L'Office national du film du Canada présente Episode. Feuilleton d'une heure. Recherches et réalisation : Marcel Carrière. Montage : Werner Nold. Images : Alain Dostie. Prise de son : Serge Beauchemin. Musique : Pierre F. Brault. Paroles de la chanson : Michel Chevrier. Montage du son : Jacques Jarry. Mixage : George Croll. Assistants à la caméra : Yves Sauvageau, Roger Rochat. Production : Robert Forget. [Générique de fin] Episode. Feuilleton d'une heure. Un film de Marcel Carrière avec Gisèle et ses parents, Richard et son père. Production : Office national du film du Canada. © Office national du film. MCMLXVIII.
Tournage : Du 26 août à la mi-octobre 1967, à Montréal
et à Saint-Georges de Beauce
Coût : 63 932 $
Titres de travail : Un jour d'un été
Copie : ONF archives
Analyse
Résumé : Trois mois dans la vie de Gisèle et de Richard, jeunes amoureux de 20 ans, sont racontés par bribes. On voit d'abord la graduation de Gisèle en «archives médicales», une conversation avec Richard où les deux évoquent des souvenirs d'enfance. Pendant que Gisèle prend de courtes vacances au Mexique, Richard se raconte et flirte avec une autre fille. Les deux se retrouvent, discutent avec des amis, rendent visite au père de Richard à Saint-Georges de Beauce, passent une fin de semaine en campagne avec des amis. Des extraits d'une interview avec Gisèle sur divers sujets de sa vie et des commentaires de sa mère sur ce qui se passe parsèment l'ensemble.
Sujets et thèmes : Jeunesse, famille, éducation, communication, sexualité, relations parents-enfants, relation père-fils, argent, quartier ouvrier, Est de Montréal, féminisme, religion, politique, langue, nationalisme, campagne, vacances au Mexique, Saint-Georges de Beauce.
Traitement : Comme pour beaucoup de films de cinéma direct, on a ici avant tout un film de conversations où l'image a bien peu d'importance, sauf pour les émotions qui s'inscrivent sur les visages, cadrés surtout en plans rapprochés, et pour quelques plans descriptifs de l'Est de Montréal. Tout le film n'est que montage de dialogues, les uns ponctuels (Gisèle et Richard avec des copains, parfois seuls, avec le père de Richard; les commentaires de la mère de Gisèle, Richard flirtant une fille, etc.), d'autres livrés par bribes tout au long du film (interview en solo de chacun des deux, une conversation). Les uns et les autres sont l'occasion d'aborder successivement les grands sujets.
Contenu : En prise directe sur la vie, Carrière veut faire ici le portrait d'une certaine jeunesse de milieux ouvriers, prendre le pouls de ses idées et croyances. Sa Gisèle a 20 ans, demeure encore chez ses parents (partageant une chambre avec ses deux soeurs), a un père pas loquace du tout qui travaille et prend sa petite bière en rentrant, une mère qui s'inquiète des initiatives et de l'indépendance de ses filles, n'aime pas le peu d'ambition de Richard. Elle vient d'obtenir son diplôme d'archiviste médicale de même qu'un poste, et elle trouve une grande valorisation dans son travail, même si elle n'est pas en contact avec les patients de l'hôpital. Elle va à la messe surtout pour faire plaisir à sa mère, pour qui «c'est sacré», mais pas durant ses vacances. Elle ne communique que très peu avec ses parents. Elle sait déjà que l'homme idéal n'existe pas, mais reste exigeante et affirme l'égalité des deux sexes; elle croit au mariage surtout à cause des enfants. Il ne semble pas qu'elle fasse l'amour avec Richard. Dans les conversations politiques, elle n'intervient pas.
Richard, quant à lui, vient de Saint-Georges de Beauce, a dû quitter le collège classique après la versification parce que son père, qui avait pourtant de l'argent, ne voulait pas l'aider. Il lui en veut pour cela et reste incapable de communiquer avec lui (à la visite du couple en Beauce, il n'y a que Gisèle qui parle). Il a généralement du travail, mais gagne peu. Il essaie maintenant de suivre des cours de rattrapage pour reprendre des études, mais c'est difficile et il manque de discipline. Il rêve d'aller en Inde. A 21 ans, il ne s'est pas encore trouvé; malgré sa cranerie et quelques fanfaronnades devant les filles, il ne réussit pas à cacher son désarroi à la caméra. Dans les conversations avec les amis, les répliques n'apportent aucune surprise (on est en 1967 tout de même) : oui pour vivre «accotés», mais le mariage dès qu'on veut faire des enfants; oui au séparatisme, parce qu'on ne veut pas être obligé de parler anglais pour servir la minorité des 15 % d'anglophones dit l'un, mais pas contre les anglais dit un autre; oui à l'égalité des sexes, la femme étant un complément essentiel de l'homme...
De cet instantané de la jeunesse en milieu ouvrier et de sa perception des parents ressort avant tout une quasi-absence de communication entre les deux générations. Les parents ne comprennent pas plus les nouvelles valeurs des jeunes que ceux-ci n'acceptent la petite vie et le manque d'ambition des aînés. Il n'y a plus guère d'interaction entre les deux et la jeunesse, les filles surtout, s'affirme davantage et s'engage dans la recherche de solutions nouvelles. C'est probablement en cela qu'Episode renvoie le mieux à la période de sa production. Dans l'«album», il ajoute des visages complémentaires - et sensiblement plus intéressants - aux rêveurs de Wow, à Chantal : en vrac, à la jeune fille douce qui ne se fait pas violer et compagnie. D'autre part, si Carrière a choisi son titre en référence au roman bien connu d'Aquin, il est clair que ses personnages sont encore bien loin du «prochain épisode».
Bibliographie
1. VERONNEAU, Pierre, dans COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 79.
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