Canada. L'Office national du film présente Jour de juin. [Générique de fin] Montage : Victor Jobin assisté de Jean Dansereau. Directeur de la photographie : Jean Roy. Images : Michel Brault, Ray C. Jones, Claude Jutra, Raymond Le Boursier, Terence Macartney-Filgate, Reginald H. Morris, c.s.c., John Spotton, c.s.c. Prise de son : Michel Belaïeff, Marcel Carrière, André Hourlier, Claude Pelletier. Montage sonore : Bernard Bordeleau. Mixage : Ron Alexander. Assistant de production : Marcel Martin. Directeur de production : Louis Portugais. Production : Office national du film du Canada. MCMLVIII.
Note : N'apparaît pas au générique : Narrateur: Jacques Languirand
Tournage : Le 24 juin 1958, à Montréal
Coût : 15 019 $
Titre de travail : Grande parade
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal
Ce qu'on en a dit :
Pierre Véronneau : La réalisation d'un film sur la Saint-Jean-Baptiste,
Jour de juin (1958) peut sembler une occasion plus évidente
pour les cinéastes d'afficher leur nationalisme et de témoigner
de l'existence d'un peuple canadien-français. Le sujet va de soi.
Mais il est un détail qui surprend. Dans un tel contexte, on aurait
pu s'attendre à ce que les cinéastes ne ratent pas l'occasion
de mettre en évidence le drapeau québécois comme ce
serait le cas dix ans plus tard. Or on ne retiendra qu'une fois quelques
images du drapeau comme élément décoratif du défilé.
Quelques hypothèses, qui peuvent être autant de raisons concordantes,
expliqueraient ce quasi effacement. Soit que les cinéastes veulent
se démarquer de l'usage du drapeau que fait l'Union nationale et
signifier que leur nationalisme n'est pas de cette nature. Soit que l'emblème
national n'a pas encore la valeur symbolique qu'il aura par la suite dans
le complexe doctrinal indépendantiste. Soit que les cinéastes
n'aiment pas que sa présentation puisse engendrer une émotion
collective du même niveau que la présentation de la Saint-Jean-Baptiste
elle-même. Soit, tout banalement, parce qu'un tel recours à
l'emblème patriotique ne correspond pas aux valeurs qui les animent
et ne les intéresse donc pas.
On constate en effet que les affirmations nationalistes de cinéastes
canadiens-français se déroulent très peu sur le terrain
symbolique; la mystique du drapeau ou de l'hymne national ne semble pas les
faire vibrer. Ils ne veulent pas obtenir l'adhésion de leur collectivité
à une reconnaissance et à une découverte d'elle-même
par des référents aussi traditionnels et aussi éculés.
Ils sont davantage portés à témoigner de leur appartenance
par des références concrètes; cela explique leur propension
aux sujets sociologiques, même lorsqu'ils diront qu'ils ne veulent
plus faire de la sociologie, entendant par là se référer
à des études universitaires et à des cadres d'approche
préétablis. (2, p. 93-94)
Analyse
Résumé : Heure après heure, c'est le déroulement du défilé de la Saint-Jean-Baptiste sur la rue Sherbrooke à Montréal. On assiste d'abord aux préparatifs de la fête (installation des estrades officielles, des chaises et des drapeaux) devant le lieu principal pour les dignitaires, la bibliothèque de la ville de Montréal. On voit ensuite les personnages des chars allégoriques se costumer et se maquiller pour la parade pendant que des opportunistes préparent leurs stands de liqueurs douces ou de «balounes». C'est enfin la grande parade avec majorettes, chars allégoriques, cadets de l'armée, zouaves pontificaux, invités à l'estrade d'honneur et spectateurs qui multiplient les photographies. Finalement, les grosses machines à nettoyer les rues font leur travail.
Sujets et thèmes : Fête nationale, chars allégoriques, rue Sherbrooke, ville de Québec, héros de l'histoire, chars allégoriques, Saint-Jean-Baptiste, spectacle, mouton, folklore, fanfare, défilé, zouaves pontificaux, cardinal Léger.
Traitement : Au début de ce documentaire, un narrateur en voix off résume ce qu'est cette fête de la Saint-Jean-Baptiste pendant que défilent les images de sa préparation. C'est la technique du reportage candid que la télévision vient de mettre à la mode. Dès que le défilé commence, la caméra prend le même genre de mobilité, mais en plus étendue, car sept cameramans se trouvent sur les lieux, que pour Les raquetteurs tourné quelques mois plus tôt : elle est au milieu des majorettes défilant, juste sous le nez de spectateurs enthousiastes, en plongée du toit d'un édifice voisin, en contre-plongée depuis les pieds d'un zouave, au milieu des spectateurs, dans la tribune officielle, etc. La caméra, c'est donc «Dieu omniscient, omniprésent à tout ce qui se passe». Le narrateur abandonnant à ce moment tout commentaire, nous avons là un grand moment de cinéma direct, à l'égal de La visite du général de Gaulle au Québec ou d'Avec tambours et trompettes.
Contenu : A ne considérer que les faits, nous avons avec
Jour de juin un document historique objectif sur une célébration
de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal, fête nationale
qui se résume en ce défilé spectaculaire sur la rue
Sherbrooke. Le traitement suggère toutefois une autre approche : dans
son regard ironique sur l'enfant blond et son petit mouton, sur l'habillage
et le maquillage des personnages historiques des chars allégoriques,
sur les zouaves pontificaux ou sur les cadets de l'armée participant
au défilé, sur les marcheurs apposant des diachylons sur leurs
ampoules ou se désaltérant à une gourde, sur les spectateurs
photographiant, etc., la caméra exprime sa perplexité sur le
vrai sens d'une telle célébration. Elle ne craint d'ailleurs
pas de s'attarder sur la devanture d'une petite épicerie affichant
«bière froide - cold beer» où entrent plusieurs
des «personnages historiques» à la fin du spectacle. Ironie
qu'augmentent les airs de jazz accompagnant la préparation de la fête
et le nettoyage des rues par de grosses machines à la fin.
Véronneau a raison de souligner que Jour de juin laisse
perplexe sur la position nationaliste des cinéstes participants. Nous
savons par ailleurs que plusieurs d'entre eux prendront des positions claires
dans les années suivantes : ce film les contient en germes. Il affirme
le même genre de regard sympathique, mais lucide, - traitement cinématographique
compris - que Brault et Groulx ont porté peu avant sur Les raquetteurs,
que Carrière et Labrecque porteront bientôt sur les zouaves
(Avec tambours et trompettes ) et sur La visite du général
de Gaulle au Québec. A la fin des années 50, juste avant
la Révolution tranquille, ce film contribue à renouveler l'approche
filmique de la société et à suggérer un «second
regard» sur les réalités les plus évidentes.
Bibliographie
1. VERONNEAU, Pierre, La production canadienne-française à
l'Office national du film du Canada de 1939 à 1964, thèse
de 3e cycle, Université du Québec à Montréal,
1986, p. 367-370.
2. VERONNEAU, Pierre, Résistance et affirmation : la production
francophone à l'ONF - 1939-1964, 1987, p. 93-94.