(générique incomplet)
FLQ. [Générique de fin] Réalisation : Jean-Pierre Masse. Son : Serge Beauchemin, Werner Nold. Images : Alain Dostie. Montage : Monique Fortier, Jean-Pierre Masse.
Tournage : En novembre et décembre 1967, à Montréal
Coût : Environ 1 000 $
Titres de travail: FLQ
Copie : Cinémathèque québécoise
Analyse
Résumé : Quatre ans après leurs actions politiques et terroristes, quatre membres de la première génération du FLQ (Front de libération du Québec) témoignent des motifs de la formation du mouvement et des actions auxquelles ils ont collaboré en 1963.
Sujets et thèmes : FLQ, François Gagnon, Denis Lamoureux, Raymond Villeneuve, politique, nationalisme, indépendantisme, terrorisme, symbolique, bombes, RIN, média, affaire Gordon, colonialisme, armée canadienne, Montréal, Westmount.
Traitement : Essentiellement, il s'agit ici d'interviews donnant à quatre jeunes hommes, toujours en groupe, l'occasion de raconter ce qu'ils ont fait quatre ans auparavant. Ils sont filmés en des lieux différents, surtout en extérieurs, mais aussi dans un appartement, avec des cadrages variés, mais surtout en plans rapprochés. Au fil du récit, la caméra présente les lieux de leurs actions, tels qu'ils apparaissent maintenant ou à travers des photos du passé. Des stockshots de désamorçages de bombes (fournis par Télé-Métropole) sont inclus.
Contenu : De 1963 à 1970, le FLQ a occupé une grande place de l'actualité avec ses actions visant à promouvoir l'indépendance du Québec et une révolution sociale. Le mouvement est maintenant bien connu, depuis que Louis Fournier a publié son étude F.L.Q., histoire d'un mouvement clandestin. En 1967, il l'est beaucoup moins. D'où l'intérêt de ce court métrage qui laisse se raconter quatre des premiers meneurs lors des actions effectuées entre mars et juin 1963 - moment où le «traître» Jean-Jacques Lanciault les dénonce contre récompense de 60 000 $ et où ils sont arrêtés - et qui rapporte quelques évènements importants révélant la conception qu'ont certains jeunes de la politique et des partis en ce printemps chaud de 1963. Les quatre interviewés expriment leur idéologie de lutte contre le colonialisme, leur «filiation» avec le mouvement des Patriotes de 1937-1938, leurs raisons de militer pour le respect des Canadiens français, leurs réactions à la fameuse affaire Gordon (président du Canadien national, celui-ci avait récemment affirmé qu'il n'existait aucun Canadien français assez compétent pour occuper l'un des 17 postes de vice-président de la société, ce qui avait provoqué un tollé de protestations), leur conviction que les formes de la démocratie actuelle (même dans le RIN, dégradé - selon eux - dès sa naissance par des intérêts personnels) ne pourront jamais apporter de changement significatif. D'où le recours aux gestes spectaculaires, à la manière des Algériens et des Cubains dans les dernières années. Ils racontent leurs principales actions et la façon dont ils les ont menées, soulignant que leur but premier était de susciter des prises de conscience et de provoquer des réactions de la part des autorités fédérales qui illustreraient bien leur pouvoir de répression, tout cela devant amener des réactions en chaîne contre les autorités «coloniales». Ils soulignent aussi que la spirale étant engagée, il leur fallait faire des actions de plus en plus spectaculaires (des grafittis aux bombes de plus en plus puissantes) sinon les médias d'informations auraient cessé de s'intéresser à eux et de véhiculer leurs éléments de conscientisation. Ce court métrage renvoie à un courant essentiel des années 60. Il est le seul film qui l'aborde aussi clairement et surtout, dans l'optique même de ses membres les plus actifs. Jean-Pierre Masse l'a produit seul et à ses frais, avec la collaboration d'amis. Est-il besoin de souligner que l'ONF n'en aurait jamais permis la réalisation? On peut même penser qu'aucun cinéaste de l'auguste institution, autocensure aidant, n'a songé à le tourner. Il manifeste clairement qu'au-delà de la modernisation dans bien des secteurs, la question nationale prend une place capitale dans l'esprit de beaucoup de jeunes adultes, que l'indépendance du Québec devient une cause pour laquelle plusieurs se disent prêts à donner leur vie. C'est une véritable page d'histoire qui se trouve écrite pour les spectateurs.
Bibliographie
1. FOURNIER, Louis, F.L.Q. histoire d'un mouvement clandestin,
Montréal, Québec/Amérique, 1982, 509 pages.
2. MARSOLAIS, Gilles, L'Aventure du cinéma direct, 1974,
p. 136.