LES FILLES RICHER : MARIE-ANNE,
JOSEPHE et MADELEINE
La plaque
commémorative de notre ancêtre, Jacques Ériché,
dévoilée en 2007 à Louvetot en Normandie, précise que
sa descendance en terre d'Amérique a été assurée par ses deux fils, François et
Jean-Baptiste, ainsi que par ses trois filles : Marie-Anne, Josephe
et Madeleine. À la demande de plusieurs d'entre vous, nous présentons
l'histoire de ces dernières.
Rappelons d'abord
que les trois filles sont nées à Montréal, côte Saint-Michel qui relevait alors
de la paroisse mère de l'île, Notre-Dame, où elles furent baptisées. À partir
de 1721, ce rang fera partie de la nouvelle paroisse de Saint-Laurent où deux
d'entre elles, Josephe et Madeleine, se marieront et
demeureront par la suite. Fait à souligner, tout comme leur mère, les trois
soeurs auront des enfants jumeaux.
Marie-Anne
Marie-Anne
est née le 18 février 1699. Elle était l'aînée de la famille de Jacques et de
Marie Geoffrion. Âgée seulement de 18 ans, elle
épouse un veuf, Jean-Baptiste Joly, le 6 avril 1717 à Saint-Joseph de Rivière-des-Prairies. Cette paroisse est située dans le
Nord-Est de l'île de Montréal.
Jean-Baptiste, né
le 5 octobre 1684, avait été marié à deux reprises, une première fois avec
Marie-Madeleine Poupeau, le 19 mars 1711 et en
secondes noces avec Marie-Madeleine Galarneau, le 3
novembre 1715. Il avait deux enfants de son premier mariage et un fils de son
deuxième. L'un deux mourut en bas âge.
Jean-Baptiste et
Marie-Anne étaient tous deux de la deuxième génération d'immigrants en
Amérique, leurs familles étant originaires de la même région de Normandie, la Seine-Maritime, les
Joly de Bosc-Guérard et les Richer de Louvetot.
À son mariage,
Marie-Anne a comme témoins sa grand-mère maternelle, Marie Priault
que l'ont dit sa mère; sa tante maternelle, Françoise Geoffrion
épouse de Louis Rouleau et sa cousine Charlotte Rouleau. Du côté paternel, seul
son frère Jacques est présent. Aussi, au lieu de se marier dans la paroisse de
ses parents, Marie-Anne se marie dans la paroisse voisine. Son père est absent
alors que la coutume veut qu'il soit présent, à moins qu'il soit décédé. Ceci
nous laisse croire que Marie-Anne aurait été élevé ou du moins habitait avec sa
grand-mère maternelle.
Quatre jours avant
leur mariage, le 4 avril 1717 devant le notaire Adhémar dit Saint-Martin,
Jean-Baptiste et Marie-Anne ont passé un contrat de mariage. Celle-ci est
accompagnée de sa grand-mère maternelle, Marie Priault,
que l'on dit encore une fois sa mère; Claude Maurice; Pierre Martineau; son
oncle Louis Rouleau; sa cousine Charlotte Rouleau et Marie Sarreau.
Les époux
s'épousent en communauté de biens comme le veut la Coutume de Paris. Il est
entendu que les deux enfants nés d'un mariage précédent de l'époux et nommés
Jean-Baptiste et Marie dans le contrat seront élevés, nourris et entretenus «
sans diminution » jusqu'à l'âge de seize ans pour le garçon et jusqu'au mariage
pour la fille. Voilà une façon de s'assurer que les enfants mineurs nés d'une
première épouse soient traités sur un même pied d'égalité avec ceux à venir.
Les Joly sont
établis à Rivière-des-Prairies. Leur terre est située
dans le rang Saint-Léonard. Moins d'un an après leur mariage, Jean-Baptiste obtient la concession des « continuations » de sa terre,
soit trois arpents de large sur vingt de profondeur. Le contrat avec les
Sulpiciens, propriétaires de l'île de Montréal, est passé devant le notaire Senet dit Laliberté, le 16 mars
1718.
En retour
Jean-Baptiste doit faire moudre son grain au moulin des seigneurs de l'île,
sous peine de faire confisquer son blé; « souffrir » les chemins tracés par ces
derniers et qui passeront sur sa terre; donner accès au fleuve à ses voisins;
tenir feu et lieu; garder sa terre en bon état et, le 11 novembre de chaque
année, verser aux Sulpiciens à leur résidence seigneuriale de la rue
Notre-Dame, un montant symbolique d'argent (le cens) et un minot et demi de blé
froment « bon, loyal et marchand ».
