FAMILLE JOSEPH RICHER - DÉLIA MARTEL


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Joseph (prénommé Israël au baptême) est né le 16 décembre 1869 à Saint-André-Avellin. Il était le huitième enfant de Joseph Richer et d'Olive Grignon. Il a épousé Délia Martel au même endroit, le 10 août 1896. Joseph est décédé le 22 mai 1928, à l'âge de 58 ans. Il habitait toujours la terre familiale du rang Saint-Joseph à Saint-André-Avellin.

Son épouse, Délia Martel, est née le 16 avril 1872. Elle était la fille de Wilbrod Martel de Berlin, New Hampshire et de Célina Duchemin (!). Suite au décès de sa mère, à la naissance de son troisième enfant, et du remariage de son père, Délia a été « adoptée » par Édouard Leduc de Saint-André-Avellin. Elle est décédée le 29 mai 1960 à Papineauville.

Édouard Leduc (1817-1911), marié à Marie-Louise Séguin (1828-1908) est un pionnier de Saint-André-Avellin. Il était arpenteur géomètre. On retrouve son nom mentionné d'abord comme maire (1858-1860 et 1872-1880) puis comme secrétaire (1862-1870) de la jeune municipalité. Le couple n'ayant pas d'enfant, ils prirent charge de Délia.

Les enfants du couple Joseph Richer-Délia Martel :

Sept enfants sont nés de leur mariage, deux sont décédés en bas âge, Thérèse et Émile, deux sont décédés tragiquement en l'espace d'une même semaine, Laurenza et Conrad, en août 1923. (Voir un mois d'août tragique).

1- Thérèse Délia née le 15 avril 1897, décédée le 22 mai 1900 à l'âge de 3 ans;

2- Amélia, née le 4 février 1900. Elle a épousé Armand Frappier de Papineauville le 29 août 1928. Ils ont demeuré à ce dernier endroit et eurent deux enfants;

3- Laurenza, née le 13 juillet 1901, décédée le 20 août 1923 à l'âge de 22 ans;

4- Irène, née en février 1903, décédée le 15 septembre 1973 à l'âge de 70 ans. Elle avait épousé Charles Lanthier et eurent 5 enfants;

5- Édouard, né le 26 septembre 1905. Il est décédé le premier décembre 1959 à l'âge de 55 ans. Il avait épousé Rita Robinson le 8 janvier 1928 à Papineauville. Ils eurent 11 enfants dont 2 sont décédés en bas âge;

6 - Conrad, né le le 22 juin 1906. Il est décédé accidentellement le 25 août 1923 à l'âge de 17 ans;

7 - Émile né le 15 juin 1909. Il est décédé le 2 décembre 1909 à l'âge de 6 mois.

Suite à son mariage en 1896, Joseph s'est installé sur la terre familiale du rang Saint-Joseph. Au recensement de 1901, ses parents (Joseph et Olive) demeurent au village avec leur garçon, Oscar. Au recensement de 1911, on les retrouve dans la maison du rang Saint-Joseph avec Joseph et sa famille. Ils y décéderont quelques années plus tard.

Joseph est un homme avec beaucoup d'ambition. La famille adoptive de Délia, les Leduc, sont à l'aise. Joseph est un bon cultivateur, il continue de défricher la terre, d'agrandir les champs et d'ouvrir les dernières prairies à la culture. Aussi, il fait l'acquisition de deux « petites terres » dans le rang Saint-Joseph.

Joseph et Délia ont trimé dur et ont bien réussi. Ces années vont ouvrir de nouveaux horizons. Les possibilités d'éducation sont plus grandes. Les Soeurs de la Providence sont arrivés à Saint-André en 1890. Deux ans plus tard, elles prennent possession de leur couvent. Elles reçoivent des élèves pensionnaires et recueillent avec elles des personnes âgées.

