CHAPITRE 8 L'ÉVALUATION DE LA MAIN
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MODE SIMPLIFIÉ : Si vous trouvez trop ardue l'information fournie sur cette page, vous pouvez vous contenter de l'essentiel en cliquant ici pour accéder au mode simplifié de l'évaluation de la main.

Essentiellement, le schéma mental précédant l'enchère est constitué de deux temps :
- Premier temps : Création d'une grille par laquelle j'inscris sur un même chiffrier les divers éléments qui détermineront la valeur de ma main. Cette uniformisation mathématique s'appelle l'évaluation, objet du présent chapitre;
- Deuxième temps : Détermination d'une enchère adéquate en fonction du résultat de cette uniformisation. Cela sera traité in extenso dans un chapitre ultérieur.
Notons enfin que quelques exemples supposent une certaine connaissance du bridge, que le débutant n'a pas. Dans ce cas, il faudra qu'il demande l'aide du professeur ou d'un joueur expérimenté, ou alors qu'il reporte l'assimilation de ces exemples après l'étude de la partie du livre qui traite des enchères.
Il y a sept fondements à l'évaluation de la
main, et donc aux enchères
Quatre de ces changements sont fondamentaux ; trois sont complémentaires
Les changements fondamentaux sont les suivants : :
Voici les trois changements complémentaires
:
La loi des levées totales (mais...)
J'ai pris les précisions suivantes sur internet en décembre 2001. Un nommé Kleinman commence par rappeler la théorie d'un certain Bennion (article paru dans Bridge World, sept. 2001). Celui-ci dit en substance ce qui se trouve à la fin du dernier paragraphe : les as et les rois valent plus que 4 points et 3 points respectivement. Bennion propose : as = 61/2 ; roi = 41/2 ; dame = 21/2 ; valet=1. Bennion spécifie cependant qu'il convient de s'ajouter 1/2 point pour deux honneurs dans une même couleur (ils se renforcent), sauf pour la combinaison DV. Donc, Kleinman rappelle ces énoncés de Bennion ; il estime cependant que Bennion aurait pu être encore plus précis, car il juge que Bennion vise essentiellement les seules mains carrées. Kleinman propose le système suivant d'évaluation des honneurs, système qu'il affirme très près des résultats de Edgar Caplan sur le sujet (tels que Kaplan les a exposés dans Bridge World oct. 81). Soit : A=13 ; R=9 ; D=5 ; V=2.
Ajoutez-vous, continue Kleinman, un point pour tout RDV accompagné d'un as ou
d'un roi. De même, ajoutez-vous un point pour un 10 accompagné d'un 9 ou d'un
honneur. Par contre, il faut s'enlever un point pour toute couleur dont la plus
basse carte est plus haute que le 10. Enlevez-vous également un point pour un
honneur non protégé, soit R, Dx, Vxx. Enfin, enlevez-vous deux points pour une
distribution (4333). Après cela arrive la dernière étape pour produire les
"points de Kleinman" : divisez ce résultat par 3. Essentiellement,
donc, Kleinman tente, avec succès à mon avis, de chiffrer à la fois la valeur
réelle des honneurs et la répartition de la main (voir plus bas le concept de
répartition).
Soit le tableau suivant :
|
Évaluation des honneurs et de la répartition selon Kleinman |
|
|
As |
13 |
|
Roi |
9 |
|
Dame |
5 |
|
Valet |
2 |
|
RDV accompagné d'un as ou roi |
1 |
|
10 accompagné d'un 9 ou d'un honneur |
1 |
|
Couleur où les cartes sont plus hautes que le 10 |
-1 |
|
Honneur non protégé (R, Dx, Vxx) |
-1 |
|
Main (4333) |
-2 |
|
|
Divisez cette somme par 3 |
Kit Woolsey, dans le Bridge World de juin 2005, pp.48-49, part de la même préoccupation que Kleinman : il veut aussi corriger l'imprécision du 4-3-2-1. Sa solution m'apparaît plus simple. Il conserve en effet un total de 40 points, mais avec les nuances suivantes. Il ajoute un demi-point à l'as et enlève un quart de point chacun à la dame et au valet. Soit 4,5 + 3 + 1,75 + 0,75 = 10. En pratique, l'esprit humain s'accomode mieux de 1/2 et 1/4 que .75 et .50. Woolsey remarque avec humour : "vous n'avez même pas besoin d'en avertir votre partenaire" - bien que ce soit à l'avantage de la paire que vous le fassiez. Car, alors, la qualité des enchères sera améliorée chez les deux joueurs, pas seulement chez vous !
