'intelligence d'un Gratien Gélinas, de l'insolence des Cyniques, du raffinement d'un Sol, de l'humour d'une Clémence Desrochers et du brillant génie d'un Yvon Deschamps qui savaient nous enrichir l'esprit et nous faire réfléchir sur les travers de notre société, au point que parfois on riait jaune, mais ce n'en était pas moins drôle. Quand on voit et entend les humoristes d'aujourd'hui on ne peut certes pas parler d'évolution. On assiste plutôt à une triste et désolante régression.

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