Aussi, Joseph et Délia font instruire leurs enfants. Les filles seront enseignantes, Conrad, le plus jeune des deux garçons, allait entreprendre des études en pédagogie au moment de son décès tragique. L'autre fils, Édouard, travaille avec son père sur la ferme. C'est lui qui éventuellement prendra la relève.

Un bon cultivateur

À l'époque, les paroisses organisaient un concours annuel de labour afin de stimuler le travail des agriculteurs. Il s'agissait bien sûr de labourer avec des chevaux et une charrue à une seule oreille. Un sillon tracé par la charrue devait être bien droit, pas trop profond, et la terre bien renversée. On parlait souvent des concours de labour de Joseph Richer car il gagnait régulièrement. Son fils Édouard avait bien appris de son père car il était difficile à battre dans ces compétitions.

Un mois d'août tragique : une semaine inoubliable

Une des filles, Laurenza, décède le 20 août 1923. Elle avait 22 ans seulement. Elle était enseignante à l'école de Sainte-Cécile-de-Masham. Jolie fille, elle entrevoyait se marier.

Les institutrices des écoles de rang n'avaient pas la tâche facile . Tous les niveaux du primaire se côtoyaient, les étudiants ( garçons ou filles ) devaient s'absenter pour aider aux parents selon les saisons de l'année ou selon les événements : travailler sur la ferme familiale, travailler parfois comme salarié pour aider à nourrir la famille, aider la maman dans ses tâches familiales, dont prendre soin des plus jeunes enfants. Souvent, le père devait s'absenter pour aller travailler notamment dans les chantiers.

La réalité de ces petites écoles de campagne demandait beaucoup aux jeunes filles qui en avaient la charge. Laurenza enseignait dans une de ces écoles.

Voici l'enchaînement des faits : après la fin des classes en juin, Laurenza fait un séjour chez des amis à Hull. Elle revient à la maison paternelle fatiguée, avec une mauvaise fièvre qui ne veut pas la quitter. Consultations du médecin, traîtements de l'époque, rien n'y fait. On s'inquiète à la maison, mais dans la tête de tout le monde ce n'est qu'un surplus de fatigue, une fièvre un peu tenace. Pourtant la santé décline et au mois d'août la situation se détériore. Elle rend l'âme le 20, après avoir reçu les derniers sacrements.

Comment la santé d'une femme de son âge peut-elle déclinée en si peu de temps ? À l'époque, on nommait ces maladies « les fièvres », terme générique parce qu'on ne connaissait pas encore toutes les particularités de plusieurs maladies. De quoi s'agissait-il pour Laurenza? Selon le médecin, elle a été frappée par la fièvre thyphoïde. Elle aurait bu de l'eau porteuse de bactéries. Dure épreuve, maladie tragique.

Voici une anecdote rapportée plus tard et qui manifeste bien l'impuissance à l'époque qu'on éprouvait devant ces maladies. On avait conseillé à la malade de garder un chat bien coller dans ses bras. Peut-être l'animal pourrait-il prendre son mal et l'en délivrer ?

L'histoire de Conrad est aussi, sinon plus tragique, que celle de Laurenza. Il est décédé accidentellement, la même semaine que sa soeur, le 25 août 1923. Il avait seulement 17 ans. Cinq jours après le décès de Laurenza, la famille en était encore toute boulversée. On reprenait tout de même courage : la vie devait continuer. La fin de l'été approchait. Conrad devait entrer à l'école normale. Tout était prêt. Sans doute voulait-il jeter un dernier regard sur la terre familiale et les montagnes qu'il parcourait souvent avec son frère Édouard, plus âgé d'un an.

Il décide donc de partir seul. Il prend son fusil comme c'est la coutume de le faire. On ne s'aventure pas dans les montagnes sans son arme, simple prudence. Il amène avec lui un chien qui l'avait adopté et le suivait partout. Mais la promenade se prolonge. Habituellement, sur la ferme, on revient pour la traîte des vaches qui se fait vers 17:00 heures, soit avant le repas du soir. On s'inquiète. Lui serait-il arrivé quelque chose? Cette année pourtant, on n'a pas vu d'ours ou de loups s'aventurer dans les champs, mais sait-on jamais ? Ou aurait-il simplement tuer quelque bête et cela le retarde ?

