Le but de l'œuvre d'art n'est pas la morale, c'est la beauté, mais c'est une beauté humaine, atteinte par conséquent à l'intérieur d'un univers moral. Donc, il est vrai qu'on ne se délivre pas de la morale. Mais dans cette perspective, si elle est aussi contraignante, elle se montrera moins tatillonne.
Beaucoup de gens croient encore que l'art doit d'abord proposer des exemples de vertu. […]
Le grand film est celui qui pose des problèmes humains. Et même s'il lui arrive, chemin faisant, de blesser ou d'étonner, il nous permet d'entrer dans plus de vérité que l'univers rose des musicals américains (même avec un mariage au bout). Notre censure croit trop aisément aux morales décoratives. […]
J'ai le sentiment que les masses ont évolué plus vite que nos censeurs. […] On ne saurait leur imposer les mêmes barèmes qu'il y a trente ans: non que l'essentiel des principes moraux ait bougé; mais la capacité de recevoir et d'accueillir des expériences qui, hier, eussent été scandaleuses, parait s'être accrue. […]
On comprend mal qu'il puisse exister une morale pour le théâtre, une autre pour le magazine, une autre encore pour le film. On comprend mal que la question reste toujours confuse, vague, et comme sirupeuse.
Au Canada français, les grandes œuvres cinématographiques nous sont presque toutes livrées à l'état de cadavres. On les a saignées pour les blanchir. Ad usum Delphini. On nous retire la vérité. […]
Des seins, des seins, des seins, la chair, le corps de la femme... ce qu'il y en a de choses à rayer dans la création imprudente de Dieu! Tout au moins pour notre cher petit peuple dont seule l'émasculation totale rendra la quiétude d'esprit à beaucoup de ses éducateurs. […]
Nous ne sortirons de nos obsessions et de notre infantilisme que par une plongée franche en profondeur, un retour aux sources de l'humain, une réconciliation avec le corps, pour qu'ensuite s'ouvre la voie à l'épanouissement. Les coupures de notre censure sont le signe de la non-réconciliation. Elles témoignent de la fragilité de notre constitution morale, de l'étroitesse suffocante de ses limites d'opération. […]
Notre morale [sexuelle] est une lobotomie et nous nous traînons tant bien que mal avec nos moitiés de cervelle (3).
À partir du moment où les cinéastes auront oublié leur maman pour déshabiller sereinement leur voisine qui s'appellera Yvette Tremblay ou Yvonne Beauchemin, en plein soleil et avec une grande angulaire bien au foyer sur la caméra, à partir de ce moment-là, nous pourrons envisager comme Jean Renoir un cinéma libre en même temps que férocement national. Un cinéma de joie et de conquête (4).
Un jour, on s'est payé une Valérie, une Valérie du pays, bien de chez nous. Notre premier film déshabillé. Enfin, la révélation non censurée du corps de la Québécoise, comme si on allait enfin se défouler de tous nos mensonges. Mais elle n'existe pas Valérie : elle existe rien qu'dans ta tête. Je suis une femme comme toutes les autres femmes, comme la tienne. Continue à me regarder. Arrête de me rêver. J'suis là. Je voudrais tellement que tu m'prennes telle que je suis.