Francine Henrichon raconte l’horreur du jeu pathologique

… et implore les joueurs de sortir de l’isolement

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«Si je parle, c’est pour aider ceux qui vivent le jeu pathologique et ses effets dans le silence. À la suite des événements qui ont entouré mon renvoi de l’école Père-Marquette, je ne voulais pas que les jeunes joueurs pathologiques gardent l’impression qu’ils devraient continuer à se taire par peur d’être congédiés et rejetés: il faut qu’ils parlent pour s’en sortir!»

Dans le cadre des ateliers N’ayons pas peur, discutons-en qu’elle anime chaque vendredi à la Maisonnette des Parents où elle est aujourd’hui agente de milieu, Francine Henrichon a abordé la problématique du jeu pathologique.

Rappelons que Mme Henrichon est connue dans le quartier en raison de son passage à titre de directrice dans les écoles Saint-Jean-de-la-Croix et Père-Marquette. En mai 2001, la nouvelle est tombée comme une bombe: Mme Henrichon était renvoyée après avoir joué au casino près de 13 000$ appartenant à l’école, en février.

«En mars 2001, je me suis retrouvée devant deux choix: le suicide ou la vie. Mais je me suis souvenu que nous apprenons aux jeunes qu’après avoir fait une erreur, il ne faut pas fuir, mais essayer de résoudre les problèmes. J’ai donc décidé de vivre pour ma famille, pour les jeunes. Le taux de suicide est déjà élevé chez les jeunes: je n’ai pas voulu donner un modèle de fuite. Comme le jeu mène souvent au suicide, il faut aider les joueurs compulsifs à ne pas en arriver là. Si je donne le goût de vivre à une seule personne, ma vie aura au moins servi à une chose», explique-t-elle.

Mme Henrichon a présenté une enfilade d’anecdotes sur sa vie personnelle. Hantée par le sentiment de culpabilité, elle se croit responsable des malheurs des gens autour d’elle. Femme énergique, elle multiplie les succès professionnels. Une longue suite de déboires familiaux et amoureux minent sans cesse son moral, déjà fragilisé par son sentiment de culpabilité. «J’ai été promue à la direction d’écoles alors que les postes ouverts étaient peu nombreux et, vous savez, on est toujours plus exigeant envers les femmes. J’avais donc toujours le souci de projeter une image de perfection. J’obéissais toujours aux règles, mais je vivais une grande tristesse ainsi que de la colère contre les adultes qui laissaient les jeunes souffrir», raconte-elle.

Premier épuisement professionnel à 38 ans. Elle s’entête à garder tous ses problèmes secrets et à garder tous les aspects du contrôle parfait.

À son anniversaire, en 1995, des amis l’amènent au casino de Montréal. C’est la révélation: «J’ai découvert que je pouvais m’asseoir devant une machine et oublier tous les sentiments désagréables», se souvient-elle.

Au cours des années suivantes, des événements lui font craindre de perdre sa mère, sa fille puis son fils. Elle multiplie les visites au casino. «Pendant ce temps, je vivais toutes ces choses seule. Au moment même où je recevais une mention honorable du Conseil scolaire de l’île de Montréal comme directrice, je commençais à multiplier les emprunts à la banque, à remplir mes cartes de crédit… J’ai perdu mon auto», explique Mme Henrichon.

En 2000, elle est quand même nommée directrice de Père-Marquette. Le 24 novembre,  un conflit avec le syndicat des enseignants tourne mal: on demande son départ. Déboussolée, elle se réfugie au casino. Elle a sur elle des enveloppes d’argent liquide pour près de 13 000$. Elle dilapide l’argent. On connaît la suite de l’histoire: le 13 février, elle obtient un congé de maladie. Quelques semaines plus tard, elle signe une confession et s’engage à rembourser l’argent. Les médias s’emparent de l’affaire. Le 6 juin, les commissaires de la CSDM décident, à 10 contre 9, de la renvoyer, malgré les démarches des commissaires locaux.

Après une période de léthargie, elle accepte l’invitation de sœur Madeleine Gagnon de faire du bénévolat à la Maisonnette des Parents et de «relever la tête». Aussi, le 28 mars, elle entre dans le groupe des Gamblers Anonymes. Elle fêtera ainsi en mars sa première année sans jeu.

On estime généralement que 2% des Québécois sont aux prises avec des problèmes de jeu. Cependant, les préjugés demeurent tenaces, face à cette maladie (reconnue comme telle depuis 1980), qui peut affecter tout le monde, peu importe le statut social ou le revenu. À la base du problème, le désordre affectif des joueurs pathologiques les amène à croire qu’ils peuvent «bien jouer» et déjouer le hasard, alors qu’ils savent souvent consciemment qu’il n’en est rien. «Je n’ai pratiquement jamais rien gagné!», rappelle d’ailleurs Mme Henrichon. 

Quelques ressources: Centre pour la prévention  et le traitement du jeu (514) 524-1333. Jeu aide – référence, ligne d’écoute 24h, 527-0140. Les Gamblers Anonymes tiennent des réunions tous les jours, dans les quartiers montréalais: 484-6666.

(Photo: Jacques Pharand)

Paru dans Le Journal de Rosemont/Petite Patrie du 13 février 2002, page 6

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.