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Parler pour démystifier l’homosexualité Rencontres du GRIS dans les écoles |
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Pour lutter contre les préjugés, quoi de plus efficace que de répondre aux questions? À l’approche de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie, le 4 juin, Le Ville-Marie présente un organisme aux premières loges de cette lutte, par des visites dans les écoles: le Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS–Montréal). Jessy LaPointe Le GRIS poursuit le travail de démystification débuté en 1988 par le comité d'intervention sociale de l'organisme Jeunesse Lambda, grâce auquel de jeunes gais et lesbiennes ont eu la possibilité de rencontrer des classes pour les sensibiliser à leurs réalités. En 1994, fort de six années d'expertises de démystification de l'homosexualité, le comité s'est adjoint une équipe de recherche et un service de référence et est devenu un organisme à part entière. Bon an mal an, plus de 2000 jeunes et moins jeunes sont rencontrés par les intervenants du GRIS pour faire la lutte aux préjugés et à l’homophobie, surtout masculine. Cette homophobie au masculin est définie par le GRIS comme une attitude engendrée par la hantise qu’ont les garçons de retrouver en eux-mêmes tout ce qui peut ressembler à l'homosexualité. Ainsi, selon les recherches du GRIS-Montréal, un garçon sur quatre se dit mal à l’aise ou très mal à l’aise à l’idée de faire une activité scolaire avec un jeune gai. La proportion monte à un garçon sur deux, quand il s’agit d’apprendre que son meilleur ami est homosexuel. Le GRIS intervient surtout auprès des jeunes du secondaire et du collégial, en présentant dans les écoles des témoignages de gais et de lesbiennes. En 2002-2003 seulement, les quelque 70 bénévoles de l’organisme auront donc rencontré plus de 10 000 jeunes. Thierry Giasson, un des bénévoles, anime des ateliers depuis maintenant deux mois. À la visite du Ville-Marie, il en était à sa 6e présentation. «Je suis chargé de cours à l’Université de Montréal et j’ai travaillé dans des camps de jour. On se rend vite compte que les profs, qui parlent en situation d’autorité, ont beaucoup d’influence sur les jeunes. On s’aperçoit aussi qu’ils ont eux-mêmes leurs propres préjugés, voire leur propre homophobie. En faisant les visites, on remarque un changement d’attitude très rapide, autant chez les jeunes que chez les profs, qui en apprennent beaucoup.» Les bénévoles suivent une formation intensive obligatoire de trois jours donnée par des intervenants du GRIS, puis sont tenus d’assister à un minimum d’une journée de formation thématique par semestre: un mercredi par mois, les bénévoles peuvent rencontrer des psychologues, des intervenants sociaux, des spécialistes, des jeunes vivant l’homophobie à l’école, etc. Le Ville-Marie a suivi le porte-parole du GRIS, Robert Pilon, alors qu’il animait un atelier dans une classe de 21 jeunes de secondaire III de l’école Pierre-Dupuy, en compagnie de Thierry Giasson, même si d’habitude, les duos d’animateurs sont composés d’un gai et d’une lesbienne. Robert précise tout de go qu’il n’y aura pas de notes à prendre, qu’il n’y aura pas d’examen, pendant que Thierry inscrit une série de ressources sur l’homosexualité au tableau. Les animateurs se présentent. C’est Thierry qui brise la glace en expliquant qu’il a aujourd’hui 31 ans, mais que c’est à l’âge de 19 ans qu’il a enfin dit qu’il était gai. Les ricanements, dénotant un malaise, fusent. Ensuite, Robert prend la relève en disant qu’il a 35 ans. Des murmures s’élèvent parmi un groupe de filles. «Pardon? T’as dit que t’as quel âge?», s’exclame une fille du groupe, à l’adresse de Robert, qui ne fait pas son âge. Le contact est établi: les jeunes se mettent à parler à des personnes, et non plus qu’à des «gais». Robert enchaîne en racontant qu’il a annoncé son homosexualité à 19 ans... à sa blonde. Nouvelles clameurs chez les élèves. Robert annonce alors que les présentations sont terminées et invite les jeunes à poser toutes leurs questions, sans tabous. Chuchotements au fond de la classe, un groupe de fille tente de formuler une question. L’une d’elle se lance: «Mais... Euh... La première fois, avec un autre gars...ça fait-tu bizarre?». Elle est coupée par sa camarade: «Ce qu’on veut dire, c’est: “Est-ce que ça fait mal?”.» Thierry explique qu’il trouvait étrange d’être avec des filles, «Mais avec Stéphane [son premier amant], c’est la première fois que ça a été magique», avant d’expliquer, pour répondre à la seconde question, que le sexe anal se pratique dans la même proportion chez les hétéros et chez les homos. La même fille s’exclame: «Hein? J’ai toujours pensé que les gais se rencontraient et puis, Bing! Bang!», avec gestes des bras à l’appui. Une fille lance: «Pourquoi la plupart des gais sont beaux? Quand je passe dans le Village, j’en reviens pas, il y a juste des beaux gars!». Robert lui répond: «Peut-être que quand tu vois des gais moins beaux, tu ne t’imagines pas qu’ils sont gais...» Une autre question classique surgit: «Comment vous faites pour savoir qui est gai?». Mi-blagueur, Robert répond qu’il faut demander. «Sérieusement, il n’y a pas de moyens. Il y a des hétéros qui viennent s’habiller dans le Village et qui ont l’air gais, et il y a des gais qui n’en ont pas du tout l’air. En fait, c’est en discutant avec les gens, qui vont parler, à un moment donné ou un autre, de leur blonde ou de leur chum, qu’on va l’apprendre...» Le gaillard de tantôt rapplique: «Et si je suis dans le métro Beaudry et qu’il y a un gars qui vient me dire qu’il me trouve cute, moi, comme hétéro, je suis censé faire quoi? Partir à courir? Frapper?». Les filles se mettent à le huer en riant. Robert explique: «C’est la même chose que quand une fille se fait cruiser par un gars. On répond simplement non, qu’on n’est pas intéressé. Que le gars soit homo ou hétéro, qu’est-ce que tu veux qu’il fasse, s’il se fait dire non? Il va s’en aller. Sinon, il faut demander de l’assistance...» La période des questions est terminée et les élèves sont invités à remplir de nouveau le formulaire sur leurs perceptions des gais, qu’ils avaient rempli une première fois avant l’arrivée des animateurs. Généralement, les réponses ont quelque peu changé, quant aux perceptions que les jeunes ont des gais. |
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Paru dans Le Ville-Marie du 1er juin 2003, page 1 |
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