UNE MÈRE ET SES DEUX FILLES PÉRISSENT EN PRISON
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Le mardi 26 juillet 1864, tôt après minuit, une mère et ses deux filles périssent
dans l'incendie du palais de justice de Sainte-Scholastique, édifice qui servait
également de prison. Il s'agit de Julie Vanier, 56 ans, épouse de Christophe
Richer de Saint-Augustin; de Casildée Richer, âgée de 22 ans et d'Herminie
Richer, âgée de 16 ans.
Les trois femmes étaient détenues dans une affaire d'infanticide. La mère
aurait étouffé l'enfant nouveau-né de sa fille aînée alors que la plus jeune en
aurait été témoin. Il est possible que les événements se soient produits le 31
mai précédent car le lendemain on enterre à Saint-Augustin, lieu de résidence
des trois femmes, un nouveau-né issu de parents inconnus. Sainte-Scholastique
était à l'époque le chef-lieu du district judiciaire de Terrebonne et
Saint-Augustin un village voisin.
Les journaux, notamment La Minerve, Le Pays et la Montreal Gazette des 28
et 30 juillet et du 4 août, ont rapporté en détails cet horrible incendie ainsi
que l'enquête du coroner qui s'ensuivit. Trois hommes étaient détenus au
premier étage de la prison et trois femmes au deuxième. Les premiers seront
sauvés mais les femmes périront.
La Minerve du 30 juillet relate en ces termes la scène de l'accident :
L'alarme avait été donné et tout le village était accouru, ... Trois prisonniers
étaient confinés dans les cellules, ... leurs cris déchirants étaient entendus
au-dessus de tout le bruit, et contribuaient encore à augmenter l'horreur de cette
scène. On ne put trouver d'échelle qu'à l'église, à un quart de mille de distance.
Aussitôt qu'elle fut placée, un homme monta, armé d'un marteau, et aussitôt une
croisée ouverte deux hommes s'y précipitèrent, enfoncèrent les portes des
cellules, et délivrèrent les prisonniers de leur dangereuse position. Trois femmes
se trouvaient à l'étage supérieur, au troisième, une d'entre'elle apparut à la
croisée, et on l'entendit distinctement s'écrier à plusieurs reprises : "Mon Dieu,
sauvez-nous, sauvez-nous!" Sa figure pâle se détachait parmi la flamme et les
flots de fumée et glaçait d'horreur tous les assistants. Mais lui porter secours
était impossible. Le curé de la paroisse, le Rév. M. Barnabé, ne consultant que
ses devoirs de prêtre et, au risque de sa vie, monta jusqu'au dernier degré de
l'échelle, lui adressa quelques paroles d'exhortation, et lui donna l'absolution.
Peu après la fumée était remplacée par un tourbillon de flammes, puis on ne vit
plus rien. On ne vu pas ses deux compagnes : il est à croire qu'elles avaient été
suffoquées auparavant.
On sait par les témoignages recueillis que la personne qui apparut à la fenêtre
était la plus jeune des trois femmes, Herminie Richer.
On apprend également que les trois prisonniers ont pris la clé des champs. Un
d'entre eux « un fier coquin », devait répondre devant la justice d'une
accusation de trois viols. Il aurait été à l'origine des malheurs de la jeune
Casildée Richer.
Dès le lendemain de la tragédie, le coroner du district, Joseph A. Mignault,
institue une enquête pour s'enquérir sur les causes de la mort des trois
victimes. Il réunit un jury composé de douze « hommes bons et qualifiés de la
paroisse et district susdits ». Pendant deux jours, une dizaine de témoins
viennent donner leur version des faits. On entendra notamment les
témoignages du cordonnier du village, du forgeron, de l'aubergiste et de son
épouse, d'un avocat, du geôlier, de son épouse et de leur servante ainsi qu'un
jeune employé de la prison.
On apprend, entre autres, que le geôlier, William Henry Quinn, sa famille,
soit sa femme, ses trois jeunes enfants et une domestique, habitaient le
rez-de-chaussée de la prison; que Quinn n'avait pas les clés des cellules qu'il
alla quérir chez le shérif à quelque distance de la prison; qu'il aimait les «
boissons fortes » mais qu'il était sobre le soir de l'incendie; qu'il n'y avait ni
échelle sur place, ni d'eau dans le puits de la prison; qu'il n'y avait ni clôture,
ni enclos autour de l'édifice et que le jour les prisonniers pouvaient sortir et se
rendre chez eux.
