Sur les bancs de l’école



 
Sur les bancs de l’école, j’ai connu le bonheur!
Si seulement je pouvais encore m’y retrouver
Pour en apprendre encore, y consacrer des heures
Comme quand j’étais jeune, avide et appliquée

Parler, lire et écrire, compter et calculer
Réfléchir et comprendre pour mieux étudier
Et, chaque nouveau jour, relever le défi
D’en connaître un peu plus, de me faire des amies

Je n’avais pas de moi une très belle image
Je n’avais rien à dire, je n’étais pas douée
L’amitié, à vrai dire, a causé mon naufrage
Et pour ne pas souffrir, je me suis isolée

Quelquefois, je pleurais toute seule dans mon coin
Je n’étais qu’une enfant qui avait du chagrin
Puis je séchais mes larmes et reprenais courage
Essayant de briser les barreaux de ma cage

Ce chemin–là fut long, parut interminable
De me faire des amies, je semblais incapable
D’allure plutôt timide, je ne souriais guère
Et pourtant, malgré tout, j’aurais tant voulu plaire

Apprendre l’écriture me comblait de plaisir
Depuis longtemps déjà, j’en avais le désir
Au sein de ma famille, j’avais appris les lettres
Les connaissais par cœur, savais les reconnaître.

Cela ne veut pas dire que tout m’était facile
Au contraire, j’ai connu bien des difficultés
J’ai piqué des colères, me suis découragée
Je n’étais pas toujours une élève docile.

Je trouvais réconfort dans les livres de classe
Je me sentais moins seule et bien plus à ma place
J’avais soif de connaître, je voulais tout savoir
J’aimais par–dessus tout écouter des histoires

J’aimais surtout les livres richement illustrés
Et, plutôt que de lire, je préférais rêver
Imaginer moi–même, à partir des images,
Des histoires nouvelles pour tous ces personnages

Mes professeurs pensaient que je n’aimais pas lire
Et que je faisais montre d’une grande paresse.
Ce jugement sévère m’a fait beaucoup souffrir
Et m’a fait vivre aussi une grande tristesse.

Je me suis mise à croire que j’étais sans valeur
Je me coupais des autres et du monde extérieur
Pour éviter la honte, le mépris, l’arrogance
Que j’attirais sur moi, faute d’intelligence.

Dans les faits, je n’étais pas du tout paresseuse.
J’étais lente! Fallait–il me condamner pour ça?
Il est vrai cependant que j’étais bien peureuse
Je souffrais de la gêne et l’on ne m’aidait pas

Papa disait souvent que mon seul héritage
Ce n’serait pas l’argent, mais surtout l’instruction
Et que si je savais déployer mon courage
Il aurait, pour sa part, accompli sa mission.

À la fin du primaire, j’étais pleine d’ambition
Je voulais réussir et marcher dans les pas
De mes frères et mes sœurs, la fierté de papa.
D’un collège privé, je passai l’admission.

Les premières années, tout alla assez bien
J’étais toute excitée d’apprendre le latin
En anglais cependant, c’était une autre affaire
Je dois bien avouer que j’ai eu d’la misère

Dans la période ingrate de mon adolescence
L’école était pour moi un abri, un refuge
Si des portes s’ouvraient, allais–je tenter ma chance?
Devenir mon amie au lieu d’être mon juge?

Mais je n’arrivais pas à prendre mon parti
Et ma vie, par ailleurs, ne s’y est pas prêtée
Un père toujours malade, une mère angoissée
À qui je devais plaire à n’importe quel prix

Je me sentais souvent démunie, sans pouvoir
Sur une voie sans issue, sans lumière, sans espoir
Mais comment réussir dans de telles conditions?
La vie donne parfois de bien rudes leçons!

Sans chercher à comprendre où ma route menait
Je me sentais confuse, mais je persévérais
Sans y croire vraiment, je faisais des efforts
Qui ont fini, un jour, par mener à bon port

Suis entrée au Cégep, âgée de dix–huit ans
Et j’ai fait, dans ma vie, de nombreux changements
Plus consciente de moi, de mes goûts, mes désirs
Je m’ouvrais à la vie et à mon avenir!

J’envisageais déjà l’amitié autrement
J’en découvrais les joies, pas seulement les tourments
Une énergie nouvelle circulait en moi
Me projetait devant, et moi, j’adorais ça!

Les matières nouvelles, comme la philosophie
M’aidaient à réfléchir et ouvraient mon esprit
Je lisais beaucoup plus, fréquentais des amis
Quand j’étais à l’école, je goûtais à la vie!

Au bout de ces trois ans, m’a fallu faire un choix
Le choix d’une carrière pour un sens à ma vie
Je rêvais depuis peu de faire " Théologie "
Pour répondre aux questions que me posait ma foi.

Trois années de labeur et de recherche intense!
Mais j’ai trouvé ma voie, acquis des compétences
Développé mes talents, découvert mon charisme
Cette période de ma vie fut un réel délice!

Par après, à différents moments de ma vie
J’ai repris quelques cours pour mon plus grand plaisir
De ces apprentissages, je sors toujours grandie
De l’école de la vie, peut–on vraiment s’enfuir?

J’ai toujours soif d’apprendre; si je pouvais, demain
Même si on pensait que je suis un peu folle
Je n’hésiterais pas à refaire ce chemin
Et je retournerais sur les bancs de l’école!




Jocelyne Laflamme Dumont

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