Les événements d'octobre 1970

de Robin Spry


     La série de projections des Événements d'octobre 1970 (titre anglais: Action: the October Crisis of 1970) dans le circuit parallèle, l'automne dernier, avait suscité un fort enthousiasme. D'autant plus que, pour la majorité des spectateurs, ce visionnement précédait ou suivait de peu celui de Les ordres. Une «fête du souvenir» en quelque sorte, une célébration pas très joyeuse, mais célébration quand même, du quatrième anniversaire d'un événement important.

     On ne peut savoir encore quelle fut la cote d'écoute lors de son récent passage à la télévision d'État. Pour le Québec au moins, on eût certes préféré une projection en automne pour un impact plus fort. Chose certaine, même si le moment de l'année n'était pas très bien choisi, cette projection avait toutes les chances de son bord: bonne publicité, intérêt du sujet, heure de programmation la plus propice, le fait de remplacer Le 60 qui jouit d'une grande popularité, concurrence pas trop forte sur l'autre canal (qui de sérieux aurait pu consciemment préférer les cassettes à Bourassa?...). D'après le nombre de conversations sur le film dans les jours suivants, il semble que la cote d'écoute atteignit un assez fort niveau. Le film de Spry a donc bénéficié d'une diffusion assez exceptionnelle pour un film du genre (et tout simplement pour un film fait au Québec).

     Cette chance, Les événements la méritait. Film presque aussi passionnant que ceux de Costa-Gavras, Montand en moins, il représente sans aucun doute le point extrême de liberté que la censure habituelle de l'ONF peut se permettre quand il s'agit d'un projet politique. Et encore, seuls les anglophones de la boîte peuvent jouir de cette plus grande liberté, comme d'ailleurs les journalistes de la CBC en regard de ceux de CBFT. Spry, un intellectuel progressiste et démocrate dans la meilleur tradition anglaise, qui de surcroît comprend assez bien la valeur des mots et des expressions québécoises, a su profiter de cette liberté et se permettre quelques audaces.

Une préhistoire toute proche

     Dans une première partie (environ une demi-heure), Spry rassemble les principaux documents visuels des luttes socio-politiques importantes des vingt dernières années. Le rythme enlevant dans le montage des images et dans la narration du commentaire fait de cette partie historique un des plus passionnants documentaires synthétiques réalises ici. Il fait toujours bon de revoir des documents que la mémoire a tendance à isoler les uns des autres ou à reléguer dans des coins sombres. Il fut un temps où on était fier que la devise du Québec soit: «Je me souviens». Depuis les séances de la Commission Cliche et les commentaires autour de la publication de son rapport, on sait que le gouvernement Bourassa et ses valets pratiquent systématiquement le «Je ne me rappelle plus» ou ignorent tout aussi systématiquement l'interlocuteur dès qu'une question pertinente est posée. Ce qu'on peut rigoler alors, quand ces mêmes personnes font semblant de se scandaliser du fait qu'on n'enseigne plus l'histoire dans les écoles..!

     Pour la mémoire, donc, la première partie du film rassemble une série de faits. Mais ce faisant, et c'est là l'aspect le plus important, elle leur donne ou redonne leur dimension proprement politique, celle-là même que tout le discours gouvernemental, de l'automne 70 jusqu'à aujourd'hui, s'obstine à nier ou à pervertir. Après ce montage d'actions collectives (grèves importantes, samedi de la matraque, rassemblements du RIN, du PQ et du FRAP, grandes manifestations dont la célèbre Saint-Jean-Baptiste de 1968, bombes placées en des endroits à forte symbolique collective, etc.), il ne devrait plus exister aucun doute que les gestes du FLQ de 1970 s'inscrivaient dans une lutte explicitement et directement politique. Ne considèrerait-on que l'aspect quantitatif, le simple nombre - et il est fort grand - des personnes impliquées dans toutes ces actions pose obligatoirement une question politique.

