FAMILLE
JEAN-BAPTISTE RICHER et MARIE JARRY
Jacques Ériché
et Marie Joffrion ont eu deux fils qui ont assuré la
descendance du nom Richer en Amérique : François et Jean-Baptiste. Voici donc
l’histoire de ce dernier :
Jean-Baptiste Richer :
- né le 18 avril 1705 à Montréal, fils de Jacques Richer et
de Marie Geoffrion, marié le 21 janvier 1731 à
Montréal avec Marie Jarry, née le 12 mars 1712, fille d'Henri Jarry et d'Agathe
Lécuyer. Parfois le nom de Jarry se confond avec
Henry et Henrichon. Jean-Baptiste est décédé le
premier juin 1770 et inhumé le lendemain à Pointe-Claire. La date de décès de
son épouse, Marie Jarry, n'a pas été trouvée.
Après leur mariage, le 22 janvier 1731, Jean-Baptiste et
Marie vécurent environ deux ans côte Saint-Pierre, située dans la paroisse
Notre-Dame de Montréal, possiblement sur la terre des parents de l'épouse. La
veille, devant le notaire Guillet, ils avaient passé leur contrat de mariage
prévoyant le régime de la communauté de biens.
À l'époque, la possession d'une terre était la première
préoccupation des jeunes hommes voulant fondés une famille. La terre assurait
le gagne-pain de la très grande majorité de la population. Aussi, dès le 6 juin
1729 devant le notaire Raimbault, et deux ans avant
son mariage, Jean-Baptiste s'était porté acquéreur d'une terre située côte Saint-Rémi, aujourd'hui montée des Sources.
Mais ce n'est pas à cet endroit qu'il établira sa famille.
Aussi, on ne sait pas ce qui est arrivé du legs par testament que lui avait
fait son parrain le soldat Jean-Baptiste Genest, le 30 juin 1707 devant le
notaire Lepailleur, à la veille de son départ pour la
guerre.
De toute façon, le 13 mars 1733 devant le notaire Raimbault, Jean-Baptiste et Marie achètent une terre située
côte Saint-Rémi de Jean-Baptiste Leroux. Celle-ci
mesure trois arpents sur quarante et ne comporte aucun bâtiment. C'est sur
cette terre que Jean-Baptiste et Marie éliront domicile, qu'ils défricheront,
qu'ils construiront, qu'ils élèveront leur nombreuse famille et qu'ils la
céderont avant de mourir à l'un de leur fils, Joachim.
Quant à la terre acquise en 1729, Jean-Baptiste l'échange
pour une située côte Saint-Pierre avec son beau-frère François Fortier, époux
de Suzanne Jarry. La transaction a lieu le 30 mars 1731 devant le notaire
Guillet. Jean-Baptiste vendra cette partie de la terre paternelle de sa femme
avec une autre partie venant de la part de sa femme dans l'héritage de ses
parents, à un autre beau-frère, Jean Poirier, époux de Marguerite Jarry. Le
contrat est passé le 30 mars 1733 devant le notaire Raimbault.
Le 19 mars 1734 devant le notaire Adhémar, Jean-Baptiste et
Marie reconnaissaient avoir reçu leur part dans l'héritage de cette dernière
dans la succession de ses parents. En plus d'une somme d'argent, ils avaient eu
une part dans la terre paternelle située côte Saint-Pierre qu'ils avaient déjà
vendu à leur beau-frère Jean Poirier, ainsi qu'un lot de terrain situé rue
Notre-Dame à Montréal qu'ils avaient également cédé à Jean Poirier, le même
jour devant le même notaire, soit le 19 mars 1734.
De toutes ces transactions entre héritiers Jarry, il faut
retenir qu'à l'époque tous les enfants héritaient en parts égales des biens de
leurs parents. Aucun (sauf chez les nobles) n'était favorisé devant la loi qui
s'appliquait, soit
Enfin, notons que Marie partage avec ses frères et soeurs
la part de leur mère, Agathe Lécuyer, dans la
succession de son père, Pierre Lécuyer. Il s'agit
d'une terre située dans le bas du Sault-Saint-Louis
qui est vendue le 6 septembre 1732 à Étienne Roy, devant le notaire Adhémar.