|
|
DÉCLARANT |
RÉPONDANT |
|
|
fit |
fit |
fit+ |
|
|
DOUBLETON |
1 |
1 |
1 |
|
SINGLETON |
2 |
2 |
3 |
|
ABSENCE |
3 |
4 |
5 |
Comment se fait-il que la courte du déclarant vaille moins que celle du répondant ? Plus encore, sur quoi justifier ces chiffres : La réponse est à la fois désarmante et solide : sur l'expérience. Par tâtonnements, par essais et erreurs, on s'est rendu compte qu'un singleton toujours en cas de fit valait un point, un doubleton deux points ou un peu plus, et une absence, entre 3 et 5 points, selon la texture des mains. On en est donc arrivé, au fil des années, aux chiffres du tableau ci-haut. Pour ce qui est de la majoration de la main du répondant, c'est peut-être une affaire de convenance. Le déclarant a déjà annoncé une main d'ouverture, une main objectivement forte, la main du répondant prendra son sens par rapport à cette main, i.e., sa distributionnalité prend une place plus importante : cette main constitue-t-elle un complément intéressant ou non pour la main déclarante? En somme, c'est à cause de la nature complémentaire de la main répondante que l'importance de la distribution y est légèrement majorée. On notera cependant qu'on ne compte pas un doubleton dans la main s'il est unique; cela fait partie d'une distribution normale.
LA RÉPARTITION
: Supposons la main suivante : AVxxx RDxx Rxx x . En quoi diffère-t-elle de
celle-ci : AVxxx RDxx xxx R ? Même nombre de points d'honneur, même
distribution... La différence réside dans la façon dont un des rois est
réparti. Dans la première, le R
est protégé. Si les adversaires jouent
l'A
,
cette main jouera petit, valorisant ainsi son roi. Par contre, dans la deuxième
main, l'A
efface d'un coup le roi sec. Trois points de balayés d'un coup. Si bien que
lorsque R,D, ou V sont singletons ( ou, dans une mesure moindre, lorsque la
dame, et encore plus le valet, sont doubletons avec une petite carte), il est
opportun de déduire un point à cause de cette faiblesse de répartition. Dans
une telle situation, on n'ajoute pas en plus les points de distribution !
Dans le même sens, on enlève un point à une main sans as : il n'y a pas de premier arrêt, rien n'est tout à fait à l'abri, en tout cas pas au premier tour. C'est un état diffus de faiblesse répartitive. Symétriquement, une main qui a quatre as se voit valorisée d'un point.
Le concept de répartition va plus loin. Considérons ensemble ces quatre mains même distribution dans chaque couleur, et contenant chacune les mêmes points d'honneur : deux as et deux rois, soit 14 points d'honneur :
|
MAIN A ARxxx |
MAIN B ARxxx |
MAIN C ARxxx |
MAIN D Rxxxx |
Je tire ces quatre exemples d'une parution du Bulletin de l'ACBL vers les années 1985. Je ne retrouve plus la référence précise. Si un lecteur la trouvait, je lui saurais gré de me la refiler.
Disons que votre partenaire a une main normale : (4333) avec quatre dames.
Tel que précisé plus haut, on emploie la parenthèse pour englober une
distribution afin d'indiquer que le rang du chiffre ne correspond pas
nécessairement au rang de la couleur : 4333 signifierait spécifiquement quatre
, et trois
cartes dans les trois autres couleurs, alors que (4333) signifie une couleur
quatrième indéterminée et trois cartes dans les trois autres couleurs. De même,
43(42) signifierait qu'on tient quatre
, trois
et 4-2 dans les mineures.
