Expliquer l?homosexualité aux plus jeunes

Bibliothèque du Père-Ambroise

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La Bibliothèque du Père-Ambroise de l?ASCCS tente présentement de compléter une collection de littérature jeunesse à thématique gaie afin d?expliquer les réalités homosexuelles aux enfants et aux jeunes du Centre-Sud qui, même s?ils vivent à quelques pas du Village, traînent souvent bon nombre de préjugés.

Jessy LaPointe

«Par exemple, un jeune qui apprend que le père de son meilleur ami est gai. Ça peut lui faire un choc, mais s?il peut retrouver cette situation dans un personnage de livre, où c?est présenté comme un élément quelconque de l?histoire, ça peut l?aider à réaliser qu?il n?y a rien là. Avant, il n?y avait pas beaucoup de livres où on présentait des personnages homosexuels aux enfants et aux jeunes, mais depuis les dernières années, il en pleut. Ces ouvrages permettent aux jeunes de s?intégrer, de poser des questions, et c?est une occasion d?expliquer l?amour sous toutes ses formes», souligne Kathleen Wynd, la responsable de la bibliothèque.

«Il y a aussi le phénomène de l?homoparentalité, surtout dans le coin. Comment en parle-t-on aux jeunes? Il y a des parents qui se font poser des questions, mais comment répond-on quand notre enfant nous demande ?La mère de mon ami habite avec une femme. Ça veut dire quoi?? Les cours de formation personnelle et sociale sont de plus en plus évacués du curriculum scolaire», souligne-t-elle.

«Quand les jeunes viennent ici, je suis sévère, avec les mots. S?ils disent zizi, je leur présente le dictionnaire visuel: ils n?ont aucune excuse pour ne pas appeler les choses par leur nom. Nous avons aussi les affiches de Gai-Écoute, qui expliquent qu?une tapette, ça sert à tuer des mouches, et que fifi, c?est le nom d?un chien. Souvent, les jeunes peuvent être rough et se traiter de tapettes. Pourtant, ils habitent souvent à quelques pas du Village. Alors, des fois, je leur dis: ?Des homosexuels, vous en voyez tous les jours et vous ne les remarquez même pas. En quoi ça vous touche? En quoi ça vous blesse? De plus, il y a 10% des gens qui sont gais et nous sommes trente dans la pièce. Alors, vous devriez faire attention?...», ajoute Mme Wynd, qui, précisons, ne fait partie de cette communauté.

Mme Wynd croit aussi qu?offrir aux jeunes la possibilité de lire des livres où leur propre vie est reflétée peut améliorer leur estime de soi. «J?ai été sensibilisée au suicide, dans ma vie. J?ai connu des gens qui se sont suicidés. J?ai aussi été estomaquée d?apprendre que 40% des suicides chez les jeunes sont le fait d?ados qui découvrent leur homosexualité et qui ne savent pas comment dealer avec, qui ne savent pas vers quelles ressources se tourner et qui n?ont pas de modèles positifs autour d?eux. Si le jeune peut tomber par hasard sur un livre qui contient un personnage qui lui ressemble, ça peut aider», estime-t-elle.

Une collection à compléter

Le projet a démarré quand Mme Wynd a mis la main sur un exemplaire de l?album illustré pour enfants intitulé Marius, qui raconte l?histoire de Marius, un petit garçon dont les parents se sont séparés. Sa maman a un nouvel amoureux... son père aussi. Mais ce qui compte, pour Marius, c?est que tout le monde autour de lui soit heureux, et c?est avec ses mots d?enfant qu?il convaincra sa grand-mère et sa maîtresse, réticentes, que tout est pour le mieux.

Mme Wynd a lu ce livre à plusieurs groupes d?âge. «C?est un peu trop pour les enfants de 4-6 ans. Pour eux, l?anomalie, ce n?est pas que le père de Marius ait un nouvel amoureux. Ça, ils ne le remarquent même pas. Ce qu?ils trouvent étrange et spécial, c?est que Marius veut marier une femme pirate. Quand les jeunes naissent, ils ne sont pas racistes ou homophobes. Ce sont les adultes qui leur apprennent à stigmatiser les différences. Les plus vieux, de 7 à 14 ans, croient d?abord que je me suis trompée, en disant que le père de Marius a un nouvel amoureux, mais quand je leur dis que non, ils poussent un ahhh de surprise, mais sans plus. Ils apprennent qu?il existe d?autres réalités...»

Mme Wynd s?est lancée à la recherche d?autres ouvrages de littérature jeunesse qui abordent le sujet. Ses recherches lui ont permis de monter une bibliographie d?une trentaine d?ouvrages en français. Elle a réussi à obtenir un début de financement de la part du conseiller municipal de Saint-Jacques Robert Laramée et du député de Sainte-Marie-Saint-Jacques André Boulerice pour acheter une dizaine de ces albums, bandes dessinées, documentaires et romans jeunesse. «Nous avons aussi d?autres livres, comme des bandes dessinées, surtout sur l?amitié entre les filles et les gais, ainsi que des romans pour ados», ajoute-t-elle.

Le but est maintenant de faire connaître l?existence de cette collection, de la développer et de trouver de nouvelles sources de financement. Elle invite aussi les résidants qui détiendraient de la littérature jeunesse à thématique gaie, en français ou en anglais, à en faire don.

La bibliothèque du Père-Ambroise de l?Association sportive communautaire du Centre-Sud est située au 2093 de la rue De La Visitation. Du lundi au jeudi de 9h à 18h, le vendredi de 9h à 17h et le samedi de 10h à 16h.

 

Paru dans Le Ville-Marie du 1er février 2004, page 1

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillonnage personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.