Ceci dit, revenons à la famille de Jean-Baptiste et de
Marie. Les deux premiers sont nés côte Saint-Pierre puis baptisés à Notre-Dame
de Montréal tandis que tous les autres sont nés côte Saint-Rémi
et baptisés à la paroisse Saint-Joachim de
Pointe-Claire.
En voici la liste :
1- Marie Amable, née le 27
octobre 1731, mariée à Pointe-Claire le 26 février 1748 avec Joseph Dugas dit Labrèche, décédée à Saint-Laurent le 12 avril 1753 des
suites probables d'un accouchement et inhumée le lendemain à Saint-Laurent;
2- Marie Barbe, née le 11 février 1733, mariée à
Pointe-Claire le 10 janvier 1752 avec Antoine Gauthier, décédée le 30 août 1803
et inhumée le lendemain à Saint-Laurent;
3- François, né le 24 octobre 1734, marié à Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds le 20 janvier 1755 avec
Madeleine Libersan dit Laviolette
et décédé le 17 octobre 1761 à Pointe-Claire;
4- Joseph Marie, né le 27 juin 1736, marié à Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds le 26 juillet 1762 avec
Élisabeth Guittard et décédé à ce dernier endroit le
9 juin 1788;
5- Jean-Baptiste, né le 18 avril 1738, marié en premières
noces à Sainte-Geneviève-de-Pierrefonds le 8 janvier
1759 avec Françoise Legault dit Deslauriers,
marié en secondes noces à Pointe-Claire le 10 janvier 1763 avec Charlotte Letourneux, décédé le 12 mars 1817 et inhumé le
surlendemain à Saint-Eustache;
6- Joachim, né le 15 juillet 1739, marié à Lachine le 23
janvier 1771 avec Marie-Amable Dubois, décédé le 2
septembre 1807 et inhumé le lendemain à Pointe-Claire;
7- Marie-Anne, née le 13 janvier 1741, mariée à
Pointe-Claire le 8 septembre 1764 avec Jean-Baptiste Bigras,
décédée le 20 décembre 1819 et inhumée le surlendemain à Saint-Martin de Laval;
8- Louis, né le 26 janvier 1743, décédé le 11 février 1743
et inhumé le lendemain à Pointe-Claire;
9- Marie Marguerite, née le 30 septembre 1744, mariée en
premières noces à Pointe-Claire le 23 novembre 1767 avec Charles Couillard,
mariée en secondes noces à Pointe-Claire le 8 janvier 1776 avec Alexis Daraby, décédée le 25 novembre 1827 et inhumée le
surlendemain à Pointe-Claire;
10- Marie Josephe, née le 14 juin
1746, mariée à Pointe-Claire le 30 mai 1768 avec Louis Langevin dit Lacroix;
11- Agathe, née le 13 juillet 1748, mariée en premières
noces à Pointe-Claire le 15 février 1768 avec Jean-Baptiste Périllard
et en deuxièmes noces à Saint-Eustache le 14 mai 1798 avec Jacques Guillotte, décédée le 26 août 1810 et inhumée le
surlendemain à Saint-Eustache;
12- Marie Louise, née le 8 mai 1750, mariée à Pointe-Claire
le 24 février 1772 avec Guillaume Braye dit Saint-Pierre, décédée le 12 juillet
1778 des suites probables à un accouchement et inhumée le lendemain à
Saint-Eustache;
13- Marie Amable, née le 10 avril
1754; décédée le 22 juillet 1754 et inhumée le même jour à Pointe-Claire;
14- Pierre, né le 11 septembre 1755, décédé probablement le
3 septembre 1778 à Saint-Eustache.
Suite au décès prématuré de son fils François en 1761,
Jean-Baptiste est un des deux tuteurs des enfants mineurs. En leurs noms, il
vend une terre provenant de la succession de leur père, le 7 mars 1765, devant
le notaire Simonet. Puis, le 19 octobre 1767, devant
le notaire Soupras, il accepte, toujours en leurs
noms, une reconnaissance de dette de la part de Pierre Legault
et de son épouse Madeleine Libersan.
Le 9 février 1768, devant le notaire Soupras,
Jean-Baptiste et son épouse Marie font une donation de leurs biens à leur fils
Joachim : « ... attendu leur vieillesse et infirmité (et) voulant se débarasser du tumulte des affaires du monde pour s'occuper
uniquement du soin de leur salut ... »
En retour, Joachim doit les loger, leur verser une rente et
s'occuper de leur inhumation éventuelle dans le cimetière paroissiale. La
donation ne pourra être révoquée d'aucune façon sinon « ...pour cause
d'ingratitudes ou non exécution... » de la présente
donation.
