UN
CURÉ ÉPOUSE SA PAROISIENNE
Le 12 juillet 1897, le révérend
R. E. Knowles, ministre de
Damien
avait été ordonné prêtre le 19 août 1888 à Saint-André-Avellin
dans l'Outaouais. Après un an de vicariat à la paroisse Sainte-Anne d'Ottawa,
on lui avait confié la cure de la jeune paroisse de Notre-Dame-de-la-Salette
dans Papineau, puis les missions voisines de Notre-Dame-de-la-Garde
de Val-des-Bois et de Saint-Louis-de-France
de Poltimore deux ans plus tard. Enfin, il terminera
sa courte carrière de prêtre à Masson.
Il
était le fils de Joseph Richer, cultivateur, tanneur et boulanger et d'Olive
Grignon, institutrice. La famille Richer venait des Laurentides et s'était
établi à Saint-André-Avellin quelques années après
leur mariage à Saint-Jérôme, le 26 mai 1851. Né le 25 septembre 1865, Damien
(baptisé Wilfrid Daniel) était le sixième d'une famille de dix enfants :
Médard, Antoine, Honorius, Omer, Elzire,
Damien, Oscar, Joseph, Vilanna et Amélia.
Éliza Côté
était la fille de Phydime Côté et de Marie Tremblay
mariés le 25 janvier 1869 à Hébertville. Éliza est née le 25 mai 1879 à la mission d'Alma et
baptisée le 31 suivant à Hébertville. Quelques années
plus tard la famille Côté quittait le Lac-Saint-Jean
attirée par le travail généré par l'ouverture d'une mine de mica dans le haut
de
En
tant que vicaire de Sainte-Anne, Damien signe son premier acte, un mariage, le
27 août 1888, soit quelques jours seulement après son ordination. Son dernier
document dans cette paroisse francophone de la basse ville d'Ottawa, un
baptême, est daté du 8 août 1889.
Comme
curé de Notre-Dame-de-la-Salette, Damien officie à un
premier événement, un baptême, le 10 août 1889 et à un dernier, une sépulture,
le 30 septembre 1896. À Val-des-Bois, son premier
acte, un baptême, date du premier janvier 1891 et son dernier, aussi un
baptême, le 19 septembre 1896. À Poltimore, son
premier acte, un baptême, date du 31 janvier 1891 et son dernier, aussi un
baptême, le 26 juin 1896.
Sans
doute pour éloigner Damien et Éliza, les autorités
diocésaines le nomme curé de la paroisse de Notre-Dame-des-Neiges de Masson. Il préside à un premier
baptême le 12 octobre 1896 et, le 12 juillet suivant, il bénit un dernier
mariage. Le même jour, il se rend à Ottawa pour épouser Éliza
Côté! En tant que prêtre, Damien signait toujours « W.D. Richer. » Ni lui, ni
son épouse ont signé leur certificat de mariage.
En
tant que pasteur de Val-des-Bois, il avait béni le
mariage de son frère, Omer et d'Alphonsine Chalifoux, le 15 mai 1894. Fait d'exception, plus de
vingt-cinq personnes signèrent l'acte de mariage. La noce dut être joyeuse!
Damien
et Éliza s'étaient connus alors qu'il donnait
vraisemblablement des cours du soir à ses paroissiens et elle était
institutrice dans une école de rang de Poltimore.
La
réaction des autorités religieuses, des familles et de la communauté à leur
union ne fut pas unanime. Les nouveaux époux furent excommuniés et défendus d'entrer
dans une église. Outre le père, la réaction de la famille Côté fut plutôt
complaisante. Les fréquentations se poursuivirent entre la mère, les frères et
les soeurs, Éliza et son mari; le père étant décédé
deux ans après les événements, le 3 octobre 1899.
La
réaction de la famille Richer fut tout autre. Seuls Omer,
Oscar et Amélia gardèrent contact avec leur frère.
Cette dernière était religieuse, soeur Antoine-Marie
des soeurs de
La
communauté semble avoir été divisée devant la situation du nouveau couple qui,
par surcoit, décida de s'installer à Val-Des-Bois. Grâce à son expérience, Damien fut secrétaire
municipal et plusieurs de ses concitoyens eurent recours à ses bons conseils,
notamment en matière légale. En revanche, son moulin à scie fut la proie des
flammes à deux reprises. Accident ou vengeance ? Tout en travaillant pour une
compagnie de bois, il exploitait localement et en partenariat un moulin à scie
sur un bras de
Damien
et Éliza eurent six enfants, tous nés à Val-des-Bois entre 1898 et 1911et baptisés dans la religion
catholique : Jeanne née le 21 décembre 1898 et baptisée le 22 juin suivant; Damienne née le 7 avril 1900, baptisée le 20 mai suivant et
décédée peu de temps après; Christian né le 4 janvier 1902 et baptisé le 19; Damienne née le 24 juin 1904 et baptisée le 7 août suivant;
Serge né le 26 avril 1906 et baptisé le 13 mai suivant; Oscar né et décédé le
10 septembre 1911, inhumé le jour suivant.
