Canada. L'Office national du film présente La fleur de l'âge : Geneviève. [Générique de fin] Réalisateur : Michel Brault. Scénario : Alec Pelletier. Images : Georges Dufaux. Assistant : Jacques Leduc. Musique : Maurice Blackburn. Prise de son : Marcel Carrière. Montage : Werner Nold. Régie : Robert Baylis. Mixage : Roger Lamoureux, Marcel Carrière. Script-assistante : Irène Nold. (Geneviève) Geneviève Bujold, (Louise) Louise Marleau, (Bernard) Bernard Arcand. La chanson Si je te suis fidèle est de Mick Micheyl. Producteurs délégués : André Belleau, Victor Jobin.
Tournage : Une semaine en février 1964, à Québec
Titres de travail : Trois continents, Adolescentes II
Copie : ONF, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Robert Daudelin : Pour Brault, la rencontre avec Pierre Perrault aura été salutaire. Au contact du poète son génie primesautier s'est discipliné et son intuition affinée. Ce sont ces qualités que l'on retrouvera peu après dans son sketch de La fleur de l'âge. Ce petit film, partie composante d'une coproduction France-Italie-Japon-Canada, est la première expérience «solo» véritable de Brault en tant que metteur en scène. Le film en effet fut photographié (magnifiquement) par Georges Dufaux et interprété par Geneviève Bujold et Louise Marleau. Bien que le film souffre d'un parti pris évident de folklore exportable, il recèle des qualités d'attention et de sensibilité très attachantes et fort bienvenues dans le cinéma canadien. D'autre part, La fleur de l'âge a donné à Geneviève Bujold son premier vrai rôle au cinéma : elle s'y révèle merveilleuse de fraîcheur et d'intelligence. (1, p. 29)
Analyse
Résumé : Deux copines de 16 ans, Geneviève et Louise, descendent de Montréal au carnaval de Québec. Louise y retrouve Bernard, un copain, et les trois s'amusent. Le lendemain matin, les deux adolescentes doivent retrouver Bernard à la messe, mais Louise ne veut pas sortir du lit et Geneviève s'en va seule retrouver Bernard. Elle le ramène à l'appartement, mais Louise est partie; ils s'embrassent. Louise, qui revient, les aperçoit, mais repart sans signaler sa présence. Le soir, les deux copines reprennent le train pour Montréal, peu loquaces.
Sujets et thèmes : Adolescence, carnaval de Québec, amour, romantisme, terrasse Dufferin, glissoire de glace, musée de Champlain, religion, divorce, références cinématographiques, même prénom: acteur-personnage.
Traitement : Pour cette coproduction internationale, Brault avait d'abord
réalisé Le temps perdu (voir ce film) dans le pur style
du direct, en 16 millimètres. Mais le producteur canadien n'acceptant
pas ce traitement sous prétexte de diffusion internationale et de
difficulté de traduction, il tourna alors, en 35 millimètres,
cette gentille fiction avec des comédiennes professionnelles. La trame
dramatique est ici très mince, l'objectif étant surtout de
donner une portrait chaleureux d'adolescentes ordinaires. Comme dans bien
des fictions de l'époque qui veulent se rapporcher du documentaire,
les trois comédiens gardent ici leur propre prénom pour le
rôle.
Comme le texte de Daudelin le signale, une partie des images sacrifient
au pittoresque pour fournir de belles vues de Québec au moment du
carnaval. Même si Brault confie la caméra à un autre,
il lui impose quand même son style : elle est très mobile pour
accompagner les comédiennes dans la rue, se joint même à
elles dans la glissoire en traîne sauvage, elle colle aux personnages
dans l'appartement. Les émotions passent beaucoup dans les regards,
dans les moues des jeunes comédiennes, dans le non-jeu du jeune homme
et dans les silences; les dialogues restent toujours très brefs, tout
passe par l'image.
On retrouve avec amusement en entrée la musique de «violoneux»
du début des Bûcherons de la Manouane et un peu plus
tard, par la radio, la chanson «Je suis garçon dans le monde...»
(que Brault va aussi faire chanter par Claude Gauthier dans Entre la mer
et l'eau douce). Sur le premier air, des images rappellent Pour la
suite du monde comme si c'était ce que les filles peuvent voir
de leur fenêtre du train. Pour la parade, c'est la même fanfare
que dans Les raquetteurs. On voit que Brault a de la suite dans les
idées quand il s'agit de renvoyer au cinéma direct!
Contenu : Ce portrait de deux adolescentes reste très impressionniste.
Nous ne savons presque rien d'elles hormis le fait que les parents de Louise
vont bientôt se séparer, ce qu'ils auraient fait depuis longtemps
si elle n'avait pas été là; qu'elles trouvent normal
de retrouver Bernard à la messe le lendemain matin, mais que Louise
va aimer mieux paresser au lit. L'image nous les montre enjouées,
romantiques, pudiques, peu expressives de leurs sentiments; le jeune homme
parle encore moins. Comme les copines demeurent chez l'oncle de Louise qui
a transformé une partie de sa maison en musée de Champlain
et qu'elles couchent précisément dans ce musée et même
dans le lit de Champlain, nous avons droit à quelques belles images
de vieilles armoires et de vieux mobilier. Avec les promenades dans les rues
et les grandes glissoires, c'est la partie «images du Québec»
pour consommation étrangère qui est ainsi satisfaite.
De La fleur de l'âge, il faut retenir surtout que c'est une
première approche de fiction réalisée par un des plus
éminents défenseurs du cinéma direct. C'est un exercice
de style avant tout qui ne renvoie au moment de sa création que par
son traitement, surtout par sa volonté d'utiliser une caméra
souple pour mieux coller aux personnages. Des années 60 et de la Révolution
tranquille en cours, nous n'apprenons rien.
Bibliographie
1. DAUDELIN, Robert, Vingt ans de cinéma au Canada français,
1967, p. 29.
2. MARSOLAIS, Gilles, L'Aventure du cinéma direct, 1974,
p. 356.
3. MARSOLAIS, Gilles, Michel Brault, Cinéastes du Québec,
11, 1972, p. 16, 40-41.
4. NOGUEZ, Dominique, Essais sur le cinéma québécois,
1970, p. 94.
5. PREDAL, René, Jeune cinéma canadien, 1967, p. 31.
6. TURNER, D. John, Index des films canadiens de long métrage,
1913-1985, 1986, p. 51.