Le 12 mars 1725,
devant le notaire Senet dit Laliberté,
Jean-Baptiste vend une terre à son beau-frère Jean Charbonneau. En lisant bien
le contrat, on se rend compte que cette terre avait appartenu à son beau-frère,
Jacques Richer fils. Âgé seulement de 19 ans, ce dernier avait eu celle-ci
située sur la rivière Mascouche dans la seigneurie de
Lachesnaye, le 14 juin 1720, par concession du
seigneur Pierre Legardeur de Repentigny. Suite à son
décès, son père la céda à son gendre Jean-Baptiste qui, en retour la vendit à
son beau-frère Charbonneau. Fait intéressant, Legardeur
devait connaître Jacques Richer père, les deux ayant appartenu aux Troupes
franches de la Marine.
Jean-Baptiste et
Marie-Anne auront treize enfants dont huit moururent avant d'atteindre l'âge
adulte. En voici la liste :
1- Anonyme, le 11
janvier 1718;
2- Joseph, né le 22
mars 1719, marié le 26 novembre 1742 avec Marie Desjardins/Charbonnier;
3- François-Marie, né le 31 mai 1720 et décédé le 30 avril
1733;
4- Michel, né le 15
juin 1721, marié le 8 janvier 1746 avec Marie Josephe
Sauriol/Soucy;
5- Anonyme, le 22
juin 1722;
6- Marie Louise, né
le 5 juillet 1723, mariée le 13 octobre 1750 avec Charles Rémi Brouillet;
7- Marie Anne, née
le 15 octobre 1724, décédée le 18 avril 1733;
8- Marie Françoise,
née le 29 janvier 1726, mariée le 5 février 1747 avec Louis Beaumier;
9- Marie Madeleine,
née le 29 janvier 1726, décédée le 19 mai 1730;
10- Jacques, né le
17 novembre 1727, décédé le 11 mai 1733;
11- Nicolas, né le
19 janvier 1729, décédé le 8 août 1729;
12- Marguerite
Elisabeth, née le 20 janvier 1729, décédée le 17 ocotbre
1729;
13- Marie
Angélique, né le premier avril 1730, mariée le 3 février 1749 avec Pierre
Desjardins.
Si Jacques, le père
de Marie-Anne, n'était pas présent au mariage de sa fille, il est le parrain de
son premier enfant baptisé, Joseph en 1719. Sa belle-soeur, Marie-Anne Brunet,
épouse de son frère François, est la marraine de son fils Jacques né en 1727
alors que sa soeur, Madeleine, est la marraine de Nicolas né en 1729.
Marie-Anne est
décédée à Rivière-des-Prairies où elle est inhumée le
16 mars 1739. Elle avait 40 ans. Suite à son décès, son mari faire faire
l'inventaire des biens de la communauté en date du 30 mai 1740 car il y a des
enfants mineurs. Nous n'avons malheureusement pas retrouvé ce document qui nous
aurait donné la liste détaillée des biens des époux Joly. Jean-Baptiste Joly
est mort le 27 août 1762, toujours à Rivière-des-Prairies.
Il y a au moins
cinq souches de Joly en Amérique. Marie-Anne est l'ancêtre des familles Joly
issues de ses deux fils, Joseph marié à Marie Desjardins et Michel marié à
Marie Josephe Sauriol.
Josephe
Josephe
est née le 22 février 1704. Au baptême elle reçut le prénom de Cécile mais prit
par la suite celui de Josephe, pratique qui n'était
pas inusitée à l'époque mais qui complique le travail des historiens et généalogistes.
Elle épouse Pierre Plouffe le 11 janvier 1723. Ils
demeurent tous les deux dans la paroisse Saint-Laurent, lui dans la côte Notre-Dame-des-Vertus (aujourd'hui Côte-Vertu),
elle dans la côte Saint-Michel.
À l'instar de
plusieurs jeunes hommes de l'époque, Pierre Plouffe
s'était engagé comme voyageur pour les Pays-d'en-Haut.
L'engagement, d'une durée d'un voyage, avait été signé le 31 mai 1720 devant le
notaire Jacques David.
À son mariage, Josephe est accompagnée de son père Jacques, de son frère François,
de ses soeurs Madeleine et Marie-Anne et de Jean-Baptiste Joly, son beau-frère
et époux de cette dernière. La veille de leur mariage, Pierre et Josephe s'étaient promis par contrat de mariage devant le
notaire Adhémar dit Saint-Martin.