On apprend aussi que les détenus n'étaient pas tenu de demeurer dans leur
cellule le soir, une des prisonnières, Herminie Richer, ayant veillé dans la
cuisine des Quinn avec la servante et un jeune employé le jour de l'accident,
avant d'être confiné dans sa cellule pour la nuit; que l'on s'éclairait à la
chandelle; que l'employé de la prison, âgé de 16 ans, a préféré aller prêter
main forte au fils du « bedeau » pour sonner le tocsin en vue de prévenir la
population au lieu de tenter de libérer les « créatures » ; que le shérif Raby a
préféré sauver ses papiers au lieu lui aussi de porter secours aux
malheureuses.
Le vendredi, 29 juillet, le jury rend son verdict. Après avoir blâmé sévèrement
le geôlier pour sa grande négligence, le shérif pour son indifférence et le
garde-clés pour manquement à son devoir, les douze hommes sont d'avis que
le feu est d'origine accidentelle et déclarent que les trois victimes sont « mortes
par suffocation ». Quatre d'entre eux signèrent le verdict avec le coroner
Mignault, les autres ayant laissé leur marque ordinaire. Nous ne savons pas
s'il y a eu des suites aux blâmes du jury.
Le lendemain, 30 juillet 1864, les trois victimes, Julie Vanier et ses deux filles
Casildée et Herminie, furent portées en terre dans le cimetière de la paroisse
de Saint-Augustin, en présence de leur mari et père, Christophe Richer. Qui
était-il ?
Ce dernier était le fils de Christophe Richer et de Rose Rouleau. Il était né le
18 novembre 1807 à Saint-Eustache. Il avait épousé en premières noces
Euphrosine Lanthier, le 8 août 1833 à Saint-Benoît. Ils eurent un seul enfant
prénommé également Christophe, né le 4 novembre 1834 à Saint-Benoît.
Euphrosine mourut le 6 avril 1836 à ce dernier endroit. Elle avait seulement
24 ans.
Christophe avait épousé en deuxièmes noces Julie Vanier probablement vers
la fin de 1837 à Saint-Eustache. Leur acte de mariage a dû disparaître dans
l'incendie de l'église de ce dernier endroit lors de la Rébellion de la fin de
l'année. Ils ne répondirent pas à l'appel du curé de l'endroit qui avait
demandé par la suite aux paroissiens de se présenter à nouveau au presbytère
pour rétablir les documents manquants. Julie (Judith) était née à
Saint-Eustache le trente et un mars 1810. Ses parents étaient Jean-Baptiste
Vanier et sa mère Marie-Josette Boileau (Biroleau).
Christophe et Julie Vanier eurent cinq enfants : Hermini (Arminigil), né le 31
mars 1838 à Saint-Benoît; Casildée, née en 1842, son acte de baptême n'a pas
été trouvé; Édouard, né le 25 avril 1846, Herminie née le 30 octobre 1848, tous
deux à Saint-Benoît et Nivard, né le 16 octobre 1851 et décédé le 5 novembre
suivant à Saint-Eustache.
Casildée sera marraine d'un enfant de son demi-frère Christophe, prénommée
Perpétue, née le 7 octobre 1860 à Saint-Joseph-du-Lac. Sa mère, Julie Vanier,
sera également marraine d'un autre enfant de Christophe, prénommée
Herméline, née le 12 mai 1863 au même endroit. Christophe avait marié
Angélique Lefebvre le 27 février 1860 à Saint-Joseph-du-Lac. Comme déjà
mentionné, il était né de la première union de Christophe avec Euphrosine
Lanthier.
Suite au décès de sa deuxième femme, Christophe épouse, l'année suivante,
soit le 9 décembre 1865, Esther Villeneuve, veuve d'Antoine Cataford de
Saint-Joseph-du-Lac. Ils n'ont pas eu d'enfant. Christophe qui ne semble pas
avoir eu d'autre métier que celui de journalier, décède à Sainte-Adèle le 15
décembre 1880 à l'âge de 73 ans.
Voici sa lignée généalogique ascendante :
1- Christophe Richer et Rose Rouleau, mariés le 2 février 1807 à
Saint-Eustache;
2- Jean-Baptiste Richer et Charlotte Letourneux, mariés le 10 janvier 1763,
Pointe-Claire;
3- Jean-Baptiste Richer et Marie Jarry, mariés le 22 janvier 1731,
Notre-Dame de Montréal;
4- Jacques Richer et Marie Geoffrion, mariés le 7 avril 1698, Notre-Dame de
Montréal.
Triste histoire que celle de Julie et de ses deux filles. D'autant plus que nous ne
connaîtrons jamais le degré de culpabilité de ces trois femmes suite à
l'accusation d'infanticide.
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