Tout à coup, on entend le chien japer, hurler. Il est revenu seul à la maison. Édouard se met à courir en se laissant guider par le chien, traverse la sucrerie. Il se rend jusqu'à un vallon que l'on appelle la « côte de la bête puante ». Il entre dans la montagne, saute les roches, et se met à appeler son frère. Pas de réponse. Un sentiment d'inquiétude l'habite. Un froid parcourt tout son corps. Il crie encore. Pas de réponse. Le hurlement du chien se fait de plus en plus étrange et tout à coup, il aperçoit le chien en détresse, et un peu plus loin, son frère couché par terre.

La gorge serrée, il se penche, lui parle, le secoue un peu. Rien. Plus de souffle. Plus de vie et une longue coulée de sang traverse son visage. Que doit-il faire maintenant? Il est vraiment mort. Il va chercher son père. Il part à la course sans s'arrêter. Les idées les plus folles lui traversent l'esprit, mais il ne veut pas penser. Il court. Il rencontre son père à mi-chemin, lui raconte un peu. Le père traversé par l'anxiété, le frère étreint par la douleur, s'empressent d'aller chercher des voisins pour ramener le corps sur un brancard, qu'ils placent sur une « waguine » tirée par les chevaux.

Mais il faut l'annoncer aux autres : la mère, les soeurs. Conrad a eu un accident, en se penchant sur un terrier dans la montagne, il a sans doute glissé, il a fait un faux mouvement, le coup de feu s'est déclenché et l'a frappé mortellement dans le coin de l'oeil et a traversé la tête. Il a été tué instantanément, selon le verdict du médecin. Le fils et les voisins n'ont pas voulu que les parents le voient avant d'être lavé et nettoyé de son sang pour l'exposition mortuaire.

Le 20 août, Laurenza est décédée. On a « veillé au corps », on a fait les funérailles deux jours plus tard. Le 25 Conrad est mort plus soudainement et plus tragiquement encore. Perdre un enfant, par surcroit dans la force de l'âge, est déjà une grande épreuve. En perdre deux dans la même semaine, comment peut-on qualifier cette tragédie? Toute la famille en a gardé une profonde blessure. Édouard perdait son jeune frère et le seul avec lequel il avait vécu toute sa jeunesse.

Les parents étaient de bons croyants, ils ont plié lourdement sous le double choc mais se sont relevés. La vie a continué mais cette semaine du mois d'août 1923 a sans doute laissé de profondes rides sur le visage buriné des parents Richer.

À la fête des défunts de l'automne suivant, le 2 novembre, toute la famille s'est rendue à l'église pour prier pour leurs défunts, assister à une messe. Ils voulaient gagner aussi l'indulgence plénière attachée à la visite à l'église pendant la fête des défunts. Pour les parents, cela signifiait que leurs enfants étaient maintenant entre les mains de Dieu, dans la paix de l'éternité.

Grand-mère Délia aimait raconter que le soir au souper, les deux défunts étaient venus frapper à la porte de la maison pour signifier à toute la famille qu'ils allaient dans le Paradis des bienheureux. Grand-mère aimait ces histoires de « revenants », de morts qui frappaient aux portes ou aux fenêtres. Des « avertissements » disait-elle.

Joseph est mort au printemps 1928. Ce sont aussi les « fièvres » qui l'ont emporté. Des fièvres qu'il a prises en buvant une mauvaise eau pendant les travaux de semences. Il est décédé le 22 mai 1928, épuisé aussi par la vie et les tragédies de ses deux enfants. Nos parents nous racontaient que lorsqu'il s'est senti vraiment malade, il s'est comme abandonné.

Délia est morte en 1960 à l'âge de 88 ans. Elle vivait toujours dans la maison de la ferme familiale, dans le rang Saint-Joseph à Saint-André-Avellin.

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