Avec la main A, vous avez environ 50% des chances de réussir 4
. Avec la main B, les
chances de réussir la manche à
sont réduites à environ 30%. Avec la
main C, la manche sera réussie dans approximativement 12% des donnes identiques
(et peut-être moins! Car si AR
sont devant D
, les adversaires auront probablement une
coupe à
).
Quant à la main D, elle ne vous procure que quelque 6% des chances de faire 4
; même le
succès d'un contrat de 2
n'est pas assuré.
Et pourtant, non seulement a-t-on la même distribution par couleur et exactement deux as et deux rois sans autre point franc, mais encore aucun roi n'est mal réparti au sens strict où nous l'avons défini. Retenons donc qu'il y a une répartition positive : les honneurs ont plus de valeur dans les longues que dans les courtes. Comme vous avez quelque peu dévalué une main mal répartie, il vous faut majorer une main bien répartie. Plus globalement, cela vaut pour les 26 cartes du partnership : il s'avère plus valable de détenir des honneurs intermédiaires (D,V)dans les longues du partenaire que dans ses courtes ,et des as et rois (dans une moindre mesure les rois) dans ses courtes. Voici quelques exemples.
Votre partenaire ouvre d'1SA (disons que cette main montre un 15-18 balancé). Que répondez-vous avec
1. xx xx xxx ARV10xx
2. Ax Rx Vxx 10xxxxx
Avec la main 1., demandez sans hésiter 3SA, car même devant un minimum (15), vos 23 points valent les 25 points normalement requis pour la manche en SA (vos trèfles produiront vraisemblablement six levées); avec la main 2., invitez à la manche en annonçant 2SA (c'est là la manière standard d'inviter; nous verrons qu'il y a d'autres façons de le faire).
Autre exemple. Si votre partenaire ouvre d'1
, vous ne répondrez pas de la
même manière avec
Rxx xxx Axx xxxx qu'avec xxx Rxx Axx xxxx, cette dernière main étant moins
puissante que la première. Car le roi d'atout constitue une valeur sûre, il est
appuyé par les 5
du partenaire. Raffinons: devant l'ouverture d'1
, Rxx Axx xxx
xxxx donne un meilleur rendement que Axx Rxx xxx xxxx : le R
ne constitue pas une
valeur sûre. D'où le principe : IL EST PRÉFÉRABLE D'AVOIR A ET R (ET SURTOUT A)
EN DEHORS DE LA COULEUR DU PARTENAIRE, ET LES DV DANS SA(SES) COULEUR(S)
LORSQUE LE CONTRAT NOUS APPARTIENT.
Encore ceci :
|
Partenaire |
Vous |
|
1 |
1SA |
Vous avez: 1. x xxxx Axxx Dxxx
2. x xxxx Dxxx Axxx
La main 1. est faible. Passez 2
, votre partenaire a montré au moins 9
cartes en
et
. Tout indique que la D
ne vaut rien. Par contre, dans la main 2,
la D
est opérationnelle, puisque votre partenaire y a montré une certaine force :
demandez 3
.
Voyez cet autre exemple :
|
Partenaire |
Vous |
|
1 |
2SA |
main 1 : Ax RD10x Rxx R109x
main 2 : Rx AV10x DVx A109x
Avec la main 2, demandez le chelem en toute confiance : votre partenaire a
montré six
et quatre
, vous prenez soin automatiquement de
deux des trois perdantes possibles dans les deux autres couleurs, et votre R
est une
valeur sûre.
Un aspect corollaire de la répartition consiste dans la concentration des honneurs : ARx xxx vaut mieux que Axx Rxx. C'est comme si j'avais deux as dans cette couleur, donc deux levées sûres, alors que dans l'autre cas, je n'ai qu'une levée et demie.
De même, xxx xxx AR10x RDx est mieux que Rxx Dxx Axxx R10x. On peut penser ouvrir avec la première main alors qu'il faut absolument passer d'ouverture avec la seconde. De même, vous ouvrez 1SA avec Dxx Rxx AVx ARxx ou avec ADx RVx xxx ARxx. Votre partenaire vous invite à la manche en annonçant 2SA. Passez l'invitation avec la première main, et acceptez la manche avec la seconde.
