Manette (la folle et les dieux de carton)

16 mm, n & b., 85 minutes 5 secondes, 1965

(générique incomplet, tiré de l'Index de D. John Turner et du Répertoire de Lise Walser)

Manette (la folle et les dieux de carton). Production, réalisation, scénario et dialogues, montage, son, montage sonore, post-synchronisation : Camil Adam. Images : Camil Adam, Guy Desbiens. Musique : Camil Adam, Les Baronnets, Jocelyne Pascal. Assistante à la réalisation : Claire Berthiaume. Interprétation : Mariette Lévesque, Saul Joel, Léo Illial, Jean Roger, Yvan Canuel, Michel Maillot, Lucille Papineau, Claire Berthiaume, Marthe Nadeau, Claudette Delorimier, Francis Berthiaume, Alain Michel, Tony Harpes, Jean-Louis D'Amour, Denis André, André-Toulouse Leblanc, Jean-Louis Paris, Yvan Viau, Claude Gauvreau, Micheline Herbart (voix de Manette). 1965.

Tournage : D'avril à octobre 1964, à Montréal et dans les Laurentides
Coût : 13 500 $
Titres de travail : La maison de cartes. La folle
Copie : Cinémathèque québécoise

Ce qu'on en a dit :

Michèle Favreau : Situation authentique, donc, et sensibilité à vif. Imagination délirante.
Mais, gaucherie de la pensée et du verbe, impuissance, encore une fois, à se comprendre soi-même et s'expliquer, à trouver des motivations sérieuses à sa névrose, tentant de le faire (avec quelle maladresse, quelle naïve prétention littéraire!), texte et ton à peu près insupportables des monologues, affectation des dialogues, invraisemblable imbroglio physico-psycho-socio-mystique, mêlant tout dans un délire informe, évoquant à bien des endroits les pâmoisons de Mère Marie de l'Incarnation. (4)

Office des communications sociales : Le film mélange sans ordre précis les souvenirs et les phantasmes de son héroïne avec les scènes décrivant sa situation présente. Le résultat est un fouillis d'images où le spectateur doit puiser pour construire une histoire qui se tienne. Le film apparaît, somme toute, manqué à cause même des excès dans la recherche formelle. Le monologue ampoulé que l'on prête à l'héroïne accentue encore l'artificiel de l'affaire. Ce film, qui met en scène une déséquilibrée, comporte une accumulation de déviations sexuelles. (4, p. 112)

Patrick Straram : Une jeune fille, que désespère un professeur de yoga qui ne veut plus d'elle pour maîtresse, revit, à l'intérieur d'un délire dans lequel elle mélange mystique et érotisme, toutes ses liaisons. Elles furent multiples, toutes sous le signe de l'extravagance, de l'insolite. Ce n'est pas pour rien que le film a aussi pour titre La folle. Etudiants aux Beaux-Arts, prostitution, une communauté qui croit en un Eternel suprême : tous les clichés sont bons, qui retracent l'itinéraire incohérent parce qu'inconscient d'une adolescente à Montréal, années 60. Ce n'est pas tous les jours qu'au cinéma une jeune fille se prétend Dieu! Et de la trivialité à la mythologie, Camil Adam a filmé cet opéra grotesque et déchirant avec des qualités d'exaspération et d'insensé qui amènent la fiction démentielle bien près du documentaire. C'est inouï à quel point ce film semble une catastrophe, avec des ratés monumentaux, mais aussi devient d'une beauté pure captivante dans un curieux absolu de l'excès. (5)

Analyse

Résumé : Manette, belle fille de 25 ans et mentalement dérangée, suit des cours de yoga. Elle séduit son professeur indou, Assam, mais celui-ci ne l'aime pas, bien qu'il en profite sexuellement. Elle le relance jusque chez lui. Finalement, il la chasse du camp des Laurentides où se tient une session. Au milieu de ces péripéties, Manette vit dans le souvenir et des flashbacks font revivre les principaux évènements de sa vie : la constatation, enfant, que les châteaux de sable s'écroulent sur la plage; la névrose, adolescente, et son séjour dans une clinique privée, séduite par son psychiatre; la cohabitation avec un professeur de mathématiques masochiste; les cours aux Beaux-Arts et les sorties avec les copains; la participation à une manifestation indépendantiste; l'avortement artisanal; la relation avec un riche playboy; la prostitution dans la rue et la prison; le séjour en hôpital psychiatrique et l'accouchement d'un garçon; une confession dans un sombre confessionnal, etc. En dernière séquence, elle engueule Dieu et Assam en pensée, se retrouve seule avec son fils au bord d'une route.

Sujets et thèmes : Folie, yoga et spiritualité indoue, méditation, église, confessionnal, psychiatre, hôpital, beaux-arts, peinture, surréalisme, masochisme, indépendantisme, Laurentides, langue anglaise, Jen Roger, Les Baronnets, prostitution, avortement, Claude Gauvreau.

Traitement : Le personnage de Manette est à peu près continuellement sur l'écran, filmé surtout en plans rapprochés. Le montage ne possède pas la transparence que laisse voir le résumé ci-haut, les séquences se juxtaposant sans transitions logiques. Quelques scènes sont «normalement» dialoguées (encore que de façon techniquement mauvaise), mais l'essentiel de la bande son est constitué d'un long monologue de Manette, récité parfois recto tono, parfois en voulant exprimer des sentiments forts, mais toujours sur un ton de mauvaise amateure. Tout d'ailleurs dans ce film relève de l'amateurisme. Y compris la musique de jazz ou électronique qui cherche à apesantir le mystère psychologique.

Contenu : A la base, le scénario de Manette présente un certain intérêt. Ce personnage de jeune fille névrosée chez ses parents, fantasmant des oiseaux, vivant une liberté sexuelle nouvelle, développant ses talents créateurs aux Beaux-Arts, participant à des manifestations indépendantistes, vivant avec un homme sans être marié, subissant un avortement clandestin, rencontrant le masochisme et le lesbianisme, admirant le poète Claude Gauvreau livrant ses poèmes dans des petites boîtes où se rassemblent des artistes, passant un temps par la prostitution pour finalement aboutir dans le yoga et le mysticisme oriental correspond d'assez près à beaucoup d'idées-maîtresses à la mode dans les années 60. Sa constatation finale de l'inanité des spiritualités asiatiques est même en avance sur son temps.
Tout cela est toutefois présenté de façon très confuse, sans ligne directrice, et surtout dans un traitement cinématographique qui ne fait pas croire au sujet. En plus d'être un mauvais spectacle, on n'y retrouve aucune véritable réflexion sur le problème de la maladie mentale, ni en soi ni dans ses liens avec la famille et la société. La révolte religieuse est claire, mais le cinéaste n'explicite en rien ce qui la provoque. En somme, ce film montre un personnage plausible des années 60, mais en reste à une dimension trop superficielle.

Bibliographie

1. ________ Objectif, 31, février-mars 1965, p. 36.
2. BERTRAND, André, Le Devoir, 6 janvier 1868.
3. BERUBE, Robert-Claude, dans COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 3.
4. OFFICE DES COMMUNICATIONS SOCIALES, Recueil des films de 1967, Montréal, 1968, p. 112.
5. STRARAM, Patrick, MacLean, janvier 1968.
6. TURNER, D. John, Index des films canadiens de long métrage, 1913-1985, 1986, p. 53.
7. WALSER, Lise, Répertoire des longs métrages produits au Québec, 1960-1970, p. 30.

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