Du général au particulier

16 mm, couleurs, 28 minutes 25 secondes, 1967

L'Office du film du Québec présente Du général au particulier. [Générique de fin] Images : Paul Vézina, Daniel Fournier, Charles Desmarteau. Mixage : Michel Belaïeff. Texte : Guy Fournier. Narration : Michel Garneau. (Le général) Charles de Gaulle. Montage et réalisation : Claude Fournier. Délégué à la production : Raymond-Marie Léger. Produit pour L'Office du film du Québec par Les films Claude Fournier. © Office du film du Québec. Montréal. 1967.

Tournage : Du 23 au 26 juillet 1967
Coût : Environ 10 000 (selon Claude Fournier, La Presse, 4 novembre 1967)
Copie : Archives nationales du Québec

Analyse

Résumé : Le 23 juillet 1967, le général de Gaulle, en visite officielle au Canada, débarque à Québec. Il est accueilli par le gouverneur-général Roland Michener. Immédiatement après, on le voit visiter l'Expo 67 de Montréal pendant qu'on entend un discours du maire Jean Drapeau. De retour à Québec, le premier ministre de la province le reçoit au parlement. L'illustre visiteur se rend ensuite à la messe à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, après quoi il est reçu à Petit-Cap, dans les jardins de la maison de campagne du Séminaire de Québec. Il monte ensuite vers Montréal, avec des arrêts à Trois-Rivières et à Maskinongé pour des discours. C'est finalement le fameux discours au balcon de l'hôtel de ville de Montréal avec son retentissant «Vive le Québec libre» et son départ vers la France, sans aller à Ottawa où, dans la première séquence et après avoir vanté l'amitié entre la France et le Canada, le général se «réjouissait d'aller bientôt saluer le premier ministre».

Sujets et thèmes : Visite du général de Gaulle, Roland Michener, Daniel Johnson, Jean Drapeau, Maurice Roy, Expo 67, histoire, politique, nationalisme, indépendantisme, RIN, clergé, Québec, Montréal, Ottawa, Sainte-Anne-de-Beaupré, Maskinongé, Trois-Rivières, drapeaux, pancartes, langue, Gilles Vigneault.

Traitement : Ce documentaire utilise un traitement d'images qui s'apparente au cinéma direct (multiplicité des points de vue, caméra mobile au milieu de l'action, mais souvent maladroite et tremblante) auquel il ajoute un commentaire pour nommer les personnages et livrer des réflexions personnelles. Il bouscule aussi la chronologie sans avertissement, superpose des extraits de discours du maire de Montréal à des images prises à Québec, fait alterner des phrases détachées d'un discours de Daniel Johnson avec d'autres du général. Le tout prend un caractère un peu brouillon. Se voulant parfois humoristique, le montage cherche les effets faciles : la chanson «Mon pays, ce n'est pas un pays, c'est l'hiver» de Vigneault lors de la réception à Petit-Cap, le commentaire affirmant que le général «cherche l'essentiel» et l'image montrant immédiatement après des serveurs avec des plateaux de nourriture, des boules de crème glacée à l'avant-plan d'une autre scène, le discours absolument quétaine du maire de Maskinongé, l'extrait d'un discours de Noël du général à la radio durant la Seconde guerre, etc. L'ensemble est cadré surtout en plans larges, mais beaucoup de gros plans permettent de bien lire les messages nationalistes des pancartes.

Contenu : Fournier donne un titre merveilleux - Du général au particulier - à son reportage. Ce titre aurait par ailleurs convenu mieux au film de Jean-Claude Labrecque sur le même évènement (La visite du Général de Gaulle au Québec). Car au-delà du renvoi direct au «général» de Gaulle parlant au «particulier» que se veut le réalisateur, il ne signifie pas grand-chose, alors que chez Labrecque, il aurait bien marqué le passage du principe général de la libération au cas particulier du Québec. La vision de Fournier sur l'événement n'apparaît pas très claire. Au plan de l'information, l'essentiel y est; même qu'elle se révèle plus large que dans le film de Labrecque qui ignore presque les points de vue officiels. Le point de vue des nationalistes prend une large place : les pancartes avec des «vive le Québec libre», «France (croix de Lorraine), Québec libre», «Québec français», «notre Etat français, nous l'aurons» et les cris de «libération» ne manquent pas.
Mais on dirait que le fait que ce soit de Gaulle qui provoque ces manifestations agace Fournier. Dès le début, il accorde une grande importance au discours de Jean Drapeau, prononcé au dernier soir de la visite, rappelant devant le général qu'historiquement «on a du vivre seul, sans la France» et que le «Canada français» (alors qu'on parle surtout du Québec à ce moment-là) se tourne vers l'avenir. Il reproduit le ridicule discours du maire de Maskinongé («vous êtes pour nous tous le valeureux soldat, l'ami, le parent, le bon papa») et répète cette phrase au montage. Il fait dire à un spectateur anonyme que le général a simplement voulu se venger parce qu'Ottawa n'a pas acheté l'avion Caravelle fabriqué en France. Il se moque aussi un peu des journalistes.
En somme, le réalisateur et son jumeau, auteur du texte et humoriste, tournent presque tout l'évènement à la blague, essaient de renvoyer tout le monde dos à dos. Leur vision serait que tous ceux qui accordent une grande signification à cette visite sont plus ou moins aliénés par des images insignifiantes. Houle et Julien y voient «une certaine malice face au côté mission salvatrice du voyage de de Gaulle» (1, p. 86). On peut y voir aussi la position d'un certain nombre d'intellectuels de gauche (et de cinéastes) qui se méfient des engouements populaires et des images de «libérateurs» venus d'ailleurs; mais comme ils ne cherchent pas à l'expliquer, la critique tourne court.
Malgré son ambiguïté, il faut voir ce film en plus de celui de Labrecque. Ne serait-ce que pour bien comprendre que la visite de de Gaulle n'a pas fait l'unanimité chez les intellectuels. Techniquement, il illustre le cinéma direct réalisé avec peu de moyens et sans ligne directrice claire. Au plan de l'information, il fournit de bons exemples de la position des nationalistes au cours des années 60 et apporte quelques éléments inédits ailleurs. On y découvre l'existence de thèmes politiques encore dramatiquement présents dans l'actualité un quart de siècle plus tard.

Bibliographie

1. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 85-87.
2. PERREAULT, Luc, «Un vent québécois de nationalisme», La Presse, 21 octobre 1967.

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