     Quand, dans la deuxième partie, on nous fera ré-écouter le discours des Bourassa, Trudeau et Choquette (tous trois disaient la même chose) niant toute signification politique à l'action du FLQ et s'obstinant à présenter ses membres comme des criminels de droit commun ou de vulgaires malfaiteurs (ceux déjà en prison pour la pose de bombes ou autres actions, et ceux de l'actualité), l'ampleur mystificatrice et la duperie de ce discours du pouvoir apparaîtront clairement. À ce moment-là plus qu'en tout autre, le citoyen québécois pouvait se rendre compte combien le pouvoir se révélait faible en vision collective (évidemment, quand on ne se souvient jamais de rien...), mais fort en techniques idéologiques de répression, en plus de celles des armes. Cela apparaît encore plus clairement cinq ans plus tard. Comme, d'ailleurs, il devient de plus en plus évident à de plus en plus de monde que ces politiciens (toujours en place, ne l'oublions pas), ne méritent plus aucune crédibilité.

Nationalisme ou lutte sociale?

     Comme interprétation politique globale de cette suite d'événements antérieurs à Octobre 70, Spry a choisi la montée du nationalisme québecois conduisant quasi inéluctablement à l'indépendance. C'est du moins l'impression qui ressort pour la majorité. Les «événements» apparaissent alors comme une sorte de répétition générale de ce qui pourrait bientôt se passer. Cette interprétation se justifie, pas de doute là-dessus. Mais une autre est tout aussi importante qu'il aurait fallu dégager, surtout à la lumière du Manifeste du FLQ.

     Si les premiers commandos de terroristes et les militants des comités de citoyens ou autres groupes revendicateurs sociaux apparaissent sur la scène publique à peu près au même moment que les premiers partis indépendantistes sérieux, si les mêmes personnes se retrouvent alors souvent dans les mêmes lieux d'action et utilisent approximativement le même langage (pas toujours clairement articulé d'ailleurs), on ne peut cependant confondre les deux mouvements. A cette époque, ils peuvent encore s'allier sur deux fronts complémentaires et s'appuyer réciproquement dans les actions et manifestations. (Aujourd'hui, le PQ n'obtient plus que des alliances tactiques avec les groupes de militants et uniquement en temps d'élection). Mais chacun conservait sa base et ses réseaux de solidarité, sa lecture de la réalité, ses objectifs et moyens d'action propres. Ainsi, quand les poseurs de bombes et, plus tard, les auteurs des enlèvements participent à une assemblée du RIN, manifestent contre Gordon, à Saint-Léonard, ou contre la reine des Anglais, ils veulent tout autant promouvoir la conscience de classe des travailleurs que propager l'indépendantisme. Cet aspect de la lutte des classes est présent dans la partie historique, mais minimisé et sous-estimé par rapport au nationalisme.

     Cette confusion est d'ailleurs probablement à l'origine de quelques détails un peu mystificateurs dans le commentaire. Signalons seulement cette présentation de René Lévesque comme «indépendantiste et socialiste» (sic). Ou encore, lorsqu'il est question des troubles lors de la Saint Jean-Baptiste de 1968 et qu'on parle d'une «bataille de Québécois contre des Québécois», il y a méprise flagrante sur le terme principal de l'énoncé: le mot québécois signifie plus qu'un lieu de naissance! Enfin, on ne peut s'empêcher de grincer des dents à l'écoute d'une phrase aussi généralisante et simpliste que celle-ci: «Les Montréalais craintifs s'abritent derrière leurs portes closes» (lors de la manifestation contre la Murry Hill). Si de telles phrases augmentent le quotient de dramatisation du document, elles servent surtout a occulter en partie la signification principale des événements.

Le film des événements

     Une seconde partie (une heure) au rythme beaucoup plus lent (à cause de la longueur des discours officiels cités) raconte de façon strictement chronologique les principaux evénements survenus entre le 5 octobre 1970, jour de l'enlèvement surprise de Cross, et l'arrestation des ravisseurs de Pierre Laporte au début de janvier 1971. Enlèvements, communiqués du FLQ, lecture intégrale du manifeste à la télé, réactions officielles, loi des mesures de guerre, présence de l'armée, communications radiophoniques, manifestations publiques de resistance aux mesures de guerre, mort et funérailles de Laporte, délivrance de Cross, arrestation des derniers suspects: presque tout y est. Le film remplit bien ici son rôle de collectionneur-archiviste des faits importants pour une période donnée.

