
Je vous présente... Shanny-Michèle-Libertine Millaire-LaPointe-Cartier-Pinel

Shanny-Michèle-Libertine Millaire-LaPointe-Cartier-Pinel est le chien et la mascotte officielle du 8392 de la rue Lajeunesse. De race «bichon maltais», elle est née le 25 décembre 2001.
Rappelons brièvement l'histoire de son nom assez intrigant...
Elle a très vite été connue sous le nom de Shanny Millaire, tout simplement. Mais ce nom n'allait pas longtemps convenir au fabuleux destin et à la personnalité complexe de cet être attachant. «Shanny» a vécu pendant trois ans auprès de ma mère, jusqu'à son décès en décembre 2004. Je n'ai pu résister à ce regard attendrissant et je l'ai adoptée. Mais, traumatisée par ce bouleversement dans son existence, elle a rapidement développé quelques traits caractériels. Dès qu'elle se sentait offusquée, Madame faisait ses besoins à même le plancher du logement, où qu'elle se trouve. À la même époque, Michèle Richard faisait la une des journaux pour avoir déposé ses excréments sur le tapis d'une chambre d'hôtel. «Shanny» a aussitôt été rebaptisée «Shanny-Michèle» en l'honneur de l'illustre chanteuse au caractère... particulier.
Par ailleurs, «Shanny-Michèle» sentait constamment le besoin d'être rassurée sur l'amour qu'on lui vouait. Bref, elle quémandait les caresses de la moindre personne de passage: les amis en visite, la technicienne d'Hydro-Québec, le «gars du câble»... D'où l'ajout de «Libertine» à son nom. Enfin, pour marquer que trois hommes partagent sa vie, elle a adopté leurs trois noms, sans oublier de garder son nom d'origine.
Cependant, son nom nous épuise. Bien sûr, nous trouvons toujours très rigolo, lorsque nous sommes dehors et que nous voulons l'appeler, de crier: «Shanny-Michèle-Libertine Millaire-LaPointe-Cartier-Pinel, viens icitte tout-suite!», pour le simple plaisir de voir la tête des passants et des voisins. Mais dans l'intimité, nous avons depuis longtemps adopté une convention beaucoup plus laxiste: nous l'appelons de n'importe quelle injure féminine ou de n'importe quel mot doux qui nous vient à l'esprit. Ainsi, de minute en minute, Shanny-Michèle-Libertine reçoit une foule de noms plus simples: Chouchoune, Salope, Pouffiasse, Doudoune, Connasse, Madame, Pétasse, Guidoune, Grosse pute, Grosse Torche, Goudoune, Grognasse, Épaisse, etc. Je suis sûr que le livreur de notre restaurant de quartier est convaincu que le nom de notre chien est officiellement «Grosse salope», parce que c'est ainsi que je l'appelle chaque fois qu'elle traîne autour du livreur pour obtenir de l'affection. Et même si nous l'appelons «Grosse épaisse», elle vient à nous avec plein d'affection dans les yeux...
Cependant, nous sommes anti-anthropomorphistes. C'est-à-dire que nous considérons qu'il ne faut jamais considérer nos animaux domestiques comme des humains. Les chiens ont une façon de voir le monde qui n'a rien à voir avec la nôtre.
