Les règles d?or: compassion, discrétion et orientation


Maison Secours aux Femmes

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Sise dans le quartier Villeray, la Maison Secours aux Femmes dispense, depuis 1983,  des services d?urgence et d?hébergement aux femmes victimes de violence conjugale, avec une vocation particulièrement centrée autour des communautés culturelles.

Jessy LaPointe

L?organisme occupe trois étages dans un bâtiment résidentiel tout à fait anonyme. L?endroit exact de la Maison est tenu ultra-secret : on ne veut surtout pas que se reproduisent les événements de juin 1999 à Saint-Jean-sur-Richelieu, où un homme avait retrouvé sa conjointe dans une maison d?hébergement gardée trop peu secrète et l?avait abattue.

Les femmes qui y sont hébergées disposent de cinq chambres à coucher et d?équipements communautaires pour reprendre un semblant de vie normale, le temps de leur passage. Selon la taille des familles hébergées, on retrouve de 12 à 15 personnes, femmes et enfants, dans les locaux. Les femmes y passent souvent à peine quelques jours, mais en moyenne, elles ont besoin d?environ 45 jours pour se «remettre sur pied». «Cela peut cependant prendre jusqu?à deux ou trois mois, quand il faut aussi s?occuper de régulariser le dossier d?immigration de certaines d?entre elles», explique toutefois la coordonnatrice Nicole Richer.

Les services sont généralement disponibles en français, en anglais, en espagnol, en arabe, en wolof et en italien, mais le personnel de la Maison peut souvent faire appel à de l?aide extérieure pour venir en aide aux femmes qui ne parlent qu?hindi, bengali, créole ou roumain, par exemple.

«Ce n?est pas juste une question de langue. Il s'agit aussi de déjà connaître les coutumes et les mentalités propres à la culture des gens, selon le pays d?où ils viennent. D?autre part, notre maison est ouverte à toutes, mais on nous réfère davantage de femmes immigrantes? Nous recevons autour de 15% de Québécoises d?origine», ajoute Mme Richer.

Le service de police et plusieurs CLSC de la région montréalaise, quand ils interviennent dans une famille déchirée par la violence conjugale, réfèrent les femmes - quand ce sont elles qui en sont les victimes - à la Maison Secours aux Femmes ou à une autre maison, selon les disponibilités.

«Il n?existe pas de portrait type de la femme qui arrive ici après des événements de violence conjugale, puisque n?importe qui peut en être victime. Mais en général, les femmes et les enfants qui arrivent ici sont en état de choc», explique l?intervenante Nathalie Jalicke. «Plusieurs femmes vivent pendant plusieurs semaines dans un état post-traumatique, ajoute Mme Richer: elles vivent énormément de peurs, de terreur (peur du conjoint, peur qu?il trouve l?adresse, peur de le rencontrer dans le métro ou dans l?autobus, etc.). Elles sont aussi apeurées par le processus judiciaire. On imagine bien leurs craintes, quand elles viennent de pays où les policiers sont davantage considérés comme une terreur. Elles ne savent souvent même pas les droits qu?elles ont ici!»

Outre la violence physique, les femmes qui viennent en maison d?hébergement ont souvent vécu la violence économique ou psychologique ou ont été victimes de menaces. 

Leur séjour à la Maison n?est pourtant pas oisif: les résidantes profitent des conseils des travailleuses et s?affairent à compléter les démarches qui leur donneront accès à l?aide sociale, à l?aide juridique et aux ressources d?intégration des immigrants. Les immigrantes sont souvent isolées, ici, elles n?ont pas de réseau. «Déjà que dans bien des cas de violence conjugale, les hommes québécois ont tendance à accroître leur contrôle sur leur femme, dans les familles d?origine étrangère, cela peut devenir pire: certaines femmes n?ont jamais eu le droit de sortir, n?ont jamais eu accès au téléphone ou n?ont jamais ouvert le courrier! Dans certains cas, la première étape a été de montrer à certaines femmes comment prendre l?autobus!», souligne Mme Richer.

Dans un tel contexte, la première tâche de l?intervenante jumelée à une bénéficiaire est de s?enquérir de son vécu et de ses besoins, puis d?assurer un accompagnement émotionnel. Plus tard, l?intervenante dispense une base de formation sur la société québécoise (droits, obligations, institutions, etc.) et enfin, elle aide la bénéficiaire dans ses démarches officielles, au criminel (violence) ou au civil (pension, patrimoine, garde). Après, si la femme violentée souhaite donner une seconde chance à son conjoint, elle est conseillée pour pouvoir assurer sa propre sécurité ainsi que celle de ses enfants.

Manque de ressources

Évidemment, un tel organisme doit compter sur des subsides gouvernementaux. En fait, une subvention annuelle de 239 000$, plus une indemnité quotidienne par femme hébergée, dont le montant a été gelé depuis 10 ans.

«Lors de la Grande Marche des Femmesqui a eu lieu l?an dernier, le Regroupement provincial des maisons d?hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale a demandé au gouvernement Bouchard d?injecter 35 millions$ supplémentaires dans le budget de fonctionnement des 90 maisons québécoises. Le gouvernement s?est engagé un peu plus tard à nous accorder 3,5 millions$, soit 10% de la demande initiale. Pour nous, ici, cela aurait représenté autour de 35 000$, soit une employée supplémentaire pour améliorer le suivi et faire de la prévention. Ce n?est pas en recevant les femmes ici pendant 45 jours que nous réglons tous les problèmes importants!», explique Mme Richer.

«Nous sommes reconnus comme un service essentiel, puisque la police, les CLSC et la Régie régionale de la santé et des services sociaux font appel à nous, mais il manque la reconnaissance financière. Nous sommes donc obligées de fonctionner avec un effectif minimal. Heureusement, nos employées pallient en faisant un peu de bénévolat. La Maison compte également beaucoup sur la générosité du public pour recueillir le matériel de base (meubles, vaisselle, vêtements) qui pourra donner un coup de pouce aux femmes qui se retrouvent démunies. On peut contacter la Maison au 593-6353. Les dons en argent sont aussi bienvenus.

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(Photo: Jacques Pharand)

Paru dans Le Progrès Villeray du 26 août 2001, page 3

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.