| Les
responsables du Programme insertion sociale et préparation au marché du travail (ISPMT)
de l'école polyvalente Père-Marquette convient tous ceux qui y ont participé au cours
des quinze dernières années à une soirée de dégustation de vins et de fromages, le 3
mai, au local 3025 de la polyvalente. Les personnes qui seraient intéressées par le
programme sont évidemment conviées.
Jessy LaPointe
Le programme ISPMT regroupe deux classes totalisant un peu plus de 40 élèves de 16 à 18
ans qui accusent au moins quatre ans de retard pédagogique et qui éprouvent des besoins
d'insertion sociale.
Sous la supervision de trois enseignants, ces élèves apprennent les notions de base qui
leur permettront de s'intégrer le plus harmonieusement possible dans la société. «La
plupart d'entre eux proviennent de milieux très défavorisés et ils arrivent souvent à
l'école le ventre vide. Alors, pour eux, conjuguer le verbe aimer, c'est le dernier de
leurs soucis. La formation académique que nous leur donnons se borne à leur faire faire
des mathématiques par l'analyse d'un talon de paie et à leur faire lire le Journal
de Montréal», explique Gabriel Loubier, responsable du programme.
Pendant les deux années qu'ils passent avec l'équipe de l'ISPMT, les jeunes apprennent
à développer plusieurs habiletés manuelles qui leur permettront d'augmenter leurs
chances de se tailler une place sur le marché du travail, même si leur
sous-scolarisation les confine le plus souvent aux rôles de manoeuvres. Ils sont initiés
à quelques menus travaux culinaires et on leur confie des tâches apparentées au travail
en chaîne (postages, création d'objets, réparation de matériel scolaire, etc.). De la
misère humaine et des anecdotes cocasses dues à l'inadaptation sociale des jeunes
(muffins cuits avec leur emballage de plastique, choux-fleurs épluchés alors qu'on avait
demandé qu'ils soient «préparés», etc.), les enseignants en ont à raconter, mais ils
désirent surtout se concentrer sur le but ultime du programme: permettre aux jeunes de
participer à des stages supervisés en milieu de travail.
Le programme prévoit pour chaque jeune trois stages (150, 200 et 250 heures minimum) en
tant qu'aides-gardiennes, aides-bouchers, aides-poisonniers, aides-imprimeurs ou
manoeuvres dans des entreprises ou des organismes communautaires, au terme desquels ils
reçoivent une Attestation de compétence reconnue par le ministère de
l'Éducation. Pour que cette formule fonctionne, il faut évidemment que des patrons
acceptent d'accueillir certains de ces jeunes dans leur équipe. Les enseignants comptent
aujourd'hui sur un bassin d'environ 60 lieux de stages potentiels, mais cette liste doit
être constamment reconstruite: c'est que les entreprises et organismes participants
doivent bien saisir qu'en acceptant un de ces jeunes, ils versent davantage dans l'action
humanitaire que dans l'économie de personnel.
Des success stories de jeunes qui commencent comme simples emballeurs de
supermarché et qui se découvrent une passion suffisante pour occuper de façon
permanente un poste de poissonnier, il y en a. Mais il faut compter, pour chacune de ces
réussites, trois ou quatre stages pendant lesquels les jeunes abandonnent tout ou sont
jugés inadéquats par les patrons.
«Un employeur m'a déjà dit: "Ça ne me dérange pas de perdre l'équivalent de
1000$, si je peux t'aider à intégrer un de tes jeunes". C'est un peu dans cet
esprit-là qu'il faut travailler», estime M. Loubier, qui laisse entendre dans chacune de
ses phrases que le jeu en vaut bien la chandelle...
Info: 596-7940.
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(Photo: Jacques
Pharand) |