Une production de l'Office du film du Québec pour le ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. Charlevoix . Images : Paul Vézina. Texte : Jean O'Neil. Musique : Léon Bernier. Direction : Michel Vergnes. [Générique de fin] Charlevoix. Office du film du Québec. MCMLXVI.
Note : N'apparaît pas au générique : Narrateur: Michel Garneau
Tournage : En 1964 et 1965, en différents endroits de Charlevoix
Coût : 16 960 $
Titres de travail : Charlevoix
Copie : Archives nationales du Québec
Analyse
Résumé : Charlevoix, dit le narrateur, c'est traditionnellement trois pays et trois métiers : le bord du fleuve des navigateurs, l'arrière-pays des forestiers et les collines des agriculteurs. Mais c'est sans compter celui de la côte qui sait accueillir des milliers de touristes. Le film regarde donc successivement les marins qui font le radoub de leurs «voitures d'eau» au printemps, les forestiers qui coupent et transportent la «pitoune» jusqu'aux moulins à papier, les hôtels chics qui accueillent les villégiateurs, les paysans dans leurs cultures et leurs façons de vivre.
Sujets et thèmes : Charlevoix, Saguenay, Tadoussac, Indiens, tourisme, chutes, pêche, agriculture, bûcherons, île aux Coudres, navigateurs, fermiers, pêche de l'anguille, langue française, histoire, sociologie.
Traitement : Il faut dire d'abord que la réalisation de ce film répond avant tout à une commande d'un film touristique. On comprend alors que, quoique filmé au moment de la grande période du cinéma direct, ce film «travelogue» présente toutes les caractéristiques du documentaire le plus traditionnel : des images muettes illustrent un commentaire off vantant la région-titre et se font accompagner de musiques appropriées. Filmées très professionnellement (par Paul Vézina), les images de Charlevoix - des plans brefs et fort variés - en montrent toute la beauté et la diversité des sites. Par ailleurs, s'il évoque le merveilleux parler des gens de ce pays, il ne leur donne jamais la parole. Correspondant à la spécificité de l'endroit, des musiques de folklore, de jazz, de piano-solo ou de flute accompagnent tour à tour les images descriptives.
Contenu : Réalisé d'abord dans une perspective de propagande
touristique, ce film n'en constitue pas moins un portrait régional
aussi intéressant que celui que Marcel Carrière réalise
la même année sur Les Bois-Francs ou celui que Raymond Garceau
avait dressé de la Beauce (La Chaudière)quelques années
plus tôt. Nulle part aussi véridique n'y retrouve-t-on un portrait
de l'antique paysannerie française. On peut aussi y voir un complément
presque nécessaire aux folkloriques sagas que Pierre Perrault filme
à l'île aux Coudres ces mêmes années. Car il dépasse
le travelogue pour se hausser dans ses meilleurs moments à la qualité
du document sociologique, surtout lorsqu'il évoque l'histoire du lieu
comme celui d'une rencontre entre les civilisations européenne et
amérindienne, quand il raconte le génie linguistique des gens
du lieu pour nommer géographiquement les Pissec, Chiguère,
Craque-Raie, Male-Baie, Trousse-Pioche, Blagousse, Traîne-Poche, Malou
ou Misère, vocables enchanteurs pour tout poète, et quand il
démontre la fierté de ces fermiers-capitaines inventeurs d'une
culture originale faite à la fois d'une farouche indépendance
et d'un sens profond de la collectivité.
Dans sa forme, Charlevoix fait anachronique par rapport au courant
du cinéma direct dominant dans la Révolution tranquille. Pierre
Perrault étant déjà passé par là, on pourrait
souhaiter qu'il fasse parler un peu les gens de la région plutôt
que de simplement parler d'eux. Un quart de siècle plus tard, son
contenu peut aussi sembler anachronique, mais en 1966, il n'en reflète
pas moins la sensibilité du moment. Ses images témoignent à
tout jamais de la vitalité et de la créativité de ce
coin de pays dont l'«album» ne saurait se passer.