     Si on ne peut que se réjouir du nombre de faits ici rassemblés, on doit cependant questionner l'importance accordée à chacun dans la narration. Qu'on le veuille ou non, dans ce type de document, le montage détermine toujours une interprétation. Dans un montage chronologique avec commentaires, comme c'est ici le cas, la simple somme des minutes consacrées à tel fait ou témoignage plutôt qu'à tel autre implique un jugement et peut suffire à transformer la perception globale.

     Evidemment, personne ne reproche à Spry d'avoir reproduit intégralement la lecture du manifeste par Gaétan Montreuil à la télévision de Radio Canada. C'était d'ailleurs une nécessité logique, à la suite des événements relatés en première partie, et l'interprétation politique de la suite en dépendait. A le ré-entendre (ou relire), on en redécouvre la brûlante actualité, comme on se rend bien compte aussi combien le ton compassé, le débit et les intonations de Montreuil cherchaient continuellement à en travestir le sens. Nous avons là un cas extraordinaire où la manière de lire transforme de beaucoup le contenu même du texte: un bel objet d'étude pour les cours de français!

     Malgré cet interlude du manifeste, l'interprétation globale surgissant de la masse des interviews reproduits pourrait se résumer ainsi: la fameuse crise d'octobre a existé surtout dans la tête des dirigeants (l'«insurrection appréhendée» en est le meilleur exemple) qui, à la suite de gestes spectaculaires mais pas si menaçants que ça posés par un petit groupe d'opposants, ont paniqué aussi bien dans leur discours que dans les gestes de répression disproportionnés mis en oeuvre; du même coup, ils révélaient leur carence de vision et d'intelligence politiques et leur faiblesse à faire face à des événements sortant de l'ordinaire. C'est déja pas mal courageux de proposer une telle interprétation critique des gestes de dirigeants politiques toujours en place. (Au minimum, Spry courait le risque de voir son film cadenassé à jamais dans un coffre-fort de l'ONF). Certains éditorialistes avaient pris position en ce sens à l'époque. Quatre ou cinq ans après, recevoir a tête reposée un bloc d'images la démontrant à l'évidence lui confère un impact encore plus juste.

     Malgré sa justesse, dont le seul danger est d'enlever un peu de crédibilité à quelques politiciens en place, cette interprétation ne dérange cependant pas beaucoup le pouvoir. Et c'est sans doute pourquoi celui-ci ne voit pas beaucoup d'inconvénients à la fabrication et la diffusion d'un tel film, à condition, bien sûr, qu'il reste dans des limites raisonnables et ne nomme pas trop clairement les choses (au fait, il serait intéressant de savoir par combien de visionnements pour les boss de l'ONF le film a du passer avant d'être lancé dans le public!). Car enfin, si le pouvoir l'accepte, c'est un peu comme s'il disait: «Voyez comme nous sommes un bon gouvernement démocratique: nous reconnaissons un énervement passager et quelques erreurs passées; nous permettons même la critique à l'intérieur de nos organismes officiels d'information...» Finalement, cela le sert, puisque le film devient écran de fumée jeté devant les véritables problèmes et détourne l'attention de l'actualité problématique.

Les grands absents au débat

     En effet, du problème nationaliste et sociopolitique dont il avait éte question au début, plus question! Il ne reste que les gestes spectaculaires des terroristes et les commentaires officiels. Quelques arbres cachent efficacement la forêt...

     Principal absent: le peuple québécois. Il ne se fait pas donner la chance de dire s'il se reconnaît ou non dans le manifeste, s'il approuve ou non l'agir des felquistes. Il n'est plus présent que dans les déclarations de quelques personnes qui disent parler en son nom, après supposition de ce qu'il pense. Les ministres, on le verra mieux plus loin, affirment sur les ondes avoir toute la population derrière eux. Mais est-ce si évident? Et même s'il s'agissait d'une partie importante de la population, de quelle partie s'agit-il? Quelques images nécessaires manquent ici: après l'interview de Trudeau affirmant que l'armée venait seconder la police pour protéger la population contre ses ennemis, il eût suffi de montrer devant quelles maisons et dans quels quartiers les soldats tenaient faction pour démentir tout le discours. Montrer ces maisons de politiciens, de députés, de juges et de gros financiers (de tous ceux qui étaient expressement nommés dans le manifeste) aurait bien révélé quels intérêts le gouvernement voulait sauvegarder, intérêts représentant à ses yeux la «population» digne de «protection sociale». Au moment des funérailles de Pierre Laporte, le commentaire laisse d'ailleurs échapper cette expression savoureuse: «Les gens haut placés montrent leur appui au gouvernement...»

