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Mon enfance Je suis née dans la région de Montréal. Ma mère avait eu une grossesse normale qui n'annonçait pas un handicap. Lors de l'accouchement, tout a basculé. Si vite. Dès sortie de l'utérus, je ne respirais pas. L'équipe médicale s'est précipitée pour m'administrer de l'oxygène pur. Malheureusement, ce gaz miraculeux n'était pas disponible dans la salle des naissances. Il y a donc eu un laps de temps où mon cerveau n'était pas alimenté en oxygène. Laps de temps trop long malgré les efforts de rapidité. Laps de temps fatal. C'était déjà trop tard, les dommages étaient causés et maintenant irréversibles. Avec mon teint redevenu rose, mes parents ne se doutaient pas de mon handicap. Mise à part des tremblements et une frayeur de l'espace, j'étais un bébé plutôt tranquille qui ne pleurait pas pour rien. Puis, les mois ont défilé. J'étais en retard dans mon développement. Ce retard a inquiété mes parents au point tel que j'ai dû subir quelques examens médicaux. J'avais un an lorsque le diagnostic a été prononcé : j'étais atteinte de paralysie cérébrale. Tout le corps médical s'entendait pour dire que mon atteinte était légère. Dès lors s'est amorcée une longue croisade pour m'offrir le meilleur afin que mon développement puisse être maximal. Les thérapies ont été entreprises. A deux ans, j'avais beaucoup de mal à me tenir debout, même en utilisant un appui. Néanmoins, j'avais du potentiel à la marche; il fallait seulement développer ces capacités. À raison de plusieurs séances de thérapies hebdomadaires, la physiothérapeute s'employait à m'étirer tout bords tout côtés. Vers l'âge de trois ans, j'ai accompli mes premiers pas à l'aide d'une marchette. Toujours dans le but d'améliorer ces acquis, il y a eu une hospitalisation où les thérapies étaient intensives. Également, des orthèses de nuit permettaient d'étirer mes genoux. Au fil des ans, cette marchette a été remplacée par deux quadripodes puis un seul. Vers l'âge de 11 ans, j'ai pu marcher sans aide grâce à l'accord de mon médecin. Marcher sans appui était une grande victoire. Victoire acquise grâce à la bonne collaboration de mes parents qui s'employaient quotidiennement à me faire mes thérapies. Parallèlement à la physiothérapie, je devais me soumettre à des séances d'ergothérapie afin d'améliorer ma motricité fine. Au niveau des membres supérieurs, je tremblais beaucoup ce qui rendait difficile les activités de précision. L'ergothérapeute m'aidait à parfaire ces gestes fins tout en améliorant ma vitesse d'exécution. À toutes ces thérapies déjà nombreuse s'est ajoutée l'orthophonie. Je devais avoir trois ans lorsque j'ai eu ma première séance en orthophonie. Comme beaucoup de personnes atteintes par ce handicap, me faire comprendre par mon entourage était un véritable exploit. Mon principal problème était mon manque de souffle. Je n'arrivais pas à dire un mot sans le couper en deux ou en trois. De surcroît, mon débit était très lent. Ces problématiques rendaient mon discours incompréhensible. Mais, au grand désarroi de tous, j'étais peu encline à collaborer en orthophonie. J'ai l'impression que je ne voyais pas la pertinence d'une telle thérapie. Ou alors, j'en avais déjà amplement à mon agenda d'enfant avec l'ergothérapie et la physiothérapie. Bref, devant un tel refus de participation, mes parents ont été contraints d'abandonner. A travers toutes ces thérapies et ces petites améliorations années après années, il fallait bien que je fréquente une institution scolaire. La question de la scolarisation fut abordée dès mes quatre ans. Mes parents ne voyaient qu'une possibilité : l'intégration complète dans une école dite normale. Pour y parvenir, en 1977, il fallait se battre. Ce n'était pas monnaie courante. Grâce à l'appui de plusieurs intervenants du centre de réadaptation où j'étais suivie et après 18 mois de lutte, mes parents ont reçu le feu vert de la commission scolaire. J'étais intégrée à la maternelle "régulière". L'intégration a été facile bien que des réajustements périodiques ont été nécessaires. Pour la première année, certaines embûches étaient sur notre chemin. J'ai dû être réorientée vers une nouvelle école, toujours dans le secteur régulier. J'apprenais bien et mes notes étaient bonnes. A la fin de l'année, je savais lire, écrire et compter comme tous les autres enfants. Cependant, je devais encore changer d'école puisque la classe de deuxième année n'était pas accessible autrement que par l'escalier. Il était impensable que j'utilise ces escaliers dû à mon équilibre très précaire. Ma nouvelle école, toujours dans le secteur régulier, était sur un seul étage et j'ai pu compléter mon primaire dans cette école où le personnel était très attentif à mes besoins divers. Au niveau social, j'avais quelques amies et j'aimais bien m'amuser avec des jeux de fillette! Mon enfance s'est passée aussi harmonieusement que possible, entre mes thérapies, mes études, mes amies et mon grand frère.
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