Autre exemple :
|
Partenaire |
Vous |
|
1 |
2 |
Vous tenez l. Rxxx xxx RVx xxx
2. Rxxx xxx xxx RVx
Bien que vous ayez un minimum dans les deux cas, n'hésitez pas à demander 4
avec la main
1. Vos honneurs à
sont parfaitement complémentaires de ceux de votre
vis-à-vis, ils sont tous opérationnels. Par contre, la main 2, dans les
circonstances présentes, s'avère misérable. Fermez les enchères à 3
au plus vite.
Appliquons ces notions touchant la répartition aux enchères compétitives, i.e., celles où les deux paires annoncent :
1. Si la couleur n'appartient encore à personne, DV sont offensifs, AR défensifs (défensif : leur laisser le contrat; offensif : il est préférable d'annoncer plus fort qu'eux).
2. Plus vos honneurs sont dans vos couleurs, plus votre main est offensive, et vice-versa.
3. Quand certains de vos honneurs sont dans vos couleurs et d'autres dans leurs couleurs, votre main est offensive dans la mesure où vos DV sont dans vos couleurs et AR dans leurs couleurs; votre main est défensive dans la mesure où vos DV sont dans leurs couleurs et vos AR dans vos couleurs.
4. C'est le partenaire qui est long dans l'atout ennemi qui doit décider si votre partnership doit être offensif ou défensif; inversement, si vous êtes court dans l'atout ennemi, laissez votre partenaire décider de la meilleure action (passer, contrer ou annoncer votre couleur). C'est lui qui peut évaluer la force de ses atouts.
Un exemple plus récent, survenu le 22 mars 2004 au club de Gaëtan
Thibault, Place Renaud à Laval. Vous montrez à votre partenaire une main carrée
de 16-17 points. Vous avez ouvert 1
puis, sur une réponse de 1
, vous demandez
maintenant 1SA, qui indique 16-17 balancé (votre ouverture a 1SA étant 12-15).
Sa main : DVxx ADVx xx ADx.
Disons que dans le système une deuxième réponse de 4SA est quantitative
(elle demande de passer avec un minimum et d’aller à 6SA avec un maximum). Que
faites-vous ? La question est simple : ou bien votre deuxième réponse
constituera une invitation au chelem par 4SA, ou bien vous sauterez directement
à 6SA.En d’autres mots, que vaut ce 16 points ? IL EST EXCELLENT, puisque sa
répartition est de première classe. TOUS LES HONNEURS INTERMÉDIAIRES SONT
PROTÉGÉS. Il n’y a aucune hésitation, il doit demander 6SA, point à la ligne.
Comparez maintenant cette très belle répartition avec celle-ci, égale en points
d’honneurs et en distribution. :
Vxxx ADVx Dx
ADx. On pourrait même hésiter à
inviter au chelem avec une main aussi poreuse, eu égard à ses 16 points.
Enfin, un aspect différent. Il s’agit de la texture de la main. Les cartes intermédiaires font quelquefois une différence déterminante. J’ai joué la main suivante avec Éric Auger le 3 avril 2006 chez Gaëtan Thibault. Je jouais Sud et Éric était en Nord. Nous jouons 2/1 impératif de manche. Éric ouvre les enchères :
|
AR732 |
1Pi |
2Tr |
|
AR842 |
2Co |
4Pi |
|
4 |
4SA |
5Pi : 2 cartes clés avec la dame |
|
Dd |
6Pi |
|
|
|
|
|
|
DV4 |
|
|
|
6 |
|
|
|
A9732 |
|
|
|
A5432 |
|
|
Nous chutons de 1. Éric, en entendant mon enchère de 2Tr, se dit avec raison que ses DdTr prennent de la valeur. Quand je lui annonce 5Pi, il sait que j’ai les deux as manquants et la dame de pique. Il conclut à un chelem raisonnable. Voyez-vous le problème ? La TEXTURE ! Mon enchère de 2Tr n’est pas adéquate. Elle constitue donc une mauvaise information à mon partenaire. Si j’avais Ad987, ce serait déjà mieux. Mais avec As vide cinquième, ma meilleure première réponse devrait être 1SA impératif, suivi d’une deuxième réponse de 4Pi. En d’autres mots, je n’ai pas respecté la texture de ma main. L’écrivain de bridge Henk Willemsens (voir la bibliographie) a justement écrit un livre dont le titre, parfaitement fidèle au sujet qu’il traite, est It’s all in the small. Ce sont les petites choses, les nuances significatives, qui font souvent la différence entre la réalisation du contrat et sa chute. La texture de la main n’est pas un facteur négligeable.
