Règlement sur les after-hours: trop et pas assez...

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Les conseillers de l’Arrondissement de Ville-Marie Martin Lemay et Robert Laramée ont sans doute froid, ces temps-ci: autant les opposants que les partisans des after-hours tirent la couverture de leur côté pour empêcher l’adoption intégrale du projet de règlement encadrant les after-hours. Sans compter la conseillère Louise O’Sullivan, qui s’y oppose. Les amateurs et promoteurs d’after-hours veulent moins de restrictions; les détracteurs de ces établissements vont jusqu’à demander leur disparition. Mais ils s’entendent sur un point: le règlement proposé ne va pas assez loin... dans leur position respective.

Jessy LaPointe

Le moratoire interdisant l’implantation de tout nouvel after-hour prend fin au début de décembre. En attendant, le Conseil d’Arrondissement de Ville-Marie a tenu une soirée de consultation publique sur le règlement proposé, le 4 septembre.

Rappelons que conseil d’arrondissement de Ville-Marie a déposé, le 5 août, une nouvelle version de son Règlement modifiant le Règlement d’urbanisme afin «d’ajouter des dispositions relatives à la définition et au contingentement des salles de danse de fin de nuit («after hour»)». Le conseil avait évoqué des irrégularités lors de la période de signature des registres, nécessaire à une éventuelle contestation référendaire, pour retirer le projet initial.

Le nouveau règlement prévoit notamment de restreindre à quatre (au lieu de deux dans l’ancien projet) le nombre de salles de danse de fin de nuit dans tout l’arrondissement, d’imposer une distance minimale de 750m entre elles (au lieu de 1000m dans l’ancien projet), de circonscrire leur localisation aux zones correspondant essentiellement à la rue Sainte-Catherine entre les rues Papineau et Atwater (plutôt que Saint-Mathieu dans l’ancien projet), de limiter leur superficie à 1000 m2, tout en prévoyant le respect des droits acquis pour les établissements existants qui en feront la demande.

Consultations

Plusieurs des intervenants ont réitéré la même demande: qu’on impose une distance minimale entre les after-hours et les zones d’habitation ou d’institutions d’enseignement. Cependant, même si la Loi sur l’aménagement urbain laisse les Villes établir des distances minimales entre des zones résidentielles et les établissements incommodants comme des bars ou des porcheries, elle ne le permet pas, en ce qui concerne les after-hours. Il s’agit d’un phénomène relativement nouveau pour lequel la loi n’a pas été amendée.

CORRAV

Le Comité des résidantes et résidants de l’arrondissement de Ville-Marie pour la tolérance et la convivialité (CORRAV) s’est réjoui «de l’ouverture manifestée récemment par le Conseil d’Arrondissement de Ville-Marie», mais demande des assouplissements majeurs «pour rendre le projet de règlement satisfaisant à ses yeux», a déclaré Yanic Viau, porte-parole du CORRAV: élargissement du secteur d’activité des salles de danse de fin de nuit à des zones commerciales situées bien au–delà de la seule rue Sainte-Catherine; division de ce secteur d’activités en différents sous-secteurs, répartis dans l’ensemble de l’arrondissement; limitation du nombre d’établissements par sous-secteur et non pour l’ensemble de l’arrondissement, «permettant ainsi d’éviter un phénomène de concentration», pour une limite maximale totalisant entre six à dix établissements dans Ville-Marie; distance minimale de 100m à 200m entre les établissements; superficie maximale permettant la présence d’une clientèle allant jusqu’à 1500 personnes; définition claire du processus de reconnaissance des droits acquis pour les établissements ayant déjà des permis de salle de danse et projetant des activités assimilables à des after-hours et abandon de toute velléité de limitation des heures d’ouverture des after-hours.

