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Ma vie adulte

Après trois ans d'études collégiales en Techniques de la documentation et avec mon diplôme en poche, je me suis attaquée au féroce marché de l'emploi. Je voulais travailler comme tout le monde malgré mes multiples handicaps. L'oisiveté et la passivité sont deux termes qui me sont totalement étrangers. Être indépendante financièrement et participer à la vie active étaient des buts à atteindre. Par contre, je n'étais pas naïve. Je me doutais bien que de me dénicher un emploi ne serait pas simple. Répondre à des appels téléphoniques ou passer des entrevues demeuraient des exploits en soi. Afin d'optimiser mes chances de réussite, j'ai fait appel à divers organismes aidant les personnes handicapées dans leur recherche d'emploi. Grâce à cet appui précieux, j'ai pu obtenir quelques contrats en Techniques de la documentation. Mais le statut précaire des contrats ne me convenait pas. C'était un éternel recommencement de recherche d'emploi. Je visais le statut permanent dans une bonne entreprise. Rien de moins ! Incroyable mais vrai, mon but s'est réalisé. En 1996, une entreprise spécialisée dans l'aéronautique m'offrait un stage de trois mois. Ce stage bien anodin m'a valu un contrat temporaire puis une position permanente. Mon travail n'est pas en Techniques de la documentation mais bien dans un domaine connexe au secrétariat. Pour moi, c'est une belle victoire personnelle.

Ma condition physique n'a pas beaucoup changé depuis l'arrêt complet des thérapies en 1985. Je marche toujours sans appui malgré un équilibre souvent chancelant. Les gens me suggèrent parfois l'utilisation des béquilles. J'ai l'impression qu'une "deuxième paire de jambes" m'encombrerait davantage... Au niveau de la motricité fine, certains gestes sont beaucoup plus difficiles à accomplir pour moi comme me servir dans un buffet. Je vénère notre ère moderne pour l'accessibilité de l'informatique. Sans cet outil précieux, mon quotidien ne serait sans doute pas le même. Au niveau de l'élocution, eh bien, ça demeure difficile. À trois ans, j'ai refusé catégoriquement les thérapies proposées en orthophonie. Je crois avoir fait de grands progrès par moi-même. Les gens me comprennent relativement bien. j'ose à peine imaginer ce que ça serait si j'avais collaboré. Mon élocution aurait sans doute été meilleure, sans parvenir à la perfection toutefois. Comme je travaille à temps plein, j'ai moins de temps pour faire des sports. À chaque année, je fais la résolution de faire davantage d'exercices mais, comme tant de gens, je range mes bonnes résolutions dans le tiroir des oubliettes!

Pour des raisons logistiques et de commodités, j'ai vécu seule pendant une année complète dans le quartier Villeray à Montréal. Cette expérience a été enrichissante et constructive pour moi. Ça m'a permit d'acquérir une autonomie, de m'affirmer et surtout de connaître mes capacités à vivre seule. L'handicap développe à souhait la débrouillardise. Après cette année-là, je suis revenue chez ma mère non pas à cause d'expériences négatives mais bien à cause de difficultés financières; je n'avais mon travail actuel.

Comme tout adolescent et jeune adulte, je rêvais de conduire et de posséder ma propre voiture. J'ai suivi le cours théorique et je l'ai réussi haut la main. Cependant, la sauce s'est gâtée au moment de faire le cours pratique. Je n'ai pas suffisamment de bons réflexes. Cette prise de conscience a été certes une déception pour moi. Je me déplace en transport adapté et parfois en transport en commun. Pour moi qui prône l'autonomie, c'est assez difficile de me soumettre de bonne grâce aux nombreuses contraintes de ces transports. Mais, d'un autre côté, je fais de sérieuses économies et les déplacements sont quasi sécuritaires. Ce sont des avantages non négligeables!

Plus récemment, j'ai fait l'expérience de donner des conférences, au CÉGEP et à l'université. Au départ, cela m'intimidait grandement puisque je craignais d'être incomprise. J'ai découvert que mon témoignage, sans prétention, apportait beaucoup. Les gens sont avides de connaître et, par le fait même, de comprendre les réalités quotidiennes qui leurs sont inconnues. C'est donc dans les deux sens un grand enrichissement personnel

Dès l'âge de 17 ans, j'ai commencé à rêver aux voyages. Je voulais découvrir le monde et ainsi m'enrichir de découvertes, d'histoire, de géographie, d'images, etc. Je me suis offert quelques voyages afin d'assouvir cette passion. Comme quoi, les voyages sont accessibles à tous : handicapé ou non. Après avoir fait mon dernier voyage, j'ai fait le point en me demandant ce que j'aimerais réellement dans la vie. Bien sûr, je souhaitais trouver l'amour dans ma vie. Ça me manquait mais je n'étais pas très optimiste quant à mes chances de trouver la perle rare. Donc, en juin 2001, mon prochain projet était de m'établir définitivement dans une propriété bien à moi. Ce projet s'est concrétisé en octobre 2002 en acquérant un condominium. Ce projet a été un point marquant qui a chambardé ma petite routine puisque je laissais derrière moi ma petite maman qui a tant fait pour moi pour voler de mes propres ailes...

J'ai toujours de la difficulté à parler de ma vie sentimentale. En 2002, au beau milieu de ma tourmente immobillière, j'ai fait la rencontre de Sylvain. Cette rencontre était une pure coincidence puisque je ne cherchais pas. Je me considérais bien en tant que célibataire endurcie! Nous avons appris à se connaître et avons partagé de beaux moments. Cependant, plusieurs différends nous séparent et j'en suis venue à la conclusion qu'une séparation définitive était inévitable. On dirait qu'on s'accroche à un fil de peur de s'ennuyer. Est-ce que l'amour doit se résumer à ça? Je ne crois pas. Parce qu'on est handicapés, on doit nécessairement s'aimer? C'est l'impression que me donnait Sylvain parfois. C'est un garçon très sympatique. J'ai de l'amitié pour lui mais ça n'ira pas plus loin.

En février 2005, peu de temps après ma rupture, j'écrivais ici même que la solitude ne me faisait pas peur et que je ne tenais pas à rencontrer. Je tenais ce discours car la relation précédente n'avait pas été comme voulu. Au fil des mois, je me suis enlisée dans la solitude à un point tel que je désirais rencontrer à nouveau sans toutefois remuer ciel et terre pour trouver la perle rare.

Par un beau matin du mois d'août 2005, un courriel a attiré mon attention. J'y ai donné suite sans grandes attentes, il a donné suite aussi... Cette rencontre virtuelle s'est transformée en rencontre réelle... Rencontre qui a positivement chamboulé ma vie, notre vie. Enfin, le plus beau mot et sentiment prend tout son sens : AMOUR. J'ai trouvé l'âme soeur, ma douce moitié, mon match parfait.

A toi mon amour, je t'aime et t'aimerai aussi longtemps que la vie me le permettra. Simple comme tout mais tellement exceptionnel à mes yeux, tu es ma perle rare. Je serai toujours là pour toi.

Je conclurais ce parcours sur ma devise préférée : Quand on veut, on peut.