Il
semble bien que les autorités religieuses aient hésité avant d'accueillir les
enfants au sein de l'Église catholique, ce qui expliquerait les délais
inhabituels pour l'époque entre leur jour de naissance et celui de leur
baptême. Habituellement, les nouveaux-nés étaient baptisés le jour même de leur
naissance ou le lendemain. En fait, il faudra l'intervention de l'évêque pour
que les enfants soient admissibles aux fonts baptismaux.
En
plus, sauf pour le dernier-né, la formule habituelle inscrite au registre de
baptêmes, « ... né du légitime mariage de ... et de ... » fut remplacée
par « ... fille ou fils de Wilfrid Damien (Daniel) Richer propriétaire et de
Eliza Côté... ». L'Église catholique ne reconnaisait pas le mariage des parents ce qui rendait, sur
le plan religieux, les enfants illégitimes! Cet état de fait créera des ennuis
à certains d'entre eux par la suite.
Pour
le dernier enfant, un nouveau prêtre, J.-G. Desrosiers, inscrit l'enfant selon
la formule habituelle, « ... né du légitime mariage de Wilfrid Damien Richer
et de Éliza Côté... ». Pour la première fois le
père est présent à la cérémonie et avec ses deux enfants, Jeanne et Christian,
signent l'acte de naissance. Changement d'attitude de la part du clergé,
tolérance de la part du nouveau curé ?
Les
quatre premiers enfants avaient été baptisés par le curé Jules Lortie. Celui-ci avait remplacé Damien comme curé
responsable de la mission de Val-des-Bois. Il était
au courant de la situation des parents face à l'Église catholique.
Aucun
membre de la famille Richer sera parrain ou marraine
des enfants, ce qui en dit long sur les relations entre Damien et sa famille.
En revanche, les deux frères et deux des soeurs d'Éliza
le seront : Charles et Eugénie pour Jeanne, Joseph et son épouse pour la
deuxième Damienne et Arthémise
pour Serge.
Lors
de son hospitalisation dans un hôpital d'Ottawa en 1911, Éliza
raconte son histoire à un prêtre dominicain qui offre de les aider, elle et son
époux, à régulariser leur situation avec l'Église catholique. Suite à des
tractations avec les autorités religieuses, le Vatican acceptait de lever
l'excommunication des deux époux.
Il
y avait quand même trois conditions : ils devaient quitter la région car ils
étaient une source d'embarras pour les autorités diocésaines et de scandale
pour la communauté, ils devaient accepter de vivre comme frère et soeur et ils
devaient faire bénir leur mariage par un prêtre catholique. Il semble bien
qu'ils aient accepté les deux premières conditions mais pas la troisième ce
qui, pour Damien, aurait été un aveu que ses enfants étaient illégitimes.
J'aurais
aimé obtenir la version des autorités religieuses mais ni le diocèse d'Ottawa
de qui relevaient à l'époque les paroisses de la région de Papineau, ni le
diocèse de Hull-Gatineau qui hérita de ces paroisses
lors de sa création en 1963, ont de dossiers à ce sujet, du moins c'est ce
qu'on m'a affirmé.
En
réponse à ma requête, le représentant du diocèse d'Ottawa m'a demandé de prier
pour Damien et Éliza! Il aurait été intéressant de
savoir s'ils avaient été réintégrés pleinement à l'Église catholique et avaient
à nouveau accès à tous les sacrements, notamment la communion.
À
tout événement, Damien et son épouse quittèrent Val-des-Bois
en 1918 pour Timmins puis, deux ans plus tard, pour
Malgré
les distances, le passé de la famille Richer les rattrapa rapidement. Damien se
plaint à l'évêque de Prince Albert du curé de sa paroisse qui, lui aussi,
semble alimenter la rumeur. Monseigneur Prud'homme décide finalement
d'intervenir auprès du prêtre un peu trop bavard.
Un
des fils éprouve des problèmes avec son certificat de naissance lorsqu'il veut
se marier : on remet en cause sa légitimité Une des filles est interrogé sur
ses certificats de baptême et de communion lorqu'elle
entreprend des démarches pour entrer au couvent.
