Les Indiens du Haut Saint-Maurice

16 mm, couleurs, 32 minutes 17 secondes, 1959

L'Office provincial de publicité de Québec par son Service de ciné-photographie présente Les Indiens du Haut Saint-Maurice. Prises de vues: Louis Roger Lafleur, o.m.i. Montage : Jeanne Carreau. Commentaires : Noël Pérusse. Narration : Raymond Laplante. Prise de son : Jack Burman. Réalisation : Fernand Guertin. [Générique de fin] Fin. Une production Guernand film.

Note : D'après Line Bouteiller (voir référence plus bas), Louis-Roger Lafleur serait aussi coréalisateur. Tournage : De 1956 à 1958 (comprend aussi du métrage antérieur)
Coût : 8 650 $
Titre de travail : Têtes de boules
Copie : Archives nationales du Québec

Analyse

Résumé : Après un long exposé ethnologique de la vie et des coutumes des Indiens Têtes-de-boule du Haut-Saint-Maurice, on les voit se moderniser et s'installer dans la Réserve de la Manouane.

Sujets et thèmes : Amérindiens, Mauricie, réserve Manouane, artisanat, sociologie, histoire, folklore, canots d'écorce, sens de la communauté, mariage, beauté, modernisme, bûcherons, tourisme.

Traitement : De facture traditionnelle, ce documentaire présente une série d'images muettes illustrant un commentaire dans lequel se trouve développée l'argumentation ethnologique. Un grand nombre de courtes scènes s'ajoutent les unes aux autres pour tracer le portrait global du groupe d'Indiens. Omniprésent, le commentaire donne sens aux images d'une façon très didactique, mais il se permet un peu d'humour de temps en temps.

Contenu : On a ici une présentation de type ethnologique, quoique non scientifique, du groupe d'Amérindiens semi-nomades appelés «Têtes de boules» par quelqu'un qui les connaît bien et qui les aime. Cette dernière expression est importante, car rarement a-t-on vu un commentaire si élogieux d'un groupe donné. Il en fait les «plus fidèles défenseurs de la faune», vante leur vie de famille (porter les enfants sur le dos vaut mieux que les garderies pour les mères!), leur sens communautaire, leur santé mentale (ils sont complètement «exempts de névrose»), leur organisation sociale (autorité des chefs, réunions de femmes pour fumer, par exemple) et leurs coutumes. Il combat même les préjugés que beaucoup peuvent avoir à leur endroit. Par exemple, à ceux qui peuvent les trouver «paresseux», il riposte qu'ils ont simplement des habitudes «différentes», plus en accord avec les rythmes fondamentaux de la nature; si les femmes sont parfois portées à l'embonpoint, elles restent quand même très belles, la preuve étant que leurs maris ne s'en séparent jamais!
En un deuxième temps, ce commentaire reconnaît que l'homme blanc a souvent transmis des maladies aux Amérindiens, qu'il a dilapidé une partie de ses richesses naturelles. Pour se «racheter», il propose de les faire participer pleinement au modernisme en voie de s'implanter. On voit alors le barrage qui amène l'électricité, les moteurs hors-bord pour les chaloupes, les routes pour les camions et les autobus, le rail et même l'hydravion. Plusieurs travaillent déjà comme bûcherons (ce sont des membres de ce groupe que l'on voit dans Bûcherons de la Manouane de Lamothe); ils font «d'excellents garde-feux et des garde-chasse consciencieux»; les touristes pêcheurs ou chasseurs ne peuvent avoir de meilleurs guides.
Comme meilleur exemple du partage du modernisme blanc, le film décrit finalement la Réserve de Manouane avec ses maisons en planches, ses potagers, son dispensaire «service complet», son école avec section ménagère pour les filles et menuiserie pour les gars [sic ], ses fêtes avec danses carrées accompagnées au violon et à la guitare... Sur un beau plan aérien de la réserve, le commentaire conclut : «Ils franchissent rapidement ce que nous avons mis des siècles à développer».
Il y a une bonne dose de naïveté dans ce portrait, trop beau pour ne pas être un peu suspect. D'autant plus que, traitement cinématographique oblige, personne ne demande aux Amérindiens ce qu'ils pensent de leur vie «idyllique» en réserve. On ne semble pas parvenu à l'ère du dialogue entre égaux. Malgré tout, on peut supposer qu'ils seraient plutôt d'accord avec cette image positive de leur groupe. A tous les Québécois, ce film vient rappeler d'une manière chaleureuse que les Amérindiens font aussi partie de l'«album» et qu'ils doivent y obtenir une place d'honneur. Malgré sa forme anachronique, cette revalorisation reflète bien l'esprit nouveau que le cinéma de la Révolution tranquille développe envers cette minorité.

Bibliographie

1. BOUTEILLER, Line, dans COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 261.

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