Comparaisons. Une production de l'Office national du film. Les grandes religions. Avec la collaboration de Claude Tresmontant. [Générique de fin]. Documentation générale: Claude Tresmontant. Textes auxiliaires : Hubert Aquin et Stephen Vizinczei. Narration: Françoise Faucher. Insertions filmées par William Greaves et David Millar (Canada), Art Films of Asia, Bombay (Inde), Iwanami Productions (Japon), Ima Films, Rabat (Maroc). Montage : David Millar. Montage musical: Joan Edward. Montage du son : Marguerite Payette. Mixage : Ron Alexander. Direction de la version française : Hubert Aquin. Direction générale : Guy Glover. Comparaisons. Production : Office national du film. Canada. MCMLIX.
Coût : 13 502 $ (adaptation française)
Titre de travail : Quatre religions
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Analyse
Résumé : Claude Tresmontant, spécialiste français des religions, présente d'abord l'hindouisme; puis une narratrice explique les grandes coordonnées de cette religion pendant que défilent des images diverses de l'Inde. Sont explorés ensuite, de la même façon, le boudhisme, le judaïsme, le christianisme et l'islam.
Sujets et thèmes : Religion, philosophie, divinité, rites, icône, statue, prière, hindouisme, boudhisme, judaïsme, christianisme, islam, Inde, Japon, Chine, Moyen-Orient, Palestine, Mecque, Rome.
Traitement : Comme pour la majorité des films de la série «Comparaisons», ce documentaire est une adaptation (non une simple traduction) de Four Religions réalisé par la section anglaise de l'ONF. La somme des adaptations est considérable, tant dans le traitement que dans la substance des propos. Dans l'original, la présentation de chaque religion se fait par un échange entre Patrick Watson et Arnold Toynbee. Ce dernier affirme d'entrée de jeu que toutes les religions sont vraies, pas plus l'une que l'autre, que c'est la somme des vérités de chacune qui donne la vérité de la religion. Cette affirmation ne se retrouve absolument pas dans la présentation générale de Tresmontant, qui ne fait que lire, d'une façon très maladroite d'ailleurs, ses notes. Même méthode pour introduire à chaque religion, amenée selon l'ordre chronologique de son apparition sur la terre : les anglophones dialoguent, le francophone discourt. Pour chacune, la narration off définit les grandes lignes de la théologie ou de la doctrine et s'accompagne d'images le plus souvent muettes, mais parfois comprenant leurs sons d'ambiance, illustrant le pays où elle naît ou se développe, ses lieux de rassemblement, ses rites, son iconographie ou sa statuaire. Souvent très belles et fort expressives, ces images distraient quelque peu de la narration qui traite de métaphysique et de théologie. Des musiques typiques ajoutent aux descriptions (cithare pour l'Inde, psalmodies judaïque et musulmane, grégorien et orgue pour le christianisme).
Contenu : Présenter quatre grandes traditions religieuses (hindouisme
et boudhisme qui en constitue une version «sécularisée»,
judaïsme, christianisme et islam) en une heure constitue un lourd défi.
Il n'apparaît pas très bien surmonté ici, car le langage
de la narration se situe surtout à un niveau universitaire et parvient
mal à vulgariser son sujet. Il y réussit d'autant moins bien
qu'il se développe parallèlement à l'image et ne s'y
arrime qu'à quelques reprises. Pour bien le comprendre, il faut déjà
avoir une certaine connaissance des religions et de la métaphysique.
Malgré tout, «l'auditeur» très attentif peut en
retirer une connaissance minimale de la vision du monde et de la théologie
de chacune des religions, de leurs rites, coutumes ou sacrements, de leur
iconographie et de leur statuaire.
Les auteurs du texte expliquent chaque religion avec beaucoup de respect
et sans préjugés apparents. La vérité et le caractère
de sagesse de chacune transparaissent clairement. Il s'en dégage une
certaine relativisation d'ensemble. Les auteurs n'évitent toutefois
pas de donner la belle place au christianisme, vu presque uniquement dans
sa branche catholique, d'abord en choisissant un catholique comme présentateur
et principal recherchiste et finalement en disant qu'il contient ce que les
autres n'offrent qu'en germes (l'original anglophone n'affirme rien de tel).
De même, ils établissent avec force que les métaphysiques
sous-jacentes à celles d'Extrême-Orient sont incompatibles avec
celles qui sont nées dans le bassin méditerranéen et
en relation avec les philosophies hellénistiques (influence d'Aristote
chez les monothéistes); Toynbee, dans la version anglaise, affirme
aussi à peu près l'équivalent. Evidemment, l'existence
même des religions n'est jamais mise en cause, ni leur influence dans
la politique, ni leurs «bavures» historiques.
Malgré ses limites, Les grandes Religions est un film important
pour le Québec du début de la décennie 60 par la connaissance
du monde qu'il apporte et par la relativisation minimale des religions qu'il
présente. On y prend soin de ne pas choquer le pouvoir religieux local,
mais il signifie clairement que le monolithisme catholique et le prosélytisme
ne sont plus des comportements acceptables. Le fait d'inviter un laïc
plutôt qu'un prêtre comme recherchiste et présentateur
démontre aussi que le cléricalisme d'ici commence à
perdre de son crédit. Il n'en annonce pas encore la déroute,
mais les valeurs qu'il véhicule vont le mettre sur cette voie.
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