Étant mineure,
l'âge de la majorité était de 25 ans, Josephe est
représentée par son père Jacques. Elle est accompagnée également de ses frères
François et Jean-Baptiste, de son beau-frère Jean-Baptiste Joly et de ses amis
Jean Le Meilleur, Françoise et Marie-Louise Bourg et Marie Élisabeth Tessier,
la femme d'Antoine Payan. Selon la Coutume de Paris, le Code
civil de l'époque, les époux se marient en communauté de biens, n'étant pas
responsable des dettes de l'un et de l'autre contractées avant leur mariage.
Josephe
et son époux, Pierre Plouffe ont habité la côte Notre-Dame-des-Vertus. Ils eurent 21 enfants dont au moins
huit moururent avant d'atteindre l'âge adulte. En voici la liste :
1- Pierre, né le 20
octobre 1723, marié le 13 juillet 1750 avec Marie-Agnès Pepin;
2- Maurice, né le
14 décembre 1724, marié le 16 janvier 1747 avec Marie-Angélique Ménard dit
Fontaine;
3- Louis François,
né le 4 janvier 1726, marié le 4 juillet 1746 avec Marie-Françoise Aubin/St-Aubin;
4- Charles, né le
19 avril 1727, marié le 18 janvier 1751 avec Marie-Cécile Berthiaume;
5- Jacques, né le
11 juillet 1728, marié le premier mars 1756 avec Marie-Geneviève Libersan dit Laviolette;
6- Augustin, né le
7 octobre 1729, marié le 2 mai 1757 avec Charlotte-Marie
Robidoux;
7- Michel, né le 18
avril 1731, décédé le 11 juillet 1731;
8- Joseph, né le 16
septembre 1732, décédé le 11 avril 1733;
9- Marie Josephe, née le 3 janvier 1734, mariée le 11 octobre 1756
avec Jean-Marie Victor;
10- François René, né
le 18 février 1735, marié le 8 janvier 1759 avec Marie-Josephe
Robidoux;
11- Marie
Catherine, née le 23 juin 1736, décédée le 30 août 1736;
12- Laurent, né le
5 août 1737, mariée le 18 février 1760 avec Marie-Louise Berthiaume;
13- Michel, né le
17 février 1739, marié le 5 août 1765 avec Marie-Amable
Forget Despatie;
14- Jean-Baptiste,
né le 22 juillet 1740, décédé le 7 mai 1760;
15- Joseph Marie,
né le 17 août 1741, décédé le 8 septembre 1741;
16- Marie-Louise,
née 21 septembre 1742, mariée le 21 septembre 1760 avec Vincent Champigny Sanscartier;
17- JosephAmable, né le 20 octobre 1743, décédé le 29 octobre
1743;
18- Marie
Charlotte, née le 26 novembre 1744, décédée le 21 septembre 1745;
19- Marie Amable, née le 28 novembre 1744;
20- Marie
Françoise, née le 9 janvier 1746, décédée le 11 janvier 1746;
21- Joseph Marie,
né le 12 juin 1749.
Pierre, le premier
enfant de Josephe, a comme marraine sa grand-mère
Richer, Marie Geoffrion; Maurice, sa tante Madeleine
et Augustin, son oncle Jacques Richer.
Le 5 février 1761,
devant le notaire Hodiesne, Pierre et Marie font une
donation de leurs biens à leurs fils Charles et Michel. Il s'agit d'une
exploitation agricole située côte Saint-Louis, paroisse Saint-Laurent. La terre
mesure trois arpents de front et s'étend depuis la côte Notre-Dame-des-Vertus
jusqu'à la rivière des Prairies. On y retrouve deux maisons et plusieurs
bâtiments de ferme.
Durant leur vie,
les vieux se réservent l'usage de la maison neuve, des meubles et ustensiles de
cuisine, d'un jardin, des bâtiments et des prairies pour loger et nourrir deux
vaches et un cheval. Chaque année, leurs fils leur remettront une somme
d'argent, 40 minots de blé froment, dix de pois, cinq pots d'eau-de-vie, quatre
de vin, un minot de sel, deux cochons, du foin et de la paille pour les
animaux, dix cordes de bois fendus et livrés à leur maison. Au décès, leurs
fils s'occuperont de leur inhumation : un service funèbre, dix cierges dont six
autour de leur corps et quatre à l'autel et cinquante messes basses pour le repos
de leur âme. Ils devront aussi pourvoir pour leur soeur Marie-Amable,
jusqu'à son mariage.