Montréal la Nuit

«Je comprends les appréhensions des gens qui ne connaissent pas cette industrie, mais pour ma part, j’ai choisi de m’installer à Montréal en raison justement de sa diversité culturelle, ce qu’on ne retrouve pas à Québec. La culture rave nous vient d’Europe, où elle est bien implantée en France, en Angleterre et en Allemagne. C’est une culture underground qui désire le rester. L’arrivée des premiers after-hours a été mal perçue au début, mais rapidement, les policiers, les pompiers et les autorités municipales ont apprécié, puisque ces établissements étaient plus sécuritaires que les lieux improvisés d’auparavant. Sans les after-hours, les raveurs se retrouveraient dans des partys privés, dans des zones résidentielles, ce qui causerait des problèmes. Par ailleurs, les after-hours se remplissent lentement vers 2h du matin, avec un pic de fréquentation vers 5h, puis les participants se dispersent, entre 6h et midi, contrairement aux bars, où les gens arrivent en masse entre 23h30 et minuit, puis se vident d’un coup à 3h. Il faut faire voir les avantages des after-hours aux gens!», croit pour sa part Guy Corriveau, du Collectif Montréal La Nuit. 

Patrick Legendre est venu rappeler que «les amateurs de after-hours sont prêts à se défendre»: «Nous vous avons démontré que nous avons un appui fort, en recueillant 1400 signatures demandant l’ouverture de registres, mais nous vous avons laissé peaufiner votre règlement. Mais aujourd’hui, il est certain que nous allons reprendre nos démarches, si le règlement n’est pas changé. La distance de 750m telle que proposée, c’est trop. Elle va nuire à l’industrie, puisqu’il n’y a déjà même pas assez de locaux à Montréal pour accueillir des after-hours. Aussi, pour être rentables, il faudrait des capacités minimales de 2000 personnes. N’oublions pas que ces établissements ne sont ouverts que deux ou trois soirs par semaine!»

La suite

Le conseiller Laramée croit toutefois que des modifications sont encore possibles, entre ce second projet de règlement et la version finale qui sera déposée pour adoption. «Nous avons mandaté nos services pour trouver des micro-zones à l’extérieur de la rue Sainte-Catherine, pour enlever la pression sur les promoteurs de after-hours, qui manquent de sites appropriés. Nous pourrions aussi revoir la superficie minimale de 1000m2, puisque nous avons peut-être une marge de manœuvre, mais nous voulons analyser les impacts sur l’achalandage et la circulation automobile. Nous pourrions aussi revoir la règle de 750m entre les after-hours, puisque c’est un point attaquable de notre règlement, étant donné que  les établissements comme les bars ne sont limités qu’à 100m de distance entre eux», explique M. Laramée. Il se pourrait aussi que l’Arrondissement demande au gouvernement du Québec d’amender sa Loi sur l’aménagement urbain pour permettre l’établissement de distances minimales d’avec les zones résidentielles.

Ce deuxième projet de règlement devrait entrer en vigueur dès sa deuxième lecture, lors de la séance du 7 octobre du Conseil d’Arrondissement, voire en séance extraordinaire, d’ici la fin de septembre.

Imbroglio autour des raves au Forum Pepsi

Dans l’ouest de Ville-Marie, la grogne se fait surtout sentir du côté des voisins du Forum Pepsi qui, en vertu d’un règlement de zonage particulier, a le droit d’opérer des salles de danse, et où quelques événements after-hours ont déjà eu lieu, augmentant ainsi les chances que le Forum se voie reconnaître des droits acquis. Cependant, en allongeant jusqu’à Atwater le secteur où les after-hours pourraient être implantés, sur la rue Sainte-Catherine, l’Arrondissement reconnaîtrait de plein droit les activités d’after-hours dans le Forum. Moments forts de la consultation publique.

Albert Wener, de l’Association du Village Shaughnessy, est venu présenter l’opposition de son groupe à l’implantation de tout after-hour dans ce quartier, expliquant craindre l’accroissement de la criminalité, l’augmentation des problèmes de drogue et d’alcool, l’amplification de la violence, l’intensification du bruit, la multiplication des problèmes de stationnement et l’alourdissement de la circulation. 