     Autres grands absents: les felquistes eux-mêmes. Bien sûr, en octobre même et dans les quatre ou cinq mois suivants, personne ne pouvait en tracer un profil quelque peu exact. Mais au moment de la réalisation du film, beaucoup de leurs paroles et de grands pans de leurs biographies étaient déjà assez bien connus, suffisamment, en tous cas, pour révéler leurs propres points de vue sur les événements. D'eux, le film ne montre que quelques affreuses photographies, du genre fiche de police ou manchettes de Allo-Police, qui transforment tout visage en mine patibulaire, celles-là même que les journaux du temps ont exploitées. Sous la masse de témoignages accusateurs et condamnatoires, leurs points de vue developpés dans le manifeste disparaissent vite et ne sont jamais ramenés au débat. Pas plus d'ailleurs que ne sont apportés ceux qu'ils ont réussi à faire connaître malgre les manoeuvres judiciaires pour les réduire au silence au cours des procès de 1971-72. De ceux-ci, qui font directement partie des événements, le film ne fait aucune mention Après une introduction portant sur quelque vingt ans de luttes antérieures, il est assez étonnant qu'on n'ait pas senti le besoin d'en indiquer les prolongements immédiats, encore plus révélateurs.

     Finalement, ne sont pas assez présents dans le film les différents mass médias. Leur rôle n'a d'ailleurs pas encore été très bien analysé. Spry rappelle avec justesse l'utilisation de la radio par les felquistes, l'accrochage d'un peu tout le monde à son poste de radio pendant cette période, la diffusion télévisée du manifeste. Mais il passe sous silence les gaffes de ces mêmes postes de radio et de télé, la censure imposée par la police (on a appris par après que sans la censure sur un des communiqués, la vie de Laporte aurait peut-être été sauvée), la disparition rapide de l'écran de quelques interviewés nuançant quelque peu les positions officielles. Surtout, il me semble qu'il aurait fallu regarder d'un oeil critique cet aspect de «passionnalisation» des événements où la radio a excellé. C'est elle, en effet, qui transformait chaque menu fait en élément d'une intrigue policière, faisant de l'ensemble des événements une sorte de thriller auquel le public était invité à assister, mais jamais à participer. Pour les journalistes et animateurs de radio, ce fut sans nul doute le moment le plus exaltant de leur carrière; on comprend leur excitation et leurs jouissances répétees dans cette bataille de scoops et leur emprise sur un auditoire avide de sensations. Mais leurs expressions de passion ont drôlement servi les gouvernements pour leur entreprise de diversion des esprits et pour la justification de leurs mesures.

Quelques techniques de propagande

     L'écoute de cette petite somme de discours officiels fournit une fois de plus une excellente occasion de prendre conscience des techniques de base du discours de propagande politique. Résumons-en quelques-unes avec exemples. L'écoute quotidienne du téléjournal permet de constater qu'on se sert toujours des mêmes.

- Généralisation d’un problème particulier. Dans les bouches des Trudeau, Bourassa, Choquette et Drapeau, la même expression revient constamment avec quelques variantes: «toute la société doit se défendre... ceux qui menacent toute la société... respecter la liberté et la sécurité de chacun... la vie de tous les citoyens... la population est unanimement d'accord...» Il s'agit d'amener tout le monde à se convaincre que ce qui est bon ou mauvais pour quelques-uns l'est de la même façon pour tous. Plus de «petite patrie» (celle des dominants, des riches, des dominés, des pauvres, des professionnels ou des ouvriers, etc) avec des intérets divergents ou contradictoires, mais seulement la Patrie où tous trouvent les mêmes intérêts ou les mêmes peurs artificielles. C'est l'un de la gang qui disait il n'y a pas longtemps: «ce qui est bon pour le parti libéral est bon pour tous les Québecois». Et il y en a qui croient ça!

