Les détenus parmi nous |
|
| Certains
organismes de la région permettent, depuis quinze ans, à des détenus du pénitencier de
Sainte-Anne-des-Plaines de vivre une réinsertion sociale par le biais de travaux
bénévoles. Quelques-uns de ces prisonniers et de ces responsables dorganismes
acceptent de nous livrer ici leur témoignage.
«Nous acceptons de recevoir ces détenus pour l'aide qu'ils nous apportent, bien sûr, mais aussi à cause de l'aspect humanitaire que représente l'opération. Notre école est un milieu très intéressant pour la réintégration sociale», souligne Michel Nicholson, directeur de l'école Coeur-à-Coeur l'Alternative de Saint-Eustache. Son école primaire a accueilli une quarantaine de futurs libérés, en 12 ans de participation au programme de bénévolat du Service correctionnel du Canada (SCC). C'est présentement Stéphane, détenu depuis 1989, qui réapprend la liberté parmi le personnel et les élèves de Coeur-à-Coeur. Depuis octobre, il effectue des travaux de menuiserie et de peinture, aide les enfants à réaliser des bricolages personnels, etc. «J'ai été très bien accueilli et il s'est développé une bonne confiance. Les gens n'ont pas de préjugés et je suis traité comme n'importe quelle autre personne. De mon côté, j'ai fait les efforts nécessaires pour m'intégrer. Certains enfants savent d'où je viens, mais ils ne posent pas trop de questions» , relate Stéphane. Une petite lueur s'allume dans ses yeux quand il parle des sourires, des dessins et des cadeaux que lui offrent les enfants en retour de son aide. M. Nicholson explique que les réactions des parents sont très favorables. «Certains parents m'appellent quand ils apprennent la présence des détenus parmi nous et ils ont des questionnements, des inquiétudes. Mais quand ils savent tout, les réactions sont positives et ils comprennent nos visées humanistes.» M. Nicholson ne relève qu'un cas de personne virée en raison d'une mauvaise attitude. Sinon, toutes les expériences ont été positives. Bien sûr, le directeur des opérations communautaires du SCC, Jean-Pierre Bérubé, souligne qu'aucun détenu pour délit sexuel n'est envoyé travailler auprès des enfants ou des personnes âgées. Le programme de bénévolat n'est offert qu'aux détenus qui ont effectué au moins le tiers de leur sentence et il s'inscrit dans une démarche graduelle (sorties accompagnées, puis libres, etc.). De plus, des «agents de classement en communauté» visitent les bénévoles régulièrement sur leur lieu de travail pour s'enquérir de leur évolution. «On voit qu'il y a pire que nous» Au Manoir Saint-Eustache, Marco et Guy s'occupent de l'entretien général du bâtiment et du mobilier et, à l'occasion, ils aident les résidents âgés dans leurs activités ou leur «piquent une jasette», question de les sortir de leur ennui. «En dedans, tout ce qu'on fait est croche. Ici, les gens sont contents quand on les aide», souligne Guy, qui oeuvre au manoir depuis près de six mois. «On apprend à donner un coup de main, à gagner la confiance des gens. Cela nous valorise. En quatre temps, c'est la première fois que je fais ce programme de bénévolat. Je crois que si j'avais eu cette chance dès le premier temps, je ne serais jamais retourné en prison, ajoute Marco. On devrait ouvrir plus de postes comme les nôtres.» Ils ont aussi découvert qu'il y avait pire qu'eux. «Les résidents nous ressemblent un peu. Ils sont bloqués ici et ils sont seuls. Certains ne reçoivent plus de visites», soulignent-ils. Guy estime s'être fait des amis parmi les bénéficiaires et entend revenir faire du bénévolat au Manoir, même après sa libération. «De plus, le bénévolat ici m'a aidé à entrer en contact avec des gens qui pouvaient me donner des plogues pour que je puisse me trouver un emploi, après mon temps», explique Guy. Aide aux organismes communautaires
En fait, la plupart des milieux de bénévolat des détenus sont des organismes communautaires ou sociaux qui n'auraient pas, autrement, les moyens d'assumer les coûts de ce personnel pourtant nécessaire. «Vu l'expansion du Grenier, le SCC et ses bénévoles ont comblé nos besoins. Une suite d'expériences positives fait que ces gens nous sont devenus précieux», soutient Lise Savard, directrice du Grenier populaire de Saint-Eustache, qui supervise le travail de trois de ces détenus, qui s'occupent du transport, de l'entretien et de la vente des meubles acheminés à l'organisme. En effet, les seuls coûts devant être assumés par les organismes consistent en quelques repas. Encore là, le SCC applique la règle selon la nature des organismes. |
(Photo: André Périard) |
Paru dans Le Courrier Deux-Montagnes du 22 mars 1998, page 3 |
|
|
|