LA SITUATION :
Quatrième paramètre. Supposons que j'aie RVxx à
et que mon adversaire de
droite ouvre d'1
. Ma main prend de la valeur, car je suis situé après
lui : s'il joue son as de
, mon roi s'en trouve valorisé; si, par contre, c'est mon
adversaire de gauche qui ouvre d'1
, mon sourire disparaît : il chipera mon
roi avec son as, et mon valet avec sa dame. La valeur de ma main dépend donc de
ma situation à la table par rapport à l'enchère adversaire d'une de mes
couleurs. Ce paramètre ne s'applique donc qu'une fois les enchères amorcées.
Voilà les quatre critères d'évaluation de la main. A cela, il faudrait ajouter un cinquième critère, critère-parapluie, qui couvre l'ensemble des cas sous un autre éclairage et complète l'évaluation : LE CONCEPT DE PERDANTES ET COUVRANTES. Qu'est-ce à dire ? Le nombre de perdantes se définit par le nombre d'honneurs majeurs (A,R,D) qu'il me manque par main. Entendu cependant que Dxx représente trois perdantes (on peut aussi dire deux perdantes et demie), et non deux, si je n'ai pas d'as dans une autre couleur que l'atout. De même, ARV10 ne contient pas de perdante. Par exemple, Axx ADxx Rxx xxx représente huit perdantes, alors que ADx ARV10 xxx xxx représente sept perdantes. Selon ce schème, les mains d'ouverture se divisent de la façon suivante :
- Ouverture minimale :.........6 ou 7 perdantes
- Ouverture intermédiaire :....4 ou 5 perdantes
- Ouverture maximale (et forcing) : trois perdantes (pratiquement
FM forcing de manche)
Si bien que la main citée plus haut (Axx ADxx Rxx xxx), malgré ses 13 points, ne représente qu'une ouverture douteuse puisqu'elle comporte 8 perdantes. Il va de soi que ce mode d'évaluation appelle celui de couvrante. Si mon partenaire a tant de perdantes, je peux évaluer ma main en me demandant combien je couvre de ses perdantes. On comprendra enfin que je ne peux appliquer ce paramètre dans le cas d'un misfit. Par exemple, ADxxx x ARxxx xx devant un partenaire tenant xx ARxxx x ADxxx . Soit 5 perdantes dans chaque main. Ou, comptabilisé en termes complémentaires : 5 perdantes devant quatre couvrantes. Douze levées...?! En réalité, il est difficile de concevoir une manche avec ces cartes!
RÈGLE DE 20. On peut même utiliser un sixième critère. Il est dû à Marty Bergen, expert du bridge bien connu. Dans le doute, additionnez vos points et vos deux plus longues cou leurs. Si le total fait 20 ou plus, ouvrez. Évidemment, il faut tenir compte de la répartition. Si vous avez une dame singleton ou doubleton, et des honneurs intermédiaires mal répartis, votre main perd de la valeur. De même, une main sans 10 ni 9 est un peu plus faible.
Vers les années 1955, Jean-René Vernes découvre la loi des levées totales. Elle se formule comme suit : Si les deux mains combinées jouaient alternativement leur fit respectif, les levées totales obtenues par le jeu des deux contrats successivement équivalent à l’addition du nombre d’atouts des deux fits.
Par exemple, votre partenaire et vous avez chacun quatre piques, et vos adversaires à cette donne ont un fit 5-4 à cœur. Soit 8 cartes de pique plus 9 cartes de cœur, pour un total de 17 atouts, produira 8+9 levées si les deux contrats à pique puis à cœur étaient joués successivement. Évidemment, les deux contrats ne sont pas joués successivement dans une vraie partie, mais Vernes veut nous faire comprendre la loi des levées totales.