«Si ce règlement ne peut pas passer, on revient à la case départ. Il y aurait une possibilité d’ouvrir des after-hours, sans limites de superficie, dans les zones où la plupart d’entre vous vivez. L’objectif est d’encadrer ce type de commerces», a cependant rappelé le conseiller Robert Laramée.

«Vous avez vécu pendant plusieurs dizaines d’années avec les grands événements, les concerts rock, etc., a ajouté M. Laramée. Si on peut pas faire un after-hour au Forum, là où c’est insonorisé comme nulle part ailleurs à Montréal et adapté pour les concerts rock, on va pouvoir le faire où?»

La conseillère du district Peter-McGill, Louise O’Sullivan, a expliqué à son collègue que les voisins du Forum sont d’accord avec des spectacles jusqu’à minuit, une heure, mais pas jusqu’à 3, 4 heures du matin. «Ce qu’il faut comprendre, c’est que le problème, pour les voisins du Forum, ce n’est pas le bruit dans le Forum, mais le bruit causé par les gens qui en sortent, à la fin! [...] Je suis ouverte. Il y a d’autres endroits où on pourrait installer des after-hours, ailleurs qu’au Forum, sans déranger les résidants, comme au Club Med World, par exemple», a-t-elle ajouté.

Jean Giguère, l’un des administrateurs de la Corporation de promotion et de développement Lincoln-Tupper, est venu déposer une résolution de son conseil d’administration qui s’objecte à la venue de tout nouveau projet d’implantation d’after-hour sur son territoire. «Saviez-vous que le Forum a un projet d’implantation de cinq bars, avec heures normales et after-hours, pour une capacité de 17 000 personnes?», a lancé M. Giguère en présentant le plan de développement du Forum Pepsi.

Robert Denis conseiller au Service d’aménagement urbain de l’Arrondissement, a cependant rappelé à M. Giguère que sans règlement, le Forum aurait le droit, dans deux mois, de développer 20 000m2 d’after-hour, mais qu’avec le règlement, la superficie y serait limitée à 1000m2. «Et nous ne pouvons pas contrecarrer unilatéralement le plan de développement du Forum… Nous nous exposons à des poursuites», a ajouté M. Lemay. 

«Si le Forum peut ouvrir un after-hour trois soirs par semaine, c’est 44% de nos nuits qui vont être affectées!», a calculé Jean-Pierre Pelletier, un résidant du Village Shaughnessy.

«Je suis tout à fait contre [le règlement] parce qu’il va permettre à des raves et à des clubs d’ouvrir dans des zones densément résidentielles», est venu se plaindre Arnold Free, un résidant des environs du Forum. «La communauté rave admet librement que [les drogues]  constituent un élément clé de l’expérience rave. Le fait est qu’un nombre important de raveurs consomment de l’ecstasy, du GHB, du LSD et de la cocaïne. Ils encouragent ainsi le crime organisé, ce qui affecte leur propre santé et nos communautés», a ajouté M. Free. Si le Conseil propose d’apporter des problèmes supplémentaires au niveau de la consommation de drogue et de la criminalité dans notre quartier en permettant la tenue d’événements accueillant jusqu’à 10 000 raveurs, ma question est: Qu’est-ce que la Ville va faire, précisément, pour contrer les problèmes de drogue et de crime qui vont résulter de cette proposition?».

«La drogue est un problème social, géré par le Code criminel», a rappelé M. Lemay, comme il le répète à chaque occasion qu’un intervenant fait le lien entre la culture rave et la drogue. La conseillère O’Sullivan a cependant repris le micro pour dire: «Nous allons trouver un moyen de faire comprendre notre point. Je vais travailler pour vous!»

 

Paru dans Le Ville-Marie du 21 septembre 2003, pages 2 et 3

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.