Canada. L'Office national du film présente Golden Gloves.
Images : Guy Borremans ainsi que Bernard Gosselin, Claude Jutra, Michel Brault,
Gilles Groulx. Son : Claude Pelletier, Jos Champagne. Composition et interprétation
de la chanson «Golden Gloves » : Les Jérolas. Effets
sonores : Bernard Bordeleau. Mixage : Ron Alexander. Réalisation et
montage : Gilles Groulx. Production : Fernand Dansereau, Victor Jobin. [Générique
de fin] Golden Gloves. Production de l'Office national du film, Canada
© MCMLXI. Tournage : Du 10 au 30 avril 1960, à Montréal
Coût : 17 329 $
Titre de travail : Gants d'or
Copie : ONF : 16 mm et vidéo, Cinémathèque municipale
de Montréal.
Ce qu'on en a dit:
Michel Patenaude : Je crains de ne pouvoir dire à quel point Golden Gloves m'a plu. Gilles Groulx a réalisé un film si vrai et si simple qu'il apparaît comme une évidence. Ses personnages ressemblent à des camarades de classe jugés et compris d'égal à égal, aimés comme des êtres avec lesquels l'auteur aurait partagé une longue existence. Golden Gloves est beaucoup plus qu'un film sur la boxe. C'est un très beau regard sur les hommes, une suite de tableaux où la vie entière d'un milieu est encadrée. (6, p. 42)
Robert Daudelin : C'est la description d'un milieu social, racontée de l'intérieur, à l'échelle de l'homme intime. Groulx vit avec son personnage, nous le présente comme un camarade de misères. Le film est assurément une très grande réussite du cinéma direct : l'utilisation de l'interview, pierre d'achoppement traditionnelle de ce type de cinéma, atteint ici à un équilibre exemplaire. L'unité plastique du film est d'autre part étonnante et le montage - vertu et tentation par excellence chez Groulx - est entièrement au service d'une réalité que l'auteur ne veut pas laisser échapper. Commence le temps de la réflexion. (3, p. 2)
Gilles Marsolais: Gilles Groulx dépasse son sujet dans Golden Gloves pour décrire un milieu social, le monde de la boxe amateur : miroir aux alouettes pour beaucoup de jeunes, souvent chômeurs, qui y voient un moyen pour sortir de leur condition sociale. L'insertion d'une déclaration de renonciation à toute réclamation contre les organisateurs en cas d'accident situe bien, au début du film, le groupe humain observé. (5, p. 126)
Analyse
Résumé: Ronald Jones s'entraîne dans une cour de triage de Saint-Henri; Georges Thibault fait de même dans un parc: les deux se préparent pour participer aux Golden Gloves, championnat de boxe amateur. On voit le premier avec sa famille, à la maison et le second à son travail de garçon de taverne. Le grand soir arrive. Jones gagne son combat par KO et Georges Thibault en fait autant, mais il est disqualifié parce qu'il a frappé durant le bris.
Sujets et thèmes : Boxe, sport, entraînement, culturisme, Ronald Jones, Georges Thibault, Noirs, anglophones, Saint-Henri, taverne, train, Robert Cléroux, les Jérolas, milieu ouvrier.
Traitement: On a beaucoup louangé ce film pour son traitement
qui en fait un des plus beaux fleurons du direct. En effet, on y retrouve
une caméra très attentive aux personnes et aux moindres gestes
significatifs, qui multiplie les positions pour se placer tantôt à
proximité des personnes et les regarder avec toutes sortes de plans,
tantôt au milieu de la foule pour s'intéresser autant aux voisins
qu'aux vedettes du spectacle. Sauf pour les interviews, la caméra
se fait très mobile, les plans sont rapides et pris d'angles multiples.
La virtuosité du montage donne un mouvement chorégraphique
aux gestes des boxeurs et crée un rythme très vivant. La juxtaposition
de l'entraînement dans un gymnase moderne puis de celui de Jones dans
une gare de triage rend le propos parfaitement clair dès le début.
De brèves interviews en plans fixes apportent des moments de repos.
Une chanson des Jérolas, duo alors fort à la mode et composé
de Jean Lapointe et Jérôme Lemay, fait l'éloge de Jones
durant le générique du début et à la fin. Les
autres images de Jones sont accompagnées d'une musique de jazz. Au
moment des interviews, le cinéaste questionneur reste hors champ.
Une voix off vient à quelques reprises apporter des informations
impossibles à transmettre autrement dans un court métrage.
Contenu : L'ensemble des textes consacrés à ce film mentionnent
surtout sa virtuosité technique (les éléments mentionnés
dans le paragraphe sur le traitement, motif principal de sa présence
dans presque toutes les sélections des films typiques de la période)
et un peu le rapport avec le milieu social des boxeurs, surtout celui de
Ronald Jones, doublement symbolique parce que Noir et anglophone (langue
maternelle), vivant dans un quartier majoritairement francophone. Sa valeur
vient avant tout de là. Car s'il fallait juger ce documentaire par
sa valeur de description de son sujet principal, la note serait bien basse.
En effet, sauf pour quelques vagues notes, le film ne dit rien de ce qu'est
ce championnat des Golden Gloves, comme s'il prenait comme acquis que cette
manifestation est bien connue de tous et qu'il est inutile d'en parler. Trente
ans plus tard, alors qu'elle est disparue, cela pose un petit problème.
La virtuosité technique dans le filmage des scènes de boxe
exprime une véritable fascination pour ce «sport» et le
déréalise presque. A aucun moment le film ne suggère
de critique sur cette activité que d'aucuns considèrent barbare.
En de fines touches - mention de la situation de chômeur pour Jones
et de son souci de l'apparence liée au culturisme, image de maladresse
de Thibault, panoramique sur le quartier, portrait peu flatteur de «l'homme
des tavernes» - il renvoie malgré tout à la constatation,
d'ailleurs assez universellement reconnue, que la boxe est avant tout un
effort pour sortir d'une situation de pauvreté et pour s'affirmer.
Groulx l'avait à l'esprit (1, p. 7), mais le film ne la rend pas évidente.
Il n'appuie pas assez non plus sur le titre anglais du championnat et sur
ses arbitres anglophones alors que la presque totalité des participants
sont francophones.
Comme la majorité des films de Groulx à cette période,
c'est davantage son renouveau esthétique que son contenu qui fait
de Golden Gloves un film typique de la Révolution tranquille.
Il faut quand même reconnaître qu'avec lui, les jeunes Noirs
mi-anglophones mi-francophones de Montréal se voient inclus dans «l'album
de famille» des Québécois, que le problème de
la langue y est posé, qu'une réflexion sur la sociologie des
sports y est amorcée.
Bibliographie
1. BONNEVILLE, Léo, entretien, Séquences, 92, avril
1978, p. 4-19.
2. COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois,
1988, art. par André Roy, p. 214.
3. DAUDELIN, Robert, Gilles Groulx, Cinéastes du Québec,
1, 1969, p. 2.
4. LEVER, Yves, Histoire générale du cinéma au Québec,
1988, références.
5. MARSOLAIS, Gilles, L'Aventure du cinéma direct, 1974,
p. 126.
6. PATENAUDE, Michel, Objectif, 9-10, octobre 1961, p. 42-43.
7. PREDAL, René, Jeune cinéma canadien, 1967, p. 44.