La donation comprend « ...une terre et batimens
de ferme construits sise en la dite cote St Remis de trois arpents de front par
trentre trois arpents de profondeur... ensemble tous
leurs meubles et ustensiles de ménage et d'agriculture et animaux... sans en
rien réservés par les dits donataire que la jouissance ... de leurs meubles de
ménage et leur logement dans la maison sise sur la dite terre leur vie
courante... ».
La rente viagère et payable annuellement en janvier
comprend : «... trente minots de farine rendus dans leur grenier, deux cents
livres de lard salé, vingt livres de graisse, une livre de poivre, un demi
minot de sel, douze pots d'eau de vie, vingt cordes de bois franc rendus à leur
porte, dix livres de chandelles, un morceau (de terre) suffisamment bon et
grand pour leur jardin potager et leur tabac autant qu'ils le pourront faire
eux-mêmes ou autrement tous les légumes nécessaires et trente livres de tabac à
fumer et pour leur entretien la somme de quatre vingt livres en argent par
chaque année... ».
Joachim s'engage aussi à « ... les blanchir, les raccemoder de tous linges et hardes; et en plus les
habiller en neuf de pied en cap tous les trois ans; sçavoir
en un capot, veste et culotte de cadix, d'une chemise
tout garni, deux paires de bas fin, deux paires de souliers français avec les
boucles, un béret drapé, un mouchoir de coton fichu, deux mouchoirs de poche,
un ? de toile fine, un jupon de coton en calmande, un mantelet d'indienne et un
autre en mousseline dont moitié cotonnée et l'autre clair, des fils fins blanc
pour l'employer... ».
Il soit aussi « ... les soigner et médicamenter en leurs
maladies, leur fournir tous les remèdes et douceurs nécessaires... le tout aux
frais et depends du donataire... ».
Il a été convenu que cette rente diminuera de moitié suite
à la mort de l'un des deux donateurs et s'éteindra en totalité au décès du
dernier survivant.
En cas de mort, Joachim « ... sera tenu de les faire
enterrer honorablement selon l'usage des campagnes avec un service sur leur
corps à chacun et si faire que peut leur faire dire dans l'an et jour de leur
décès chacun cinquante messes basses pour le repos de leur âme, de l'execution de quoy sa conscience
demeurera chargé... ».
En plus, Joachim s'engage envers ses frères et soeurs. À
ceux et celles qui sont déjà mariés, il leur promet de leur verser des sommes
d'argent respectives réparties au cours des prochaines années. Tous sont
présents, ces frères Joseph et Jean-Baptiste ainsi que ses soeurs Marie Barbe,
Marie, Marguerite et Agathe accompagnées de leurs maris qui doivent consentir à
leur présence. François et Marie Amable sont déjà
décédés. Tous, ainsi que la notaire, se sont déplacés vers la maison de
Jean-Baptiste et Marie où a lieu le contrat de donation.
En plus de l'argent, à ses deux soeurs mineures, Josephe et Louise, Agathe est déjà engagée et se mariera la
semaine suivante, ainsi qu'à son frère Pierre, aussi mineur, Joachim promet de
les « ...nourrir, loger et entretenir... » en
attendant qu'ils soient pourvus par mariage ou autrement. En retour, ceux-ci «
...seront tenus de travailler de leur mieux au profit du donataire qui promet
leur donner lors de leurs mariage leurs habillements de noces avec leur lit,
une vache, un cochon nouritureau et six poules ... ».
Les obligations de Joachim envers ses frères et soeurs
découlent des principes successoraux de l'époque inscrits dans
Jean-Baptiste jouira à peine un peu plus de deux ans de sa
pension viagère : il meurt le premier juin 1770. Quant à son épouse, Marie, sa
date de décès n'a pas été trouvée.
De nos jours, plusieurs descendants de Jean-Baptiste Richer
et de Marie Jarry demeurent toujours dans la partie ouest de l'île de Montréal,
notamment à Pierrefonds. D'ailleurs, on y retrouve quelques maisons anciennes
bien conservées ou restaurées qui portent fièrement le nom d'un Richer de la
famille des Louveteau.