À partir de 1958, il publie des articles sur le sujet. Ce n’est qu’en 1966 qu’il fait paraître un livre intégrant la théorie des levées totales à un système dans Bridge moderne de la défense. Mais c’est surtout le professionnel américain Larry Cohen qui donne à cette loi une immense notoriété en écrivant deux livres sur le sujet : To Bid or Not to Bid The Law of Total Tricks (1992] et Following the Law (1994).
Voici un exemple du deuxième livre de Cohen en page 17 :
|
|
Dd52 |
|
|
76 |
|
83 |
|
|
ARV94 |
|
Nord-Sud ont 9 piques et Est-Ouest ont 8 carreaux, pour un total de 17 atouts.
Nord-Sud peuvent encaisser 9 levées (ils perdent un cœur, un carreau et deux
trèfles). Est-Ouest peuvent prendre 8 levées (perdant deux piques, deux cœurs
et l’as de carreau). Si on jouait les mains successivement, Le total des levées
serait également de 17. On pourrait arguer, explique Cohen, que tout cela
fonctionne parce que l’impasse à cœur est perdante. Alors, plaçons le roi de
cœur en Ouest, et on arrive au même résultat. Soit :
|
|
Dd52 |
|
|
76 |
|
83 |
|
|
ARV94 |
|
Maintenant que l’impasse à cœur fonctionne, Nord-Sud peuvent cette fois réaliser 10 levées. Mais justement, Est-Ouest en font une de moins. Soit 10 +7 = 17. Le nombre de levées totales est encore égal au nombre d’atouts totaux.
L’inférence est importante pour
le système d’enchères. Puisque le nombre d’atouts s’avère si déterminant, il
faut donc équiper son système d’enchères pour lui permettre de révéler le
nombre d’atouts du fit ! Ainsi est née la convention créée par Marty Bergen, un
des partenaires de Cohen, et suivie religieusement par des dizaines de milliers
de bridgeurs : sur l’ouverture de 1 en majeure du partenaire, une réponse
artificielle de 3
montre un fit de 4 atouts et 8-9 points (variante : de
6 à 9 points) ; une réponse, également artificielle, de 3
montrerait le même
fit de 4 atouts mais de 10 à 11 points. Il suit que le saut dans la majeure est
faible. Soit, pour être complet, en prenant l’exemple du fit à pique après
une ouverture à 1
de votre partenaire (et en supposant que vous jouez 2/1),
les réponses montrant un fit seraient :
|
1SA |
2 |
1SA puis 3 |
3 |
3 |
3 |
|
(s’il y a fit, 4-7 points et 3 atouts) |
8-9 points («constructif») et 3 atouts |
10-11 points et 3 atouts |
Faible avec 4 ou 5 atouts |
8-9 points et 4 atouts |
10-11 points et 4 atouts |
On voit par là la richesse des
inférences d’une telle loi pour préciser la qualité du fit en points et en
nombre d’atouts. Plus précisément, les joueurs de la région de Montréal (et j’ai
vu cette pratique chez bons nombres de joueurs américains aussi) inversent la
signification de 3
et 3
. Cela procure un avantage théorique minime mais réel. La
main limite recèle une possibilité plus forte de chelem que la main de 8-9
points. Aussi bien la placer la plus basse des deux au cas où l’ouvreur serait
assis avec une main réévaluée à une vingtaine de points. Car les cuebids,
pourraient commencer aussi bas que 3
(ou alors, si ce cuebid n’est pas fait,
il fournit également une précision négative intéressante : celui qui passe
par-dessus n’a pas l’A
!).
