Diableries d'un sourcier

35 mm, couleurs, 20 minutes 32 secondes, 1966

L'Office national du film présente Diableries d'un sourcier. Un film de Raymond Garceau avec Ernest Guimond et Nana de Varennes, Mariette Duval, André Lejeune, José Rettino. [Générique de fin] Images : François Séguillon. Montage : Pierre Lemelin. Sonorisation : Bernard Bordeleau. Chansons : André Lejeune. Arrangements musicaux : Jean Marcel. Enregistrement : Ron Alexander, Roger Lamoureux. Trame musicale : Norman Bigras. Régie : Léo Ewaschuck. Production de l'Office national du film du Canada. © Office national du film du Canada. MCMLXVI.

Tournage : Du 13 au 21 juin 1966
Coût : 29 237 $
Titre de travail : Le sourcier
Copie : ONF, Cinémathèque municipale de Montréal

Analyse

Résumé : Rentier et jouisseur, Toussaint Boileau passe ses journées dans son hamac à rêvasser ou à contempler de belles filles nues dans des revues. Mais il est aussi sourcier. Contre récompenses, il va d'abord repérer l'endroit où creuser le puits chez un jeune fermier, puis trouver une source pour les soeurs d'un monastère voisin. Il est finalement amené, pour le même travail, chez un riche gangster qui a besoin de beaucoup d'eau pour sa piscine; mais là, il se soûle et perd momentanément son pouvoir.

Sujets et thèmes : Eau, sourcier, campagne, ferme, soeurs, Noire, religion, piscine, magie, diable, humour.

Traitement : Trois séquences pareillement construites composent cette fiction humoristique. Dans chacune, on voit d'abord Toussaint Boileau (nom fort à propos pour un vieux jouisseur pas «saint du tout» et qui ne boit que vin et gin) dans son hamac; puis on vient le solliciter, il va faire son travail et revient à son hamac. Toutes les images sont muettes, c'est le narrateur-chanteur qui fournit toutes les explications nécessaires. En plus de la chanson «Ca parle au diable» d'André Lejeune initiant chaque séquence, des musiques appropriées (orgue avec les religieuses, de danse chez le gangster) contribuent à l'atmosphère générale. Quelques gags visuels (le canard qui fout la pagaille dans une cuisine, la revue pornographique, les soeurs blanches dans la nuit) sont bien réussis; mais les disparitions sur un claquement de doigt chez le gangster font un peu trop effet facile. Enlevé et constant, le rythme contribue à l'atmosphère de fantaisie. L'interprétation d'Ernest Guimond dans le rôle principal lui donne toute la vérité nécessaire.

Contenu : Le «don» quasi magique du sourcier lui vient-il de Dieu ou du diable? Voilà une question que ses clients ne posent pas, du moment qu'armé de sa baguette de coudrier en Y, il indique l'endroit précis où creuser pour faire jaillir le précieux liquide. Pour Garceau, ce serait plutôt d'un pacte avec le diable que son sourcier tire son pouvoir, car il le montre paresseux, jouisseur, amateur de pornographie, buveur, gourmand, faisant payer très cher son «travail». Mais c'est pour la fantaisie et pour se moquer gentiment des valeurs établies que sont le travail, la discipline, la richesse et la religion.
Anachronique par son traitement, ce petit film renvoie, par son ton frondeur et son contenu, à l'esprit de la Révolution tranquille. Au sérieux de la presque totalité des films du moment, il oppose un humour de critique sociale (surtout dans la séquence avec les religieuses) assez percutant. On remarque aussi, tant chez les religieuses que chez les belles filles autour de la piscine, la présence d'une Noire; ce personnage de «minorité visible» reste une rareté à l'époque. Sur un autre plan, il reflète aussi le désir de plus en plus généralisé chez la majorité des cinéastes, de sortir du cinéma direct pour passer à la fiction.

Retour à Films