Rappelons que selon
la Coutume de
Paris, tous les enfants, fils et filles, héritaient à parts égales dans la
succession de leurs parents. En retour, ils étaient responsables du bien-être
matériel de leurs parents jusqu'aux décès de ces derniers. En pratique, les
enfants se libéraient de leurs responsabilités envers leur père et mère en
renonçant à leur part dans le bien familial au profit de l’un d’entre eux,
(dans ce cas-ci, ils sont deux Charles et Michel) qui, en retour, obtenait le
bien paternel par donation entre vifs. En plus, il dédommageait ses frères et
soeurs d'une somme d'argent qui, à leur tour, donnaient leur consentement
devant notaire. Ainsi, dès le lendemain de la donation, devant le notaire Hodiesne, Marie-Louise et son mari Vincent Champigny
acceptaient la donation en faveur de Charles et Michel moyennant une somme
d'argent.
Nous ne connaissons
pas la date de décès de Josephe qui serait entre
1761, année de la donation de leurs biens, et le 12 janvier 1768, date de décès
de son époux Pierre Plouffe. À la fin de leur vie, le
couple habitait la côte Saint-Louis, située dans la même paroisse de
Saint-Laurent, en bordure de la rivière des Prairies.
Il y a une seule
souche de Plouffe en Amérique, celle de Jean Plouffe et de Marie-Madeleine Guilleboeuf,
grands-parents de Pierre, époux de Josephe. Celle-ci
est donc l'ancêtre maternelle de plusieurs Plouffe
d'Amérique. Il faut dire qu'elle était la mère de huit garçons qui ont pris
épouse et eurent des enfants. Plusieurs, dont en premier Maurice, s'établirent
de l'autre côté de la rivière-des-Prairies sur l'île
Jésus à un endroit qui prendra le nom de l'Abord-à-Plouffe
avant d'être annexé à Chomedy, puis à Laval en 1965.
Madeleine
Madeleine
est née le 11 décembre 1709. Elle épouse François Libersan
dit Laviolette le 30 octobre 1730. François est né le
13 juillet 1707 aussi à Montréal, côte Notre-Dame-des-Vertus.
Les deux époux sont de la même paroisse de Saint-Laurent. À son mariage,
Madeleine est accompagné de son père Jacques; de ses soeurs Marie-Anne et Josephe et de leurs époux Jean-Baptiste Joly et Pierre Plouffe; de son frère François et de son épouse Marie-Anne
Brunet; de sa cousine maternelle Marie-Anne Rouleau et de son neveu
Jean-Baptiste Joly né d'un premier mariage.
Madeleine, comme sa
soeur Josephe, demeure dans la côte Notre-Dame-des-Vertus, paroisse Saint-Laurent, où elle aura
quatorze enfants dont neuf décèderont en bas âge. Les Libersan
ont vécu un certain temps dans le faubourg Saint-Joseph où François aurait
exercé le métier de charron.
Voici la liste des
enfants :
1- Marie Madeleine,
née le 31 août 1731, mariée le 9 février 1756 avec Antoine Faron dit Sansremission;
2- Nicolas Amable, né le 27 décembre 1732, marié le 24 mai 1756 avec
Marie Charlotte Poirier dit Bellefeuille;
3- Charles, né le
17 mai 1734, décédé le 12 juillet 1734;
4- Marie Geneviève,
née le 20 juillet 1735, décédée le 23 mars 1736;
5- Marie Françoise,
née le 23 février 1737, décédée le 28 février 1737;
6- Marie Geneviève,
née le 24 février 1737, décédée le 6 mars 1737;
7- Charles, né le
10 avril 1738;
8- Marie Josephe, née le 21 janvier 1740, mariée le 7 janvier 1758
avec Jean-Baptiste Desrues dit Sanspitié;
9- Marie Josephe, née le 30 juillet 1742, mariée le 29 janvier 1759
avec Jean-Baptiste Husereau dit Lajeunesse;
10- Jean-Baptiste,
né 11 juillet 1743, décédé le 11 août 1743;
11- Geneviève Marie
Angélique, née le 12 août 1744, décédée le 30 mai 1747;
12- Jean, né le 7
juin 1746, décédé le 22 juillet 1746;
13- Jean-Baptiste,
né le 26 novembre 1747, décédé le 13 décembre 1747;
14- Marie Françoise
Amable, née le 17 septembre 1750, décédée le 3
octobre 1750.
Madeleine est
décédée le 13 septembre 1789 et inhumée trois jours plus tard dans le cimetière
des adultes de la paroisse Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds.
On dit qu'elle est âgée de plus de 80 ans. En réalité elle a 71 ans. À l'époque
on avait tendance à exagérer l'âge des personnes âgées. Le décès de son mari,
François, n'a pas été retrouvé.
Louis Richer,
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