L'Office national du film du Canada présente Ceux qui parlent
français, La France revisitée. [Générique
de fin] Un film de Jean Le Moyne. Montage : Jean Dansereau. Images : Guy
Borremans, Michel Brault, Georges Dufaux. Prise de son : Joseph Champagne.
Montage du son : Margot Payette. Commentaire de Jean Le Moyne lu par Roland
Chenail. Musique de Jean Cousineau. Mixage : Ron Alexander, Roger Lamoureux.
Production : Fernand Dansereau. Production : Office national du film. Canada
© MCMLXIII. Tournage : Août et septembre 1962, à Paris
et sur la Côte d'Azur
Coût : 36 476 $
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Analyse
Résumé : Vingt-cinq ans après un premier voyage en France, un Canadien français y revient, à la recherche d'une histoire qui lui révélerait ses ancêtres et son propre passé. Se promenant dans Paris, visitant quelques châteaux, se rendant sur la Côte d'Azur envahie par les vacanciers (c'est le mois d'août), il ne découvre partout que des images semblables à celles de son Amérique. D'abord déçu, il se réconcilie malgré tout avec «sa France» quand il réalise qu'elle doit être habitée plutôt que visitée, que chez ses habitants comme dans ses petits marchés de quartiers ou ses terrasses, le présent se lie au passé et qu'il faut tout choisir d'elle.
Sujets et thèmes : France, Paris, Côte d'Azur, Méditerrannée, vacances, plages, camping, architecture, trafic, passé, histoire, statues, marché public, châteaux.
Traitement : Avec ce documentaire, nous sommes pour ainsi dire continuellement en caméra subjective. Une voix off représente ce touriste canadien-français qui débarque en France et visite divers lieux, mais on ne voit jamais ce personnage et la caméra emprunte continuellement son regard. Comme tout bon touriste, il regarde partout à la fois, ce qui donne des images très mobiles et variées auxquelles le montage donne un rythme essoufflant. Comme tout «mâle», il n'arrête ses yeux que sur des jolies filles, cadrées en gros plans (presque un leitmotiv). Quasi omniprésent, le commentaire adopte un ton très intellectuel, un peu pédant. Musique classique de petit ensemble et musique rock s'accordent au symbolisme des divers passages dans le temps et l'espace des images.
Contenu : Pour tous les intellectuels québécois, le premier
voyage en France prend toujours l'allure d'un rite initiatique. La France
revisitée, comme l'indique ce titre, veut dépasser cet aspect,
car le narrateur l'aborde cette fois moins pour la connaître, elle,
que pour s'y retrouver, lui. Dans le secret de sa continuité culturelle
qu'il cherche à percevoir, c'est la recette de sa propre permanence
en terre d'Amérique qu'il veut trouver. C'est pourquoi sa déception
est grande de ne revoir qu'un Paris «investi» par des grands
blocs à appartements et «qui ressemble à tout le monde
et à demain», une Côte d'Azur grouillant du même
type de camping et de musique rock que les abords du lac Champlain. Il découvre
finalement que c'est dans la volonté d'habiter ensemble un pays et
de se donner ses propres manières de vivre, plutôt que dans
les vieilles pierres et les statues que réside la pérennité.
Film de la série «Ceux qui parlent français»,
La France revisitée sert aussi à rappeler aux Québécois
du début des années 60 que même s'ils ne sont que six
millions en terre d'Amérique, ils font partie malgré tout d'un
ensemble culturel très vaste qui comprend des pays aux assises culturelles
solides comme la France et d'autres, en formidable processus d'accession
à la modernité, comme les pays africains. Cette série
est voulue un peu comme un «sacrement de confirmation» de la
pertinence de la survie française dans un Canada qui ne la lui concède
pas facilement. Est-il besoin de rappeler qu'elle coïncide avec l'établissement
de relations diplomatiques directes entre le gouvernement du Québec
et celui de la France?
Malgré son traitement maladroit, ses images clichés de la
France (et sa fixation adolescente sur les jolies filles), son commentaire
ampoulé et un peu confus, La France revisitée appartient au
cinéma typique de la Révolution tranquille, car il renvoie
à une thématique d'affirmation nationale bien située
dans les années 60 tout en reflétant la pensée de beaucoup
d'intellectuels et d'hommes politiques. Les nouveaux nationalistes n'y trouvent
ni recettes faciles ni programme d'action, mais une justification de leur
prétention à la survie, pour paraphraser Pierre Perrault.
Bibliographie
1. VERONNEAU, Pierre, Résistance et affirmation : la production francophone à l'ONF - 1939-1964, 1987, p. 45, 93.
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