La France sur un caillou. Un film de Claude Fournier, Gilles Groulx. [Générique de fin] Caméra : Georges Dufaux, Claude Fournier. Assistants : Gilles Gascon, Douglas Bradley. Montage : Gilles Groulx. Enregistrement : Roger Lamoureux, Claude Pelletier. Sonorisation : Pierre Lemelin, Joan Edward. Mixage : Ron Alexander. Direction générale : Jacques Bobet. La trame sonore a été réalisée en collaboration avec le Musée national du Canada. MCMLX.
Note : N'apparaît pas au générique : Narrateur: Robert Gadouas
Tournage : Juillet 1960, aux îles Saint-Pierre et Miquelon
Coût : 21 896 $
Titre de travail : Saint-Pierre et Miquelon
Copie : ONF archives
Ce qu'on en a dit :
Michel Régnier : La France sur un caillou aurait pu être un excellent film, c'est seulement un film agréable. (...) La France sur un caillou devait être entièrement tourné au 14 juillet de Saint-Pierre, à Saint-Pierre et Miquelon. Le temps fut mauvais, la fête gâtée, et on dut compléter le film par des plans imprévus pour combler le minutage (toujours la même hantise du minutage pour la TV). Le résultat s'en ressent énormément : on a de bonnes séquences (plus souvent de bonnes scènes), mais un film très inégal, élastique, sans puissance, sans nerfs. Groulx en reconnaît toute la vérité. Les responsabilités sont difficiles à déterminer; les images sont en majorité de Georges Dufaux, et je dois applaudir fortement aux progrès du Dufaux, qui semble avoir délaissé le style «sans style» du Camera Department, pour adhérer aux nouvelles tendances de la photographie; les images de ce film sont généralement très belles, denses, restituant une atmosphère, un climat, une contiguïté aussi, qui sont les atouts majeurs du film. Ce film est un rassemblement de belles images, bien montées. Mais le montage, aussi efficace soit-il, se ressent des avatars du tournage; et de la nécessité d'allonger le tout à 30 minutes. Qu'est-ce qui revient à Groulx dans ce film : le montage, et ce montage est une opération de sauvetage très bien réussie; c'est déjà beaucoup. (5, p. 19-20)
Robert Daudelin : La France sur un caillou, court métrage sur les fêtes du 14 juillet aux îles Saint-Pierre et Miquelon que Groulx tourna avec Claude Fournier et Georges Dufaux en 1960, est un petit film charmant, d'une belle langueur, mais qui manque d'homogénéité et qui ne laisse assurément pas prévoir l'entreprise de réflexion qui va suivre. (3, p. 2)
Analyse
Résumé : Une caméra candide se promène parmi les Saint-Pierrais le jour de leur fête nationale, en enregistre toutes les manifestations et rasssemblements et cause avec certains d'entre eux pour mieux connaître leur histoire et leur situation présente.
Sujets et thèmes : Iles Saint-Pierre et Miquelon, France, mer, brume, chaloupe, 14 juillet, grosses familles, alcool, prohibition, bars, bal, danse, cimetière.
Traitement : Représentant typique du cinéma direct par sa prise d'images et ses interviews, ce film utilise quand même un narrateur pour fournir au début une série d'informations sur la situation géopolitique de l'île. Comme le souligne Régnier, le temps fut mauvais, très brumeux le jour de la fête nationale, objectif du tournage. Les images sont en effet le plus souvent «brumeuses» quoique certaines atteignent de beaux effet de mystère. Le montage tient avant tout du collage par association libre, comme lorsqu'on vagabonde au milieu d'une fête et que l'oeil accroche un peu n'importe quoi (le commentaire de Régnier à ce sujet tient davantage de l'amitié et de l'engouement pour Groulx que de la rigueur d'analyse). Hormis la narration off du début, la bande-son ne comporte que des bruits ambiants et les paroles des interviews.
Contenu : L'idée d'aller filmer les îles Saint-Pierre et
Miquelon le jour de leur fête nationale, donc dans un moment de célébration
de l'histoire et d'exaltation collective, était excellente. Seulement,
le mauvais temps bouleverse le déroulement des cérémonies,
en fait annuler d'autres et garde bien des gens à la maison. On y
voit quand même un certain nombre de traits sociologiques : grandes
familles, folklore, habitations, travail, etc. Il n'y a que dans les bars
que règne une certaine euphorie (les cinéastes n'ont pas raté
celle-là, raconte Fournier, 4, p. 113).
La France sur un caillou fournit les principaux éléments
d'histoire de ce territoire qui passa à quelques reprises dans les
mains des Britanniques, au gré des guerres de colonisation des Amériques
et qui devint définitivement français en 1815. Depuis ce temps,
comme dit une interview, il reste comme «un petit caillou dans le jardin
de l'Anglais» (comme s'il ignorait que le Québec en est un gros).
Les cinéastes s'enquièrent aussi de cette période des
années 20 et de la prohibition aux Etats-Unis où les îles
furent «le barman de l'Amérique», le Klondike de leur
plus grande prospérité économique.
Chose curieuse, les îliens n'abordent pas leur relation, ou absence
de relation, avec les Québécois. On s'attendrait au questionnement
d'un certain «cousinage», mais on reste sur sa faim. C'est pourquoi,
à part la satisfaction d'une curiosité anecdotique assez sommaire,
on voit mal l'intérêt de ce film qui en reste à un niveau
d'analyse très superficiel. Le charme de certaines images de brume
ou des visages ne suffit pas pour retenir longtemps l'attention.
Bibliographie:
1. BASTIEN, Jean-Pierre, Gilles Groulx, rétrospective 1978,
p. 16.
2. COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois,
1988, p. 176.
3. DAUDELIN, Robert, Gilles Groulx, Cinéastes du Québec,
1, décembre 1969, p. 2.
4. LAFRANCE, André avec la collaboration de Gilles MARSOLAIS, Cinéma
d'ici, 1973, p. 113.
5. REGNIER, Michel, «Gilles Groulx», Objectif, 8, mai
1961, p. 18-21.