Canada. L'Office national du film présente Boulevard Saint-Laurent. Un film de Jack Zolov et Marc Beaudet. [Générique de fin] Réalisation : Jack Zolov. Images : Roger Moride et Hans Michel. Montage : Marc Beaudet. Son : Marcel Carrière. Montage du son : Margot Payette, Bernard Bordeleau. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Production : Victor Jobin, Bernard Devlin. L'Office national du film. Canada. MCMLXII.
Note : Sur certaines copies, le titre Adultes avec réserves remplace Boulevard Saint-Laurent.
Tournage : Du 25 septembre au 13 octobre 1961, à Montréal
Coût : 16 515 $
Titre de travail : La Main
Copie : ONF, Cinémathèque municipale de Montréal
Analyse
Résumé : Une caméra «candide» se promène sur la rue Saint-Laurent et dans les parcs qui la jouxtent, observe les gens qui y promènent leur oisiveté ou leur clochardise, entre dans les magasins et les clubs de nuit qui la bordent, écoute ce que quelques-uns de ses familiers ont à raconter.
Sujets et thèmes : Montréal, rue Saint-Laurent, clochards, strip-tease, prostitution, clubs, tatouage, alcoolisme, prison, commerces, cinémas.
Traitement : Représentant typique du cinéma direct (caméra portée, très mobile), ce film adopte une neutralité extrême dans son observation des phénomènes et de la «faune» liés à cette rue. Quelques interviews mettent en contact direct avec eux. La voix d'un narrateur ne communique que quelques informations essentielles pour comprendre le sujet. Les bruits ambiants accompagnent les images «candid»; la musique des clubs se prolonge aussi sur les scènes des rues environnantes.
Contenu : Peu de gens ont l'occasion de causer avec des vrais clochards et des «robineux» (buveurs de «robine», un mélange d'alcool à friction et de cirage à chaussure dilué) typiques du bas de la ville de Montréal. La rue Saint-Laurent, autrefois appelé «boulevard Saint-Laurent», représente le carrefour des paumés et des rejetés de la société. Frontière entre l'est et l'ouest de la ville, c'est-à-dire entre les secteurs francophones et anglophones, elle est depuis toujours le principal lieu du cosmopolitisme et de l'exotisme de Montréal (magasins divers où l'on peut marchander avec des Juifs, des Grecs ou des Portugais, studio de tatouage, clubs «cheap», cinémas populaires comme le Midway et le Crystal qui ont longtemps marqué l'intersection avec Sainte-Catherine) en même temps que le carrefour de toutes les passions illicites (jeu, prostitution). Le film de Zolov et Beaudet fournit l'occasion de longuement regarder ce milieu et les gens qui le fréquentent. Deux longues interviews avec des clochards ex-prisonniers laissent entendre que l'errance alcoolique est souvent liée à la criminalité et à l'incapacité de s'en sortir. Une effeuilleuse fait sourire au récit de son «auditoire» (son audition) et de sa première prestation publique. Le parti pris de l'observation neutre de ce film limite sa portée. Son information «candide» ne s'accompagne pas d'un point de vue qui interprèterait ou prolongerait l'observation. Il ne satisfait rien d'autre que la curiosité d'entendre le point de vue - pas très convainquant - de clochards par ailleurs trop lucides pour être représentatifs de leur groupe et d'une effeuilleuse probablement exemplaire dans son cheminement. Il insiste beaucoup trop sur ces personnages spectaculaires au détriment de tous les aspects exotiques liés à cette rue. Au fond, la caméra se contente de regarder quelques centaines de mètres au sud de la rue Sainte-Catherine et ignore toute la vie au nord de la rue Sherbrooke, ce qui limite passablement le sujet annoncé par le titre. Typique du cinéma direct, donc moderne dans son traitement, ce film n'apporte rien d'autre qu'un reflet fidèle et sympathique d'une réalité marginale. Il ne contribue en rien à la compréhension de la Révolution tranquille et n'est symptomatique que de l'intérêt de certains cinéastes pour le hors-norme plutôt que pour le monde ordinaire.
Bibliographie:
1. LEFEBVRE, Jean Pierre et Jean-Claude PILON, «L'Equipe française souffre-t-elle de "Roucheole"», Objectif, 15-16, août 1963, p. 45-53.
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