Guy Beaudoin égaie son bout de ruelle

L'homme qui dessinait des Pokémons

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La ruelle entre les rues Saint-Hubert et Chateaubriand, au nord de la rue Gounod, attire de nouveau les jeunes enfants et leurs parents, depuis que Guy Beaudoin a entrepris de la peindre aux couleurs des personnages Pokémons.

Jessy LaPointe

Au fur et à mesure que M. Beaudoin s'engage dans la retraite, il ressent le besoin de faire quelque chose pour faire plaisir aux enfants et animer son quartier. «Un homme occupé est un homme qui n'est pas préoccupé», répète-t-il d'ailleurs comme un leitmotiv.

Plusieurs lecteurs se souviendront peut-être de la dernière entreprise de «décoration» de cette ruelle quand, en 1997, M. Beaudoin y avait reproduit de grandes fresques aux couleurs des principaux personnages de l'univers de Walt Disney. Au point que des enfants du secteur s'étaient mis à surnommer cette petite artère «ruelle Walt Disney».

Cette année, l'artiste a senti le vent tourner et s'y est adapté: les personnages de la série télévisée Pokémon tiennent dorénavant la tête d'affiche. De plus, deux nouveaux voisins se sont joints au projet et ont permis à M. Beaudoin d'utiliser leurs murs. Depuis le début de l'été, par beau temps, il n'est donc pas rare de rencontrer le pré-retraité en chemise toute maculée de couleurs, le pinceau à la main.

Ash, Pikachu, Psyduck, Growlithe, Raichu, Moews, Squirtle, Evee, Seal et compagnie sont lentement mais sûrement en train de prendre la ruelle d'assaut, au fur et à mesure que M. Beaudoin s'attaque à de nouveaux murs.

L'artiste a pris soin, cette année, de doter ses nouveaux personnages d'une vitalité étonnante, en mêlant des particules métalliques («brillants») à certaines parties de ses oeuvres. Ce qui fait que par temps ensoleillé et le soir, l'effet n'en est que plus enchanteur pour les enfants.

Résidant de Villeray depuis 48 ans, M. Beaudoin a emménagé sur ce coin de rue il y a 15 ans. Agent de faillites de profession, l'homme possède un talent inné pour le dessin. Un jour qu'il travaillait chez lui, une enfant du quartier lui a demandé de lui dessiner Minnie Mouse. Il l'a fait spontanément sur un des murs de la ruelle, pour enchaîner avec Mickey, Pluto et les personnages du film Bambi. Ce fut le début d'une nouvelle passion: faire briller les yeux des enfants qui passeraient dans la ruelle.

Lui-même grand-père de quatre petits-enfants, M. Beaudoin ne se lasse pas de voir les gamins visiter ses personnages. «Je peins souvent avec plusieurs enfants autour de moi. Cette année, avant la fin de l'année scolaire, ils venaient souvent en groupes pour voir les nouveaux personnages qui étaient apparus depuis la veille. Nous en avons déjà compté jusqu'à 27 en même temps».

«J'espère que ces enfants font aussi bien leurs leçons qu'ils apprennent les noms de ces personnages. Il y en a au-dessus de 150 et ils les connaissent tous!», s'étonne M. Beaudoin.

Mais il n'y a pas que les enfants qui semblent apprécier le travail de M. Beaudoin. Le fait que deux nouveaux voisins aient décidé de lui «prêter» leurs murs en est certes un exemple. Il y a également les parents, qui viennent expressément faire des balades en voiture avec leurs jeunes dans ce coin du quartier pour prendre des clichés. Et le quincaillier du coin, qui lui fournit des restants de peinture. Et les voisins en général, qui profitent de l'ambiance «familiale» créée dans la ruelle.

Guy Beaudoin profite également du respect des éventuels délinquants, puisque depuis le début de ses activités de décoration urbaine, jamais ses oeuvres n'ont été la proie des graffiteurs. «Une voisine m'a raconté qu'elle a vu une bande de jeunes passer par ici, canettes de peinture à la main, mais qu'après avoir admiré les dessins, ils sont repartis sans rien abîmer», relate-t-il. Le soir, il éclaire sa cour arrière et tous les murs colorés, ce qui, semble-t-il, apporte un sentiment de sécurité dans le quartier.

Perspectives

Quand M. Beaudoin aura déposé ses pinceaux au terme de cette aventure Pokémon, il entend s'atteler à son prochain grand objectif. Il songe depuis longtemps qu'au moment d'entrer de plain-pied dans la retraite, il mettra ses talents de dessinateur au service des malades de l'hôpital Sainte-Justine. «Je me suis toujours dit que, dans ma vieillesse, je dessinerais pour les enfants. L'appréciation des enfants, c'est tellement valorisant!», conclut l'homme en souriant.

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(Photo: Jacques Pharand)

 

Prix du jury

Plume d'Or 2000 des Hebdos Transcontinental

Paru dans le Progrès Villeray du 6 août 2000, page 3

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.