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Mon adolescence

À l'adolescence, l'équipe du centre de réadaptation jugeait que ma condition physique était rendue à un stade de stagnation. Les thérapies ont été abandonnées pour permettre de me consacrer pleinement à mes études secondaires. Néanmoins, ces thérapies pouvaient être réintroduites dès qu'un besoin se faisait sentir. Après onze années d'efforts acharnés, je n'étais pas déçue de cette décision !

Avec l'adolescence vient l'étape des nouvelles expériences et découvertes. Plusieurs intérêts sont nés : la musique, le cinéma, la lecture, l'écriture, etc. Tout ce qui est à caractère culturel capte mon intérêt. J'ai exploré un tas de choses, bien que j'aurais aimé en découvrir davantage. L'handicap apporte son lot de limitation qu'on ne peut pas changer. Certaines limites peuvent être surpassées pour accomplir des activités qui nous tiennent à coeur. Ainsi, j'ai fait du ski alpin pendant cinq ans grâce au centre de réadaptation qui avait spécialement créé, pour les enfants handicapés, l'école «Les flocons». Ainsi, j'ai pu dévaler les pentes après de dures descentes et chutes au pied des pistes. Comme autres sports, j'ai poursuivi la bicyclette ou plutôt le tricycle. Faisant fi des moqueries des autres enfants, j'allais joyeusement me balader aux quatre vents. Puis, l'été, je pratiquais la natation dans notre piscine. Tous ces sports étaient bénéfiques pour ma condition physique. A défaut de thérapies, ces sports étaient une forme de continuation à notre entreprise collective.

Au niveau de mes études secondaires, tout allait pour le mieux. Pour pallier à certains problème d'écriture, j'avais une dactylo portative. Cet outil peu commun pour mon âge me permettait de suivre le groupe et le professeur était capable de me lire. Cependant, en raison de mon manque de force, une amie m'aidait à transporter cette machine à écrire. À l'école, j'étais intégrée dans divers comités et j'ai convaincu le Directeur de faire une levée de fonds dans le cadre du Téléthon de la paralysie cérébrale. Cette initiative m'a value d'être, pendant deux années consécutives, la Présidente d'honneur du Mini-Téléthon qu'organisait les pompiers de la municipalité.

À 17 ans, nous devons faire un choix de carrières. Difficile ce choix! Je devais concilier trois choses : les goûts, les possibilités d'emploi et les limites physiques. J'aurais bien aimé être infirmière ou psychologue. Mais, dans les deux cas, mes limites physiques auraient nuit à l'exercice de ces professions. J'étais vraisemblablement attirée par le monde médical. Toujours dictée par la sagesse, j'ai plutôt choisi une Techniques en documentation. Seul l'avenir me dira si ce choix sera judicieux...

Comme tout jeune adolescent, je voulais explorer le monde du travail. Avec mon handicap aux multiples limites et mon inexpérience, j'étais un peu déboussolée sur la façon d'y parvenir. Finalement, j'ai offert ma disponibilité en tant que bénévole à l'Association de Personnes Handicapées... du secteur. Quelques heures par semaines, je faisais du travail clérical. L'été suivant, à ce même endroit, j'ai été engagée comme Aide-Monitrice dans un camp de jour pour enfants handicapés. Ce fut un bel expérience malgré mon manque d'expérience! Parallèlement à ces expériences de bénévolat et de travail, j'ai participé à un camp de vacances pour adultes handicapés, bien que j'étais encore adolescente. Ces camps m'ont procurés un grand sentiment de liberté. Grâce à cela, j'ai expérimenté le flirt et l'amour, comme toute jeune fille de mon âge. Ce flirt s'est vite transformé pour durer près de 10 ans! Au début, tout était harmonieux. Mais, pour notre mieux-être, une séparation définitive était inévitable. Tout cela pour dire que l'amour n'est pas réservés aux gens dits "normaux".

Puis, de grands chambardements m'ont fait réalisés la fragilité de la vie : mon père, cet être cher à mes yeux, est décédé. Comme si ce n'était pas assez, mon frère est parti lui aussi dans l'au-delà. Pour un monde meilleur comme dirait plusieurs... Devant ces drames, je me suis jamais laissée abattre. Non pas par manque d'amour, bien au contraire. Je sais pertinemment que c'est ce qu'aurait souhaité ces derniers...