Les accidentés de la route se donnent les moyens de défendre leurs droits

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La Fondation des accidentés de la route, un organisme de Villeray dont les activités rayonnent sur tout le Québec, a collaboré avec l'avocate Janick Perreault à l'élaboration d'un Guide pratique des accidentés de la route.

Jessy LaPointe

«Avant mon accident, j'étais courtière d'assurances et je trouvais déjà aberrant que les gens soient si peu au courant de leurs droits», explique Denise Gauthier, présidente de la Fondation des accidentés de la route. Les lois sont difficiles à comprendre, elles sont écrites dans un jargon qui décourage les gens. En fait, il faudrait connaître toutes les lois avant même d'avoir un accident. Malheureusement, on ne prévoit jamais une telle éventualité!»


Dédales administratifs


Après avoir été victime d'un accident de la route à Longueuil en 1990, Mme Gauthier, résidante de Villeray, s'est retrouvée dans l'incapacité de reprendre son travail de courtière. Rendue perplexe par les dédales administratifs de la Société de l'assurance automobile du Québec, elle a profité d'une convalescence de sept mois et demi au lit pour étudier les notions de droits qui lui permettraient de défendre sa cause.

Quand, après 14 mois d'envoi d'indemnisation de remplacement de revenu, la SAAQ informe Mme Gauthier qu'elle est considérée guérie et apte au travail, c'est la goutte qui fait déborder le vase: elle sait pourtant qu'elle ne peut pas se mouvoir normalement et un examen de résonance magnétique confirme qu'elle souffre, entre autres, de deux hernies cervicales et d'une entorse dorsale.

Mme Gauthier décide donc de foncer et de mettre sur pied une fondation qui permettrait aux accidentés de la route qui se sentent lésés de regrouper leurs forces et de se donner les outils nécessaires pour faire valoir leurs droits. Depuis 1992, la Fondation des accidentés de la route offre ainsi un programme d'aide et de soutien par une psychologue, des réunions mensuelles, de la prévention, des conseils, de l'information, des références vers des spécialistes, etc. Au chapitre des spécialistes, Mme Gauthier a beaucoup fait parler d'elle en dressant une «liste noire» de ceux qu'elle appelle ironiquement «les guidounes de la SAAQ»: des médecins généralistes ou spécialisés qui sont payés par la SAAQ pour évaluer l'état des accidentés qui font des réclamations. Elle accuse ces spécialistes de falsifier les verdicts à l'avantage de la SAAQ, par mensonge ou par omission volontaire.

La Fondation a donc développé un réseau de médecins jugés «impartiaux» et d'avocats «compétents» pour défendre les causes des accidentés de la route.

Les accidentés, selon la Fondation, sont susceptibles de rencontrer certaines difficultés à obtenir les informations utiles à la compréhension du régime d'indemnisation, à faire reconnaître une relation entre les blessures et l'accident, à recevoir une indemnité de remplacement de revenu, à démontrer la nécessité de certains traitements, à bénéficier des programmes de réadaptation et à faire évaluer adéquatement leur capacité de travail ou les séquelles de leur accident.    

«Les accidentés doivent se débattre là-dedans, mais ils sont déjà en état de choc à la suite de l'accident, et leur vie est souvent déjà brisée. On oublie que la personne accidentée subit un stress important. Elle a souvent peur de sortir de chez elle, elle surveille la boîte aux lettres avec anxiété et elle perd le sommeil», énumère Mme Gauthier.

Et ces personnes qui ressentent le besoin d'être supportées dans leurs démarches ne sont pas au nombre de quelques dizaines: 952 dossiers sont présentement ouverts, à la Fondation.

Guide des accidentés

Cette forte demande d'information claire et à la portée de tous a amené l'avocate Janick Perreault et Mme Gauthier à collaborer à l'écriture d'un guide pratique pour les accidentés de la route. Paru aux Éditions Guérin, le livre de 150 pages reprend à peu près tous les articles des différentes lois qui s'appliquent aux accidentés et les expliquent, en plus de donner des conseils pratiques.

Les auteures y expliquent les types d'accidents couverts, les exclusions, les indemnités, le paiement des indemnités, les réclamations et les recours.

Fonctionnement

La Fondation des accidentés de la route est présentement hébergée par la Caisse populaire Le Mistral et subsiste grâce à son membership, mais Mme Gauthier souligne qu'il serait important que la Fondation se dote également d'une maison d'hébergement, pour ceux qui se perdent carrément dans le système et qui se retrouvent parfois temporairement sans logis.

«J'ai déjà dû, moi-même, dormir dans ma voiture, car je n'avais plus les moyens de payer mon loyer», raconte Mme Gauthier.

Les bénévoles de la Fondations déplorent cependant qu'il est parfois difficile d'attirer la sympathie du public pour leur cause, puisque, selon eux, une croyance populaire veut que les accidentés de la route vivent au crochet du gouvernement et qu'ils s'en mettent plein les poches, grâce aux assurances.

«Pourtant, être accidenté de la route est souvent plutôt l'assurance d'avoir à se battre pour être indemnisé!», soupire Mme Gauthier.

 

Huguette Pelletier: Elle doit payer pour se défendre!

Huguette Pelletier, une résidante de la rue Boyer, se rendait à son travail de couturière quand la conductrice dans l'auto de laquelle elle prenait place a percuté un pilier de ciment du boulevard Crémazie, près de l'avenue Christophe-Colomb. Depuis deux ans, elle doit se débattre pour faire valoir qu'elle ne peut plus travailler.

«Depuis l'accident, je souffre de maux de tête et de douleurs au dos et aux hanches. Les médecins de la SAAQ ont diagnostiqué une simple entorse lombaire, mais mon médecin de famille a insisté pour que je subisse un examen de résonance magnétique», dit Mme Pelletier.

«La SAAQ a refusé de payer le test. J'ai dû débourser 525$ de mes poches pour qu'on puisse détecter quatre hernies dorso-lombaires», ajoute-t-elle.

Ces hernies expliqueraient, selon elle, pourquoi elle ne peut plus travailler comme opératrice de machine à coudre. «Je ne peux pas rester debout ou assise bien longtemps et je ne peux pas lever de paquets», explique la dame.

Elle a reçu 5 300$ de la SAAQ pour ses blessures, alors qu'en vertu des barèmes de cette société, la Fondation des accidentés de la route estime qu'elle aurait plutôt eu droit à une indemnité de 38000$ pour ses hernies.

Depuis le mois de mars, la SAAQ lui a également coupé ses prestations d'indemnité de salaire.

Mme Pelletier a donc profité du support logistique de la Fondation pour déposer une contestation auprès du Tribunal administratif du Québec, ce qui devrait lui coûter la bagatelle de 2000$ à 3000$...

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(Photo: Jacques Pharand)

Paru dans Le Progrès Villeray du 10 août 1999, page 3

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.