Trottier contre l’exclusion des gais d’Héma-Québec

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Le vice-président de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et commissaire du quartier scolaire Les Faubourgs, Paul Trottier, a fait adopter mercredi soir par le Conseil des commissaires une résolution mandatant le directeur général de la commission scolaire pour qu'il entreprenne dès maintenant des discussions avec Héma-Québec afin que cette société révise son questionnaire de sélection, notamment quant à l’orientation sexuelle des donneurs, avant que de nouvelles collectes puissent être tenues au sein de la CSDM.

Jessy LaPointe

Pour le commissaire du Mouvement pour une école moderne et ouverte (MÉMO), cette interdiction faite aux hommes homosexuels de donner de leur sang n’a plus sa raison d’être et peut même avoir des conséquences graves sur la santé des jeunes qui fréquentent le réseau des écoles de la CSDM.

«Avec son questionnaire de sélection, Héma-Québec perpétue le préjugé selon lequel ce ne sont pas les comportements sexuels d’une personne qui rendent celle-ci à risque mais seulement son orientation sexuelle. Laissant entendre, sans distinction, que tous les hommes gais, et uniquement eux, sont susceptibles de contracter et de transmettre le virus du sida, de nombreux jeunes croient toujours que cette maladie ne touche que les homosexuels et qu’il n’y a donc aucune possibilité pour eux d’être infectés. Ce qui est bien sûr faux et très dangereux», explique M. Trottier.

«D’autant plus que l’organisme gouvernemental procède maintenant à une analyse complète de chaque unité de sang qu’elle reçoit avant de l’utiliser, ce qui rend inutile la discrimination des donneurs sur la base de leur orientation sexuelle. La CSDM, pour sa part, dispose d’une politique pour lutter contre la discrimination basée sur le sexe et l’orientation sexuelle. Cette politique est incompatible avec les règles actuelles de Héma-Québec», ajoute M. Trottier. 

«Je souhaite ardemment que la société Héma-Québec revoie son questionnaire de sélection afin que, à nouveau, des collectes de sang puissent se tenir au sein de notre institution. Le don de sang est précieux pour sauver des vies et nous voulons que tous les employés de la CSDM puissent participer à cet immense marathon pour la vie, quelle que soit leur orientation sexuelle», de conclure M. Trottier.

Une question de sécurité

Autre son de cloche chez Héma-Québec. «Nous sommes déçus de la décision de la CSDM et nous nous interrogeons sur les valeurs véhiculées auprès des jeunes. Nous croyons qu’il est surtout important de véhiculer, auprès des jeunes, qu’il est sécuritaire de donner et de recevoir du sang. Le mandat d’Héma-Québec est de fournir du sang sécuritaire à des gens qui sont souvent déjà faibles, voire immunodéficients. Il est vrai que toutes les poches de sang que nous recevons sont testées, mais il faut comprendre que le sang est un produit humain: même si nous utilisons le meilleur test au monde, il demeure que les anticorps qui permettent de reconnaître la présence du virus du VIH ne peuvent souvent pas être détectés jusqu’à 12 jours après l’infection. C’est pourquoi nous posons une série de questions, qui portent non seulement sur les relations homosexuelles, mais aussi sur les voyages, les tatouages, etc. Nous ne pouvons pas avoir de test sûr à 100%, mais nous voulons éliminer le plus de risques possible», explique Nicole Pelletier, directrice aux communications chez Héma-Québec.

Mme Pelletier ajoute qu’il s’agit d’une question posée exactement de la même manière partout à travers l’Amérique du Nord. «D’ailleurs, selon la Direction de la Santé publique, l’incidence du VIH est de 10% à 15% chez les homosexuels, contre 0,2% chez les hétérosexuels. Statistiquement, c’est clair. Et il est certain que nous n’allons pas laisser des pressions sociales compromettre la sécurité des receveurs de sang», conclut-elle.

 

Paru dans Le Ville-Marie du 28 mars 2004, page 2

Avertissement: Ce texte ne vise qu'à constituer un échantillon personnel des textes journalistiques de Jessy LaPointe et ne peut être utilisé ou copié qu'à des fins de consultation personnelle.