«UNE TERRE BRISÉE PAR LES ÉLÉMENTS...»
        Une sorte d'euphorie régnait à bord du navire.  Olav, les sourcils froncés, tentait lui aussi d'apercevoir la côte de cette terre qui venait d'apparaître subitement sur le petit écran du radar.  Un rafale dispersa le brouillard et la pluie se calma un peu.
        L'archipel était devant nous et il s'offrait à nos regards ébahis.
        Les marins hurlaient presque en apercevant ce lambeau de terre qui apparaissait maintenant comme une île énorme aux confins que nous ne pouvions distinguer à l'oeil nu.  Remarquant aussitôt le caractère rocailleux de l'endroit, certains présumèrent sans plus attendre qu'il devait s'agir d'une île volcanique fraîchement apparue au coeur de l'océan.  On voulu la nommer «Olav Island» et on rigola un bon coup.  Quand le tonnerre vint annoncer que la foudre tomberait, les sourires disparurent.  BANG!
 
     Par la puissance de la foudre, on distingua mieux encore le rivage de l'archipel.  Telle une statue gigantesque faisant le guet en fendant les flots gonflés par la démence de la tempête, un énorme récif semblait nous intimer l'ordre silencieux de rebrousser chemin.
        Quel avertissement, même le plus obscur, parviendrait à faire renoncer des hommes qui déjà rêvent de célébrité?
        Aux abords de l'île perdue, les vents étaient beaucoup plus calmes et même la pluie paraissait disposée à calmer ses ardeurs.  Olav, qui avait demandé à ce que l'on prévienne le capitaine, abandonna les commandes à un subalterne et relata à son supérieur les derniers événements.  Vue la clémence spontanée des éléments, le capitaine décréta qu'il nous fallait descendre et visiter cette terre venue de nulle part.  Remarquant ma présence et l'énorme caméra que je tenais entre mes mains tremblantes, il me demanda de les accompagner sur l'île.   J'acceptai de mettre pied à terre.
«LÀ OÙ RÈGNE LA DÉSOLATION...»