La Société générale cinématographique présente Ce soir-là, Gilles Vigneault... Un film d'Arthur Lamothe. Images : Michel Brault, Jean-Claude Labrecque, Michel Régnier, Claude Jutra, Bernard Nobert, Jacques Leduc. Assistés de : Yves Sauvageau, Guy Dufaux, Martial Filion. Son : Joseph Champagne, Marcel Carrière, Serge Beauchemin. Mixage : Clark Daprato. Montage : Arthur Lamothe, Alain Godon, Pascal Gélinas, Pierre Larocque Pierre Savard. Assistante de production : Roseline Rainville. Collaborateurs : Laurence Paré, Jean Bissonnette, Claude Fleury, Roger Fournier, Janine Euvrard. Musique et paroles : Gilles Vigneault. Arrangements et direction d'orchestre : Gaston Rochon à la Comédie canadienne. Fin. Production : S.G.C. - Omniard. © 1968.
Note : Générique reproduit de Copie zéro, no 33
Tournage : Du 28 au 30 septembre 1966 à la Comédie canadienne,
séquences à Natasquan au printemps
Coût : 20 000 $
Titre de travail : Vigneault chante
Copie : Cinémathèque québécoise
Ce qu'on en a dit :
Yvan Patry : Ce qui intéresse justement Lamothe dans Vigneault (Ce soir là, Gilles Vigneault ), c'est qu'il y a au-delà de la personnalité, une personne de la Côte-Nord qui a trouvé son identité. (2, p. 119)
Analyse
Résumé : En spectacle à la Comédie canadienne, Gilles Vigneault interprète ses chansons et ses monologues les plus célèbres des années 60 : Vent de la mer, Danse à Saint-Dilon, Jos Hébert, Mon pays, Jean du Sud, Tout l'monde est malheureux, John Débardeur, J'ai un pays à construire, Manicoutai, Les Goélettes, Les Gens de mon pays, etc. Dans la deuxième moitié du film, on voit aussi le poète dans son village natal, on rencontre son père et quelques autres personnages de l'endroit.
Sujets et thèmes : Gilles Vigneault, chanson, folklore, monologue, humour, identité, pays, nationalisme, langue, Natasquan, Côte-Nord, village, goélette, contrebande, Comédie canadienne, poésie, humour.
Traitement : La plus grande partie de ce documentaire montre Vigneault en spectacle à la Comédie canadienne, filmé en couleurs sur un fond noir, et dans une autre salle (ou un autre temps), en noir et blanc. Une présentation s'enchaîne parfois avec une chanson enregistré ailleurs, un monologue mélange les scènes, mais toujours avec la continuité du même spectacle. Sur le chanteur, les plans varient du moyen au gros plan, souvent de profil, ce qui devient plutôt humoristique. En seconde moitié surtout, différentes scènes panoramiques de Natasquan, toujours très courtes, filmées en muet, servent d'illustrations à des extraits de chansons ou de monologues. De brefs extraits d'une interview avec son père et de courtes scènes dans sa loge du théâtre sont tournés selon le direct le plus pur.
Contenu : Gilles Vigneault représente la plus grande vedette
des années 60 dans la chanson québécoise. Ce film conserve
la mémoire d'un spectacle des meilleures années et permet de
comprendre les raisons de son succès. En effet, personne n'a chanté
comme lui le pays du Québec et ses habitants. Tout ce spectacle, où
presque chaque chanson ou monologue comporte le mot pays, pourrait d'ailleurs
s'intituler «album». Au fond, c'est le même monde que célèbre
le cinéma de Perrault que chante Vigneault, mais avec un humour qui
enlève tout sentiment de tragique, même en révélant
tout le tragique de leur existence. Sa chanson la plus caractéristique
reste probablement Tout l'monde est malheureux, chantée et
turlutée avec large sourire. Sa poétisation du passé
et de son folklore n'inspire aucune nostalgie, marquant ainsi qu'ils sont
bel et bien révolus. Nul mieux que lui ne revalorise la campagne auprès
des gens des villes, mais c'est sans mystification ni regard passéiste.
Son nationalisme (dans les chansons) est comme celui de Perrault, avant tout
«ethnique» et tourné vers «la suite du monde».
A cet égard, la langue reste son premier champ de bataille. Non seulement
prend-il sa défence en tous lieux et se moque-t-il de l'usage de l'anglais
au travail, mais il incite surtout les gens à parler. A ceux qui lui
reprochent de ne pas parler un français châtié, il répond
que le français a été «puni» assez longtemps
(les meilleurs emplois à des anglophones, même sur la Côte-Nord)
pour que vienne maintenant le temps des «gens de paroles». C'est
d'ailleurs sur cette chanson (Les gens de mon pays), et sur ses derniers
mots «parler de liberté» que se termine le spectacle.
Ami de Vigneault, Lamothe l'a employé comme acteur ou a utilisé
ses musiques dans deux autres films (La neige a fondu sur la Manicouagan,
Poussière sur la ville ). D'autres aussi l'ont fait (Perron
avec les Bacheliers de la cinquième, Brault avec Le temps
perdu, Richard Lavoie avec Te retrouver Québec ). C'est
son authenticité comme représentant du pays qui attire surtout.
On la retrouve dans Ce soir-là, Gilles Vigneault... , qui permet
de revivre un grand soir des années 60.
Bibliographie
1. __________ Sept-jours, janvier 1968.
2. PATRY, Yvan, dans BERUBE, Rénald, Yvan PATRY et autres, Le
cinéma québécois : tendances et prolongements,
1968, p. 119.
3. PATRY, Yvan, Arthur Lamothe, Cinéastes du Québec,
6, 1971, p. 5.
4. ROBILLARD, Guy, «Enfin des films canadiens sur nos écrans»,
Séquences, 57, avril 1969, p. 38.
5. TURNER, D. John, Index des films canadiens de long métrage,
1913-1985, 1986, p. 65.