ET POURTANT… certaines sommités du bridge ont toujours entretenu des doutes sur la valeur de la loi des levées totales. Et entre autres, l’excellent Mike Lawrence. Après quelques déboires en tournoi sur les mains où il avait appliqué la dite LOI, Lawrence s’enquit auprès d’Eric Kokish, professionnel du bridge bien connu pour ses nombreux contacts bridgéens à travers la planète : non, Lawrence n’était pas le seul à croire à la fragilité de la «LOI», car Kokish lui révèle qu’un professionnel du bridge suédois, Anders Wirgren, partage ses doutes sur la LOI. De ses échanges avec Wigren, Lawrence tire un livre paru en 2004 intitulé I Fought the Law. Ce combat contre la "LOI", il le fonde sur son expérience et ses échanges avec Wirgren, bien sûr, mais surtout sur certains logiciels qui permettent, depuis quelques années, de créer un très grand nombre de simulations en quelques minutes, simulations qui auraient exigées des années de travail acharné sans l’ordinateur. Le constat de cette simulation est incontournable et prouve l’inefficacité de la LOI. À preuve, le tableau suivant. Il est constitué de 400 simulations figurant des fits d’un total de 16 cartes dans les deux mains combinées. Soit les résultats suivants, où le pourcentage correspond au nombre de levées obtenu :
19 levées
0,7 %
18 levées 6 %
17 levées 27 %
16 levées
44,1 %
15 levées 17,1 %
14 levées 4,8 %
13 levées 0,3 %
Il est donc évident que la LOI ne fonctionne que pour moins de la moitié des cas (44,1 %).
Mais un autre problème s’ajoute à
son application : plus il y a d’enchères artificielles, plus la paire
adverse peut contrer pour indiquer l’entame dans cette couleur.Cela n’exclue
pas, d’ailleurs, qu’ils trouvent un fit rentable qu’ils n’auraient pas trouvé
autrement. Un exemple récent : j’ouvre à 1
. Mon partenaire répond 3
(Bergen,
montrant 4 atouts et 10 à 11 points). L’ADD contre pour l’entame… résultat :
cette entame, pratiquement introuvable eu égard à la main de l’entameur, nous
fit prendre un zéro sur cette planchette.
Quelle solution apporter à ce
problème ? Pour ce qui est du contre d’entame, constatons qu’il n’y a pas de
solution miracle, en ce sens que tous les systèmes dignes de ce nom comportent
certaines enchères artificielles. Par exemple, le transfert ou la réponse à la
demande d’as peuvent toujours subir le contre pour l’entame. Mais il y a du bon
sens à chercher à limiter ses «échanges risqués». Une des solutions
proposées : demander une mineure à saut pour montrer quatre cartes de
cette mineure (donc pratiquement pas contrable) et une main contenant de 8 à 11
points avec une fit de quatre cartes. L’ouvreur revient à 3 de la majeure s’il
est faible. Avec 16 points et plus, réévalués avec la distribution négative
cette fois, l’ouvreur temporise par une enchère «dans l’espace» Par exemple,
après 1
–
3
,
l’ouvreur, intéressé à la manche, temporise par 3
ou 3
. Si le répondant n’avait que
8-9, il revient à 3
, que le répondant, s’il cherchait un chelem avec une
vingtaine de points, pousse à 4
. Ainsi, il n’y a pas de danger d’aller
trop haut «à l’aveuglette»).
Mais que faire avec l’ouverture à
1
et une
réponse de 3
? Il n’y a plus moyen de temporiser, les couleur étant
collées ! Il y a quand même un choix entre 3
et 4
.
Mais il y a une autre façon tellement plus simple et efficace de régler cet os. Cela consiste pour le répondant avec 4 atouts à demander sa meilleure mineure, présumément quatrième ou mieux, au niveau de 2. Et cela, même si on joue 2/1. En ce sens que c’est une modification sans plus au 2/1. L’ambiguïté est vite dissipée : si la deuxième réponse est dans la majeure au plus bas niveau, il possédait la main avec fit de 4 atouts de 8 à 11 points. Si, au contraire, il demande autre chose en deuxième réponse, c’était bien impératif de manche. Ainsi, vous pouvez avoir le beurre et l’argent du beurre. Si vous avez un fit et une main qui veut explorer en vue du chelem, vous mentionnerez votre fit à votre troisième réponse. Vous avez l’espace suffisant pour explorer décemment en vue du chelem dans la majeure.
En somme, prenez garde aux modes, aussi prenantes pour les vêtements que pour la politique ou le bridge : il n’est pas utile de «porter» une enchère parce qu’un grand manitou du bridge la brillamment exposée. Une erreur brillante… demeure une erreur !
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