- Crier des gros noms. Pour empêcher toute considération ou évaluation des arguments des adversaires, il faut les disqualifier dès le début en les traitant de «dangereux criminels... affreux meurtriers... bandits... assassins... etc.», noms qui doivent réveiller les peurs cachées et provoquer le rejet automatique. Par la suite, il devient facile de disqualifier n'importe qui simplement par association avec les premiers. On a pu voir Jean Drapeau et Jean Marchand utiliser efficacement cette technique.

- Nous le monde ordinaire. Les idées ou les sentiments du gouvernement sont nécessairement bonnes puisqu'elles viennent du «monde ordinaire», du «peuple» (et non des «élites»). «Un gérant de caisse populaire, votre voisin, votre enfant...», disait à peu près Trudeau! Même les partis les plus bourgeois et les plus réactionnaires réussiront généralement à trouver quelques travailleurs et quelques étudiants pour témoigner en leur faveur...

- Mêler les cartes. Il s'agit ici de pratiquer la sélection des faits et le «boostage» de ceux qui font son affaire. Le «tripotage», dirait René Levesque. Si les détenteurs des média d'information en viennent presque toujours à la possession de tous les faits pertinents, ils n'en diffusent cependant (directement ou sous forme de «fuites») que ceux à eux favorables. Tout en affirmant tout dire. Il devient alors facile de créer toutes les diversions nécessaires pour empêcher le point de mire sur les plus pertinents. Le film de Spry aurait dû, il me semble, mentionner au moins que la publicité «passionnelle» autour des événements d'octobre a servi de meilleur paravent possible à une bataille très importante pour tous les Québécois: l'affrontement entre les médecins et le gouvernement, affrontement qui, on le sait, s'est résolu dans le meilleur intérêt des deux parties, mais non dans celui du peuple.

- Appel aux bons sentiments. Refusant l'appellation «politique» pour l'action des felquistes, Choquette fait appel à leurs «sentiments humanitaires» pour qu'ils relâchent Cross. C'est aussi pour des «raisons humanitaires» que Radio Canada donne lecture du manifeste. Cela n'empêche pas moins les gouvernements de rester sourds à la lettre de Pierre Laporte faisant appel à ces mêmes sentiments pour qu'on le sauve des ravisseurs. Cela ne les empêche pas non plus de résoudre le problème par des solutions proprement politiques (mesures de guerre, législations rétroactives), ni d'utiliser la mort de Laporte pour promouvoir «l'unité canadienne». Aux opposants, ils demandent de bons sentiments, mais eux-mêmes emploient les lois spéciales et la force armée pour sauvegarder leur pouvoir. Technique dont l'actualité récente avec les troubles de la construction et le chantage («les ouvriers québécois vont passer pour des caves s'ils ne terminent pas les chantiers olympiques à temps») fournit de bons exemples.

Un film-outil

     Malgré les importantes lacunes que nous avons évoquées, pour sa synthèse historique de la première partie, pour son rappel vivant de l'automne 70, pour la valeur de révélation des discours officiels, le film de Spry peut être rangé à côté des grands documents du direct québécois. À condition, évidemment de le compléter par quelques bons documents d'appoint et de faire accompagner les projections de séances d'animation. À cet égard, on peut regretter que la projection téléviseé n'ait pas été suivie de quelques courts, mais pertinents témoignages.

     Dans cette perspective d'animations et d'étude de l'histoire («Je me souviens»), on aurait avantage à ajouter à Les événements d'octobre 1970 les autres films d'ici traitant en tout ou en partie du même sujet. On pense immédiatement à Les ordres de Michel Brault qui a rejoint un large public en salles commerciales et qui a donné lieu à un renouveau de la critique sous toutes ses formes (il a d'ailleurs gagné le prix attribué par l'Association québécoise des critiques de cinéma, non seulement à cause de ses qualités intrinsèques, mais aussi à cause de son impact sur le milieu). Mais il faudrait surtout revoir 1l faut aller parmi l'monde pour le savoir de F. Dansereau, réalisé immédiatement après les événements eux-mêmes, et quelques autres films apportant des compléments d'information (un dossier sur le sujet paraîtra dans un prochain numéro de Cinéma Québec).

    Un film à utiliser, non seulement pour se raffraîchir la mémoire, mais aussi pour se réchauffer l'esprit en vue d'un meilleur présent.

Relations, juin1975, p. 185-187

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