Golfs au Parc du Domaine Vert

Quand la prudence devient silence

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Quelques jours à peine avant le début envisagé des travaux de construction de deux terrains de golf   publics sur le territoire du Parc du Domaine Vert, les responsables de la Régie intermunicipale du Parc du Domaine Vert sont toujours dans l'impossibilité de donner les détails du financement et de l'aménagement du projet. Les conseillers municipaux représentant les villes de Blainville, Boisbriand, Mirabel et Sainte-Thérèse leur donnent carte blanche sans connaître les réalisations précédentes du promoteur Gilles Debut.


Jessy LaPointe

Les représentants des quatre municipalités concernées ont accordé à l'unanimité au directeur général de la Régie, Yvon Labrie, et à son président, André Lévesque, le mandat de signer un bail emphytéotique de 75 ans avec le promoteur Gilles Debut dès que ce dernier pourra fournir un cautionnement de 100 000$ ou les garanties bancaires attestant qu'il s'est vu accorder par une institution financière les montants suffisants pour mener à terme les travaux prévus (3,5 millions de dollars).

Les travaux en question pourront commencer dès que M. Debut aura remis son cautionnement. Du côté des conseillers, on avoue ne pas savoir grand-chose sur la personne de M. Debut, qui déclare avoir construit des golfs en Europe durant douze ans avant de revenir s'installer au Québec l'an dernier.

Le projet est mis en branle de façon très rapide et il est impossible d'en connaître beaucoup, puisque M. Labrie refuse vigoureusement d'entrer dans les moindres détails du financement ou du plan d'aménagement des golfs, prétextant que lui-même n'en connaît pas tous les points.

Il soutient même n'avoir connu M. Debut que très récemment. Ce dernier admet pourtant avoir déjà été mêlé à un autre projet de terrain de golf qui a echoué, au même endroit, en 1990, à une époque où M. Labrie était bel et bien en poste !

Le projet de golfs est connu depuis mars, alors qu'il n'est prévu par la Régie d'aller en «appel de propositions» qu'en novembre 1997. De plus, Le Courrier diffusait en mars dernier un article relatant les propos de M. Labrie, qui se disait ouvert aux propositions de promoteurs éventuels, sans mentionner qu'il était déjà en pourparlers avec M. Debut. Alors que de son côté, M. Debut, rejoint à son domicile, affirme que M. Labrie et lui en discutent depuis environ sept mois.

Afin d'accélérer le processus, les membres du conseil exécutif de la Régie du Parc ont mandaté MM. Labrie et Lévesque lors d'une séance spéciale, le 17 mars, après avoir fait noter dans le procès-verbal de leur réunion statutaire du 12 mars qu' «Il y a rapport de la situation relative à l'évolution du dossier golf, lequel précise les éléments suivants: a) financement réglé, b) plan d'affaires complété et c) signature du bail entre les parties à réaliser».

Tout cela en dépit du fait que M. Debut lui-même, interrogé sur les détails de son projet, expliquait cette semaine au journal qu'il lui était impossible d'en discuter: «En fait, il y a des modifications chaque semaine. Le plan n'est pas encore final. Et je pourrais vous nommer mes associés et les gens qui s'impliquent avec moi, mais cela peut toujours changer.»

André Lévesque explique que les mentions «financement réglé» et «plan d'affaire complété» ont été ajoutées dans le procès-verbal pour permettre à M. Debut de se présenter devant ses investisseurs documents en main.

Fait intéressant, le bail sera signé quand les conditions seront remplies sans que les élus représentant les quatre municipalités concernées soumettent le projet aux différents conseils municipaux.

À la suite de la signature du bail ou lors de sa signature même, les responsables du projet à la Régie et du côté du promoteur prévoient tenir une importante conférence de presse pour présenter M. Debut et les golfs qu'il entend construire.

En attendant cette présentation, M. Debut explique être en attente des garanties bancaires d'une institution newyorkaise qui est a établir une étude dans la région pour évaluer la rentabilité du projet.

 

«Je ne comprends pas l'attitude de M. Labrie»
- André Lévesque, président de la Régie


André Lévesque, conseiller municipal de Boisbriand et président de la Régie intermunicipale du Parc du Domaine Vert, dit ne pas comprendre l'attitude de son directeur général  Yvon Labrie, qui soutient ne pas connaître le promoteur Gilles Debut. Il rejoint par ces propos la vision des quatre maires concernés par le Domaine Vert.

M. Lévesque préfère cependant laisser le bénéfice du doute à M. Labrie. «Il fait du très bon travail. Mais je ne comprends pas son attitude, pourquoi il veut tout cacher du dossier. II ne devrait pas craindre de compromettre le projet avec M. Debut, puisqu'on a conclu ensemble qu'on n'acceptait pas d'autres promoteurs. De toute façon, la Régie n'a rien à cacher et il n'y a pas eu de directive au comité exécutif de tout tenir secret. Si M. Labrie a quelque chose à cacher, c'est à nous qu'il devra le dire.»

Michel Arcand, conseiller municipal de Blainville et vice-président de la Régie, se fait moins tendre. «M. Labrie peut être pressé de procéder, mais on ne veut pas signer n'importe quoi. S'il n'est pas suffisamment renseigné sur les activités de M. Debut, je crois qu'il pourrait nous conduire à une situation délicate. II y a beaucoup de choses plus ou moins claires qui se sont passées au Domaine Vert et il doit y avoir un changement. Depuis un an, on sent cependant un mouvement en ce sens. Mais peu importe: s'il fallait régler le dossier publiquement, s'il faut ouvrir les livres, je n'y vois pas de problème.»

Du côté des maires, on estime normal que le projet ne soit pas ramené devant le public dans les conseils municipaux, malgré qu'il soit question d'un domaine public. On apprécie les précautions prises par les responsables du parc Domaine Vert jusqu'ici. «J'ai parlé à M. Lévesque et j'ai su qu'ils prenaient leurs précautions» mentionne le maire de Boisbriand, Georges Dubois. II souligne cependant qu'il faut que les membres de la Régie s'assurent que les golfs auront suffisamment de «caractère» pour éviter que les golfeurs leur préfèrent les nombreux terrains environnants.

Hubert Meilleur, maire de Mirabel, parle de «stratégie normale» alors que le maire de Blainville, Pierre Gingras, fait pleinement confiance en ses représentants. «Je suis sûr que les conseillers Michel Arcand et Pierre Bertrand vont veiller à l'application adéquate des grandes orientations adoptées», souligne M. Gingras.

Les quatre maires interrogés ont plaidé l'autonomie de la Régie. Ils jugent que la Régie a plein pouvoir de négocier directement avec M. Debut sans soumissions publiques et sans présenter la version finale au public avant sa signature. «Ce qu'on bâtit là, j'en suis certain, c'est un golf qui cadre bien avec l'esprit communautaire, explique le maire de Sainte-Thérèse, Élie Fallu. Je crois que s'ils ne divulguent aucune information sur le promoteur, c'est parce qu'ils connaissent bien les règles du jeu. Quant au processus de sélection du projet, je confirme qu'ils n'ont pas besoin d'aller en soumissions. C'est une régie comme la Corporation intermunicipale de transport (CIT), par exemple. Et à la CIT, que je préside, nous n'allons que rarement en soumissions, pour les contrats importants. Nous allons plutôt directement en négociations.»

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Paru dans Le Courrier Sainte-Thérèse du 11 mai 1997, page 3

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.