La canne à pêche . Un film de Fernand Dansereau d'après un conte d'Anne Hébert. [Générique de fin] Interprètes : Gilles Vigneault, Colette Devlin, Nicole Geoffroy. Images : Michel Brault. Son : André Hourlier. Montage : Edouard Davidovici, Gérard Hamel. Montage sonore : Margot Payette. Mixage: Ron Alexander. Assistant réalisateur : Jean Dansereau. Réalisateur : Fernand Dansereau. Directeur de production : Léonard Forest. Directeurs adjoints : Jean Roy, Victor Jobin. Une production de l'Office national du film. MCMLIX.
Note : N'apparaît pas au générique : Voix de Gilles Vigneault : Paul Hébert.
Tournage : Du 13 au 30 juillet 1959 à Québec, Sainte-Sophie
et Montréal
Coût : 23 397 $
Titre de travail : La canne à pêche Copie : ONF, Cinémathèque
municipale de Montréal
Analyse
Résumé : Fille d'un Amérindien taciturne devenu employé d'une boulangerie à Québec, Claudia accepte l'invitation d'une copine d'aller passer le dimanche à la campagne. Elle y découvre tout un nouveau monde. A la pêche, elle brise la canne toute neuve que son père lui a prêtée. De retour à Québec, celui-ci ne la dispute pas, mais se met à interminablement parler de son enfance vécue dans la nature.
Sujets et thèmes : Découverte de la nature, Amérindien, ségrégation, Québec, campagne, ferme, animaux, rivière, pêche.
Traitement : Ce court métrage de fiction adapte un conte d'Anne Hébert. Le récit se déroule en deux jours différents : celui qui présente la famille au petit matin et où Claudia reçoit l'invitation d'aller en campagne; puis le dimanche avec ses multiples découvertes. Le tout se développe en quelques séquences seulement; un découpage élaboré en des cadrages divers, mais avec des plans longs et méditatifs, donne un rythme lent. La voix off de Claudia devenue adulte racontant ce souvenir de ses dix ans contribue à créer un effet d'étrangeté; les quelques dialogues s'y superposant semblent incongrus, surtout que la voix de Vigneault est doublée (Dansereau raconte qu'il a été mis devant le fait accompli de ce doublage par ses producteurs). L'interprétation est très dépouillée, presque d'un recto tono bressonnien. Une discrète musique de cordes souligne quelques moments.
Contenu : Ce gentil conte d'Anne Hébert développe un
thème intéressant : la découverte de la campagne et
de la nature par une petite citadine de dix ans, fille d'un Amérindien
sédentarisé à Québec. Cela donne à son
père, généralement taciturne et muet sur son passé,
l'occasion de lui raconter son enfance en pleine nature. A cause de la grosse
famille, du travail de nuit et des petits salaires, il cache toujours cette
attirance ancestrale vers la forêt et ses secrets, ne se permettant
qu'une évasion symbolique, l'achat d'une canne à pêche,
dont il ne se sert d'ailleurs pas. Devant l'enthousiasme de sa petite fille,
il renaît à son monde premier et se met à le lui raconter,
on pourrait dire, «pour la suite du monde».
A l'école, Claudia se fait souvent appeler «la sauvagesse»
par ses copines; elle en souffre et n'en tire sa vengeance que par la fierté
de les battre toutes à la course. Avec la découverte du monde
fabuleux de l'enfance de son père et de sa race, elle aura maintenant
bien des motifs de valorisation personnelle. C'est au fond le principal mérite
de ce film que de donner une image nouvelle des Amérindiens, positive,
sympathique, loin des préjugés envers les «sauvages».
Bibliographie
1. DANSEREAU, Fernand, dans LAFRANCE, André avec la collaboration
de Gilles MARSOLAIS, Cinéma d'ici, 1973, p. 87.
2. VERONNEAU, Pierre, Résistance et affirmation : la production
francophone à l'ONF - 1939-1964, Dossiers de la Cinémathèque,
17, p. 98.