Reporter à La Fin du Monde est à 7h

Patrick Masbourian, enfant terrible de la télé

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À 29 ans, Patrick Masbourian a déjà accumulé un impressionnant bagage d'expériences dans le monde de la télévision, mais c'est surtout depuis son entrée dans l'équipe de l'émission La Fin du monde est à 7 heures qu'il s'est fait connaître. Il partage ici avec le Progrès Villeray son amour pour la mosaïque culturelle de son patelin, ainsi que les principales étapes de son cheminement professionnel.


Jessy LaPointe

Patrick a été élevé sur la rue Mozart, dans la Petite Italie. «J'ai grandi derrière le marché Jean-Talon. C'était un terrain de jeu fantastique, pour des enfants, à l'époque. Et aujourd'hui, même si les Italiens ont en grande partie quitté le secteur, la vie de quartier y est encore très forte», croit-il.

Après avoir habité sur le Plateau-Mont-Royal pendant quelques années, Patrick a préféré remonter vers «son coin». Il s'est acheté dans Villeray une résidence qu'il partage avec sa soeur, derrière le Patro Le Prévost, et ainsi, il vit maintenant à quelques portes de chez ses parents.

«Je suis un gars qui a un très grand sens de la vie de quartier. Si j'ai besoin d'un tournevis ou d'un jouet, je ne descends pas au centre-ville. J'ai appris à trouver toutes les choses dont j'ai besoin autour de chez moi», ajoute-t-il.

Citoyen du monde

«J'aime peut-être également le coin parce qu'il y a beaucoup d'ados et que c'est le public cible de La Fin du monde. J'aime aussi la présence des nombreuses ethnies. J'aime pouvoir me promener dans la rue et avoir le choix d'aller manger dans un restaurant italien ou arménien», précise-t-il.

C'est probablement cette passion qu'entretient Patrick Masbourian pour la diversité culturelle qui l'a mené vers la Course Europe-Asie (l'ancêtre de la défunte Course Destination Monde), pour la saison 1990-1991, pendant laquelle il a parcouru 17 pays d'Europe et d'Asie.

Cette aventure, dont il est ressorti avec un troisième prix et un prix spécial de l'UNESCO, a marqué le véritable début de sa carrière: dès 1991, il s'est mis à grimper les barreaux du monde télévisuel, en participant à plusieurs émissions.

Pendant ces quelques années de travail, Patrick est parvenu à mieux préciser son domaine de prédilection: l'humain avant tout. C'est le contact direct avec les vrais gens qui le fait vibrer. «Par exemple, quand j'étais à l'émission Alimentaire, mon cher Watson! et que nous avons décidé de parler du pain, j'ai eu la chance de me rendre dans une famille haïtienne pour discuter de l'idée de partage qui tourne autour du thème du pain», illustre-t-il.

Finalement, Patrick était occupé à jouer les touche-à-tout à Musique Plus quand le concepteur Stéphane Laporte l'a contacté après avoir entendu parler de son travail. Stéphane Laporte préparait, pour la rentrée 1997 à TQS, une émission qui aurait pour mandat d'aborder l'actualité sous un angle «différent», mandat que Patrick a endossé avec un enthousiasme visible.

La Fin du monde

«La Fin du monde est à 7 heures m'a beaucoup comblé, surtout l'an dernier, quand nous étions moins tributaires de l'actualité. C'est la première fois que je suis «journaliste» à ce point-là... l'émission est cependant de moins en moins human, puisqu'on s'intéresse de moins en moins aux gens en tant que tel. Aujourd'hui, si j'interviewe un juge, c'est pour le rôle qu'il occupe dans la société, pas pour savoir ce qu'il a fait pendant le week-end», déplore-t-il un peu.

Patrick admet qu'il devient souvent difficile, au quotidien, de trouver un angle humoristique aux sujets dont il traite, à La Fin du monde, mais malgré qu'il réponde de bonne grâce à cette dernière interrogation, on le sent grincer des dents: «À La Fin du Monde, nous ne sommes pas là pour faire rire coûte que coûte, mais pour apporter un mélange d'information et de divertissement et pour traiter l'information de façon différente. Ce n'est pas toujours drôle. Par exemple, j'ai déjà eu le mandat de couvrir l'enterrement des personnes décédées lors de la tragédie des éboulements et de traiter l'événement sous un angle poétique», souligne-t-il.

Patrick a trouvé dans cette façon de faire une nouvelle source de défis personnels: défi d'être assez humble pour accepter de «manquer parfois le coche», défi de persister malgré que plusieurs intervenants refusent catégoriquement de se prêter aux exercices proposés, défi de trouver un angle Fin du monde aux sujets du jour.

«C'est cependant agréable, de pouvoir se foutre de la gueule de ceux qui se prennent au sérieux. Les réactions très vives que s'attire La Fin du monde est à 7 heures prouvent bien que le milieu journalistique québécois se prend beaucoup trop au sérieux», ajoute-t-il, un sourire sur le coin des lèvres.

Quand on lui demande s'il estime pouvoir retourner dans le moule des médias dits «sérieux» après la fin de cette dernière saison de La Fin du monde, son sourire s'estompe quelque peu: «J'ai un peu peur de ne plus pouvoir être pris au sérieux, mais je trouve cela surtout désolant: je sais qu'en tant que journaliste et reporter, je suis capable de traiter d'affaires publiques sérieusement. Si on m'envoyait à Enjeux, par exemple, je pourrais faire de maudits bons reportages... mais je sais que je devrai vivre longtemps avec l'étiquette de La Fin du monde, malgré que je suis plus reporter dans l'âme qu'humoriste», admet-il.

Malgré ces inquiétudes, une chose demeure certaine, dans son esprit: il continuera à laisser cours à sa passion pour le cinéma dès qu'il sera chargé de produire des documentaires.

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(Photo: Jacques Pharand)

Paru dans le Progrès Villeray du 21 septembre 1999, page 1

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.