| [Pour des infos à jour sur l'OMPAC, voir:
www.ompac.org] Les responsables et bénévoles de l'Organisation montréalaise des
personnes atteintes de cancer (OMPAC) procédaient récemment à l'ouverture officielle de
leur nouvelle maison, où ils peuvent enfin recevoir confortablement les personnes
atteintes de cancer et leurs proches afin de leur fournir un support psychologique, moral
et logistique dont ils ont grandement besoin.
Jessy LaPointe
Après avoir offert ses services
dans des locaux exigus loués sur la rue Saint-Hubert, puis sur la rue Saint-Denis,
l'organisme a semble-t-il enfin trouvé chaussure à son pied, au 7925 de la rue
Louis-Hébert (entre Tillemont et Crémazie): cottage de type familial, grands espaces,
pièces bien éclairées et stationnement avantageux. Il a même été possible d'y
aménager une confortable salle de lecture avec une bibliothèque bien étoffée!
Une bénévole de l'organisation, l'architecte Michèle Reid, s'est penchée sur sa
planche à dessin et a invité à l'intérieur du bâtiment le cadre idéal pour les
activités de l'OMPAC. Du sous-sol au deuxième étage, elle a dessiné des pièces de
réunions privées et communes très conviviales.
Un investissement jugé plus qu'intéressant, puisque l'ensemble de l'opération a été
faite sans que le budget régulier de l'organisme ne soit touché.
Intervention nécessaire
Un des postulats fondamentaux de l'OMPAC, c'est que le cancer et les traitements médicaux
qui s'ensuivent, tout en affectant la condition physique de la personne, déclenchent des
réactions émotives (négation, colère, frustration, inquiétude, solitude, angoisse,
dépression), perturbent la situation sociale (arrêt ou perte de travail, perte d'argent,
discrimination), rendent difficiles les relations interpersonnelles (peur d'en parler,
peur de déranger, etc.) et soulèvent des interrogations de toutes sortes: «Quel est mon
type de cancer? Quels traitements sont adéquats? Quels sont les effets secondaires
Quelles sont les possibilités de guérison?
Après un diagnostic de cancer, les membres de l'entourage vivent également une période
d'adaptation difficile. Ils doivent à la fois tenir compte de leurs propres besoins et de
ceux de la personne atteinte. Ils ont à assumer un rôle pour lequel ils ne sont pas
préparés. Ils réagissent donc à leur tour, à leur façon: inquiétude, mutisme, peur,
découragement, sentiment d'impuissance, culpabilité, frustration, et même colère...
L'OMPAC se donne donc comme mission d'apporter de l'aide et de l'assistance aux personnes
atteintes de cancer et à leurs proches, en offrant un soutien psycho-éducatif à la fois
individuel et de groupe. On veut ainsi les aider à mieux comprendre les difficultés
reliées à la maladie, à trouver les ressources personnelles appropriées, à
développer des habiletés qui permettent de faire face à la maladie. Les responsables et
bénévoles se donnent également comme mission d'accompagner les gens dans leurs
démarches personnelles.
«L'OMPAC comprend la solitude,
la peur de l'inconnu, la peur de mourir qui habite les gens atteints de cancer. Nous
tenons compte de la relation personnelle que chacun entretient avec l'image de son corps
et les changements qui surviennent», explique Louise Audet, responsable des
communications pour l'organisme.
L'OMPAC est né en 1980 de l'initiative d'une travailleuse sociale, Saloi Eid, qui a
permis à quelques personnes, dont certaines atteintes de cancer, de se réunir à
l'Hôtel-Dieu pour partager leurs expériences et échanger sur les difficultés et
l'isolement causés par la maladie. Aujourd'hui, l'organisme accueille environ mille
personnes par année, dont près de la moitié sont des proches des personnes atteintes.
L'intervention directe de l'OMPAC s'appuie sur la présence d'une équipe composée d'une
psycho-sociologue et de trois bénévoles qui font de l'écoute. La directrice générale
Hélène Jolin et la responsable des communications Louise Audet donnent bien entendu un
coup de main dès qu'elles le peuvent...
Louise Audet, guérie d'un
cancer
Partager ses peurs pour continuer
Louise Audet, nouvelle résidente de Villeray et responsable des communications de
l'OMPAC, a d'abord connu cet organisme au moment où elle avait le plus besoin d'aide:
après qu'on eut diagnostiqué chez elle un cancer du sein. En proie à une angoisse
saisissante, elle avait besoin d'aide.
«Je suis venue chercher les services de l'OMPAC en 1993. À la fin de 1992, j'ai trouvé
une bosse, au moment où j'effectuais mon auto-examen des seins. Les médecins ont
confirmé qu'il s'agissait d'une tumeur, qu'ils ont retirée avec succès. Pendant cinq
ans, j'ai cependant dû suivre un traitement de radiothérapie et d'hormonothérapie»,
raconte Mme Audet.
«Même si je me portais bien, j'étais en état de choc. Je suis quand même retournée
au travail à peine deux semaines après l'opération, puisque dans ma tête, je ne
pouvais pas arrêter de travailler. Cependant, je n'avais pas réalisé mon état. Je
n'avais pas pris le temps d'encaisser le coup. Il a fallu que des gens de mon entourage
commencent à me dire "Tu continues à travailler pour ta fille, mais attends-tu d'en
crever?" pour que je me repose enfin et que je consulte», admet-elle.
«Quand j'ai commencé à consulter l'intervenante, Christiane Naud, en rencontres
individuelles, j'ai découvert en moi une grande colère cachée. Je me demandais pourquoi
j'avais le cancer. J'étais inquiète. J'avais peur de mourir, mais je n'osais pas parler
de mes peurs aux gens autour de moi, même si j'avais beaucoup de support. Ici, au moins,
je savais que je pouvais partager mes inquiétudes et mes émotions sans contrainte. Juste
de pouvoir parler de la peur de mourir, on dirait que cela l'éloigne un peu»,
croit-elle.
Mme Audet souligne également au passage qu'il n'est nul besoin d'être un cancéreux en
phase terminale pour être en proie à de vives inquiétudes: «Dès qu'on a un cancer,
qu'il soit bénin ou pas, on est confronté à l'idée de la mort et on a l'impression que
notre vie s'arrête. Ce que j'ai trouvé, ici à l'OMPAC, c'est un temps pour
m'arrêter... un espace pour mieux repartir!», comme le dit le slogan de l'OMPAC.
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(Photo: Jacques
Pharand) |