Les
humiliations subies par les enfants, qui voient possiblement leurs parents
souffrir en silence, les motivent, pour trois d'entre eux, à abandonner la
religion catholique. Entretemps, les parents avaient
cédé leur terre de Ditton Park à leur fils pour
s'établir quelques kilomètres plus loin, à Hudson Bay
Junction. Damien décède en 1941 et son épouse Éliza s'établit chez sa fille à Edmonton où elle meurt en
1953. Durant toute leur vie de mariage, ils étaient demeuré profondément
attaché aux préceptes de la foi catholique.
De
nos jours, les nombreux descendants de Damien Richer et d'Éliza
Côté sont très bien intégrés à la population des provinces de l'Ouest canadien,
notamment
Pour
en savoir plus, il faut lire As I remember them, de Jeanne-Élise
(Richer) Olsen, édité par G. Lorraine Ouellette et
Ian Adam, 2002, Calgary University Press.
CERTIFICAT DE MARIAGE
Damien Richer et Éliza Côté
I hereby certify that J. Wilfrid Louvetau (alias Richer), of the township of Bowman, in the
county of Ottawa, and Marie E. Cote, of Poltimore, in
the county of Ottawa, were this day united by me in the holy bonds of matrimony
"whom God hath joined together, let not man put asunder".
R.E. Knowles B.A. Presby. clergyman
E. J. Knowles N. Findlay witnesses
Commentaire : Damien fut baptisé Wilfrid Daniel mais
fut connu par le prénom de Damien. À son mariage, il déclare comme nom
et prénom J. Wilfrid Louvetau (alias Richer).
Aurait-il voulu prendre le nom de son ancêtre pour marquer la brisure avec son
passé ?
LIGNÉE ASCENDANTE
DAMIEN RICHER DIT
LOUVETEAU
1-
Joseph Richer et Olive Grignon (Jean-Baptiste et Marie Lacasse),
Saint-Jérôme, le 26 mai 1851;
2-
Joseph Richer et Marie-Louise Brunet (André et Amable
Prezeau), Saint-Eustache, le 11 février 1828;
3-
Joseph Richer et Marie-Suzanne Paiement (Antoine et
Cécile Lahaie), Saint-Eustache, le 23 juillet 1798;
4-
Paul Ericher/Louveteau et Cécile Brizebois
(Louis et Marie-Angélique Groux), Saint-Laurent
(Montréal), le 22 mai 1758;
5-
François Ériché/Louveteau et Marie-Anne Brunet
(Jacques et Jeanne Verret), Saint-Laurent (Montréal),
le 19 octobre1723;
6-
Jacques Eriché/Louveteau et Marie Joffrion
(Pierre et Marie Priault), le 7 avril 1698,
Notre-Dame (Montréal);
7-
Jacques Eriché et Catherine Pin, c. 1660, Louvetot, Normandie, France.
FAMILLE JOSEPH RICHER -
OLIVE GRIGNON
Joseph
Richer et Olive Grignon se sont mariés à Saint-Jérôme le 26 mai 1851. Il était
le fils de Joseph Richer et de feue Marie-Louise Brunet. Elle était la fille de
feu Jean-Baptiste Grignon et de Marie Lacasse. Les
deux étaient mineurs et résidaient à Saint-Jérôme. Joseph était né le 16 mars
1831 à Saint-Benoît et Olive en mai de l'année suivante. Le mariage eut lieu en
présence du père de l'époux et des deux frères de l'épouse, Jean-Baptiste et
Théodore Grignon. Fait d'exception pour l'époque, les deux époux savent signer
leur nom.
Joseph
et Olive ont eu dix enfants. Aucun ne mourut en bas âge.
1-
Médard, né le 4 juillet 1852 à Sainte-Adèle et
baptisé le 22 suivant à Saint-Jérôme. Dans l'acte de naissance, on mentionne
que le père est tanneur. Son parrain, Médard Grignon, le frère d'Olive, sera le
grand-père de Claude-Henri Grignon né à Saint-Adèle en 1894. Ce dernier, rappelons-le, est l'auteur
du célèbre roman les Belles histoires des Pays-d'en-Haut.
Médard
épousera Séphora Bédard le
21 avril 1876 à Saint-André-Avellin. Il était aussi
tanneur. Séphora, née le 27 mars 1856, était la fille
mineure de Bazile Bédard,
agent des soeurs grises de Saint-Joseph de Montréal et de feue Émélie Bédard. Les époux, ainsi
que leurs pères, ont signé le registre de mariage. Médard et Séphora auront quatorze enfants. Il décédera à Saint-André-Avellin, le 22 janvier 1938.