D'abord, nous nous sommes longtemps demandé pourquoi chaque matin, Shanny-Michèle-Libertine ressentait le besoin d'uriner et de déféquer dans le couloir. Pourquoi jamais dans nos chambres? Pourquoi pas dans la cuisine? Nous avons multiplié les recherches sur Internet. Nous avons constaté que dans l'esprit des chiens, un élément primordial était la meute. Chaque jour, le chien doit vérifier l'état de sa meute. Les humains, nous avons établi certaines classes parmi les meutes animales: alpha, bêta et gamma (α, β, γ). Les «alpha» sont les mâles dominants, les plus forts. Les «bêta» sont les mâles soumis au mâle «alpha» et les «gamma» sont les femelles et les chiots trop jeunes pour se tirailler. Ce que nous avons compris de nos lectures, c'est qu'un chien qui vit dans une famille avec un homme, une femme et des enfants n'a aucune difficulté à comprendre sa «meute»: il classe l'homme comme «alpha» puisqu'il a une grosse voix et qu'il est plus fort, la femme comme «béta» comme elle a une voix plus aiguë que l'«alpha», mais qu'elle commande aux enfants, considérés comme «gamma». Le chien, surtout femelle, se considère normalement comme un «gamma» et laisse donc tout le monde le dominer. Mais comme Shanny-Michèle-Libertine vivait avec trois hommes, elle voulait d'abord savoir qui dominait la meute. C'était essentiel, dans sa tête de chienne. C'est ce qui la poussait à tenter de conquérir de nouveaux territoires chaque matin, en y déposant ses excréments. Mais tous les sites Internet arrêtaient là. Aucun n'osait en venir à la conclusion logique. Pourtant, tout y était. Un bon matin, alors que nous en discutions, nous nous sommes tus abruptement. Nous avons réalisé en même temps la conclusion inéluctable de ces informations. J'ai demandé à Stéphane: «Alors, tu es le plus costaud et tu as la plus grosse voix. Tu y vas?». Il a acquiescé. Yannick et moi avons quitté le logement. Stéphane s'est installé dans le couloir et a appelé Shanny-Michèle-Libertine. Elle est venue et s'est assise devant lui. Stéphane a soupiré en raison du ridicule de la situation, a baissé sa braquette, sorti son organe et beuglé d'une voix grave: «Moi Maître Alpha, moi Maître des petits chiens», et il a pissé par terre, devant elle. Shanny-Michèle-Libertine a été totalement terrorisée. Sans faire aucun son, elle s'est roulée en boule en tremblant. Enfin, nous parlions son langage: nous venions de lui indiquer quel était le «Maître Alpha» de la maison. Rassurée, elle a enfin arrêté de faire ses besoins dans le couloir. Suffisait de «parler» son «langage». Mais rassurez-vous, Stéphane a rapidement passé la serpillière dans le couloir pour éliminer toute odeur. Seul le geste comptait.
Par ailleurs, nous trouvions souvent des cartons d'allumettes déchiquetés dans la maison. Les allumettes étaient intactes, mais toutes les têtes disparaissaient. Et dès que nous laissions le moindre cendrier à sa portée, Shanny-Michèle-Libertine éparpillait tous les mégots dans la maison. Nous ne comprenions pas, jusqu'à ce que nous allions consulter des sites Internet d'éleveurs de chiens. Saviez-vous que les chiens ont besoin de soufre pour soigner leur pelage? Plusieurs éleveurs donnent une pincée de soufre à leurs chiens chaque matin. Depuis que nous savons cela, nous lui présentons souvent des allumettes et des mégots de cigarette, qu'elle dévore avec appétit, comme s'il s'agissait de récompenses extraordinaires. Il n'est donc pas rare d'entendre, chez nous: «Viens icitte, Grosse Salope, viens gruger mon butch de cigarette, c'est bon, hein, Chouchoune? Oui, miam miam...»
Elle mérite aussi très bien son surnom d'«Épaisse». D'accord, elle jappe et grogne quand quelqu'un sonne à la porte. Mais pourquoi, lorsque nous revenons d'une promenade avec elle et que frappons ou sonnons, se met-elle à hurler? Elle jappe contre elle-même!
Aussi, les chiens sont daltoniens. Ils ne perçoivent pas les couleurs. Et j'ai appris que le colorant alimentaire était sans danger pour le pelage des chiens. Les gens du quartier ont alors dû s'habituer à voir déambuler un chien à moitié bleu et à moitié rose, puis un chien vert. Mais comme mes colocs refusaient de promener un chien aux couleurs criardes, j'ai dû me limiter à sa couleur blanche naturelle.
Pourtant, Shanny-Michèle-Libertine mène la belle vie. Elle passe le plus clair de son temps à dormir et à se faire servir. Cependant, la semaine dernière, alors qu'elle venait de monter sur le lit de Stéphane, elle s'est mise à hurler, japper, pleurer, geindre, crier, tout en même temps. Vite un taxi et directement chez le vétérinaire. Le vétérinaire a annoncé sévèrement: «Monsieur, votre chienne est obèse. Je ne peux même pas l'ausculter par palpation, je dois la radiographier», puis, après la radiographie: «Elle vient de se fêler une vertèbre et elle doit absolument perdre 25% de son poids, au risque de se détruire la colonne vertébrale.» Bref, j'ai payé 200$ pour me faire dire que Madame est une grosse torche. Comme si c'était une nouvelle.
Bref, si vous croisez Shanny-Michèle-Libertine, n'oubliez pas de lui rappeler qu'elle doit maigrir, mais n'hésitez pas à lui donner vos mégots à manger, puisqu'elle tient à avoir un beau pelage, et dites-lui combien elle est belle, puisqu'elle l'est...