2-
Antoine, né et baptisé le 13 avril 1854 à Sainte-Adèle.
Au recensement de 1871, il est boulanger et habite chez ses parents. Dix ans
plus tard, il est tanneur et habite toujours chez ses parents. Par la suite,
nous perdons son itinéraire.
3-
Honorius, né le 11 avril 1859 et baptisé le 17 suivant à Saint-André-Avellin.
On dit que le père est cultivateur. La famille avait donc quitté Saint-Adèle pour s'établir, de façon définitive, à Saint-André-Avellin. Honorius est décédé le 7 mars 1877 au
collège Bourget de Rigaud. Il était étudiant en versification. Il fut inhumé à Saint-André-Avellin le 12 suivant. Son père Joseph, qu'on
dit tanneur, signe le registre de décès ainsi que son frère aîné, Médard. Ce
dernier nommera son premier fils Honorius, né trois mois plus tard, le 8 juin
1877.
4-
Homère (Omer), né le 5 septembre 1861et baptisé le
lendemain. On dit que le père est cultivateur. Omer
épousera Alphonsine Chalifoux à Notre-Dame-de-la-Salette
le 15 mai 1894. Il était forgeron. Les deux époux signent le registre de
mariage. Ils auront sept enfants. Il est décédé à Notre-Dame-du-Laus
le 3 juin 1940, suivi par son épouse le 23 janvier 1948.
5-
Marie Alzire, née et baptisée le 13 septembre 1863. Alzire épousera François-Xavier Frappier
le 23 février 1892 à Saint-André-Avellin. Son père
est alors boulanger. Alzire aura cinq enfants. Elle
est décédée le 23 avril 1937 à Saint-André-Avellin.
6-
Wilfrid Daniel (Damien), né et baptisé le 25 septembre 1865. Voir l'histoire de
Damien plus haut.
7-
Joseph Oscar, né le 26 décembre 1867 et baptisé le 29. Oscar épousera Léa St-Amour le 25 juillet 1917 à Notre-Dame-de-la-Salette.
Elle était veuve de Dolphis Deslauriers.
Les deux époux ont signé le registre de mariage ainsi que son frère Omer et son épouse « dame Omer
Richer. » Ils auront trois enfants. Oscar est décédé le 28 décembre 1939 à Notre-Dame-de-la-Salette.
8-
Joseph-Israël (Joseph), né et baptisé le 18 décembre 1869.
Le parrain, son frère Médard et son père, tous deux alors cultivateurs, signent
le registre. Joseph épousera Délia Martel le 10 août 1896 à Saint-André-Avellin.
Il est alors cultivateur et son père boulanger. Elle était la fille majeure de Wilbrod Martel de Berlin, New Hampshire et de Célina Duchemin (!). Les deux
époux ont signé le registre de mariage. Joseph et Délia auront six enfants.
9-
Marie Gracia Vilana, née le 5 juin 1872 et baptisée
le 8. Le père qui a signé, est maintenant marchand. Vilana,
qui signait son nom « Ville Anna Richer », est décédée le 4 octobre 1918
et inhumée le 7 suivant à Saint-André-Avellin. Elle
était célibataire. Ses frères Médard, Joseph, Oscar et Omer
étaient présents aux funérailles.
10-
Marie Anne Amélie (Amélia), née l4 juin 1876 et
baptisée le lendemain. Le père a signé le registre de baptême. Amélia, soeur Antoine-Marie des
S.S. de
Joseph
Richer mourut le 7 juillet 1911 et fut inhumé le 10 suivant à Saint-André-Avellin. Il avait 80 ans. Joseph avait été
sacristain (bedeau) à Sainte-Adèle, cultivateur,
tanneur, marchand, puis boulanger à Saint-André-Avellin.
Son épouse, Olive Grignon, avait été institutrice. Elle est décédée le 18
octobre 1921 et inhumée le 20 suivant aussi à Saint-André-Avellin.
Elle avait 89 ans.
À
leur décès, Joseph et Olive demeuraient chez Joseph dans le rang Saint-Joseph.
Les fils Médard, Joseph, Omer et Oscar signèrent le
registre de décès. À l'époque, les funérailles étaient encore une affaire
d'hommes, les femmes attendaient leur retour à la maison.
De
nos jours, plusieurs descendants de Joseph Richer et d'Olive Grignon demeurent
à Saint-André-Avellin et dans l'Outaouais.
Louis
Richer, Québec