Notes sur la contestation

16 mm, n. & b., 56 minutes 16 secondes, 1970

Jean-François, Louis, Daria, Bruce, Ronald, Manuel, René, Paul, Ralph, Henry et Clarissa ont rédigé les notes suivantes : Notes sur la contestation. [Générique de fin] Réalisation et montage : Louis Portugais. Mise en pages: Clément Perron. Images : Alain Dostie, Michel Thomas d'Hoste. Musique : John Coltrane. Son : Joseph Champagne, Claude Delorme. Interprète au tournage : Anne Vigeant. Traduction simultanée : Pascale Van Becelasre. La voix de Guy Godin. Montage du son : Gilles Quintal. Mixage : Michel Descombes. Directeur de production: François Séguillon, c.s.c. Archives : United Press International, Société Radio-Canada, J. P. Masse. Production : Office national du film du Canada. © Office national du film du Canada. 1970.

Tournage : Automne 1968, à Montréal, Mexico, Etats-Unis; utilisation de stockshots de diverses sources
Coût : 51 482 $
Titre de travail : Jeunesse 68
Copie : ONF archives, Cinémathèque municipale de Montréal

Analyse

Résumé : Louis Portugais fait ici un panoramique sur la contestation en divers pays (Mexique, Etats-Unis, Québec) à l'automne 68. Il rappelle Mai 68 en France et ramène à quelques reprises des images de la Révolution culturelle en Chine. Ce reportage donne surtout la parole aux premiers intéressés, les étudiants.

Sujets et thèmes : Contestation de la jeunesse, Jeux olympiques de Mexico, étudiants, Louis Falardeau, campus américains, manifestations, français et Saint-Léonard, guerre du Viêt-nam, révolution culturelle chinoise, violence, Che Guevara, pouvoir, politique, armée, université, cégep, autogestion, pancartes, information, exploitation, syndicats, Mai 68, Paris, FLQ, nationalisme, marxisme, Henri Lefèvre, Herbert Marcuse, Ramsey Cook, Révolution tranquille.

Traitement : Ce documentaire-reportage utilise surtout l'interview classique avec une caméra fixe sur les locuteurs alternant avec des stockshots des évènements commentés. Il veut surtout donner la parole et laisser longuement s'expliquer les acteurs de la contestation étudiante. A quelques reprise, un narrateur off lit des textes de Lefèvre, Marcuse, Cook qui cherchent à expliquer le mouvement et donnent raison aux jeunes. Ces «notes» sont «mises en pages», comme dit le générique dans quatre grands «carnets» (thèmes). A quelques reprises, des airs de Coltrane (le surplus qui n'avait pas été utilisé pour Le chat dans le sac) commentent à leur façon cet univers problématique de la contestation.

Contenu : Le titre Notes sur la contestation indique bien le contenu de ce film, l'un des plus importants pour comprendre la fin des années 60. En germes s'y trouvent tous les courants qui provoqueront au Québec les Évènements d'octobre et les courants majeurs des années 70. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un bilan de la Révolution tranquille, mais on peut le considérer tel en réalisant que les attitudes des contestataires sont un fruit direct des réformes des dernières années. En octobre 1968, juste avant la tenue des Jeux olympiques de Mexico, des étudiants se font durement réprimer par l'armée : 50 morts, 1 200 blessés. Sur les campus américains, de gigantesques manifestations débouchent aussi sur la violence pendant que les hippies font la une du Times. Quelques mois auparavant, Paris puis toute la France a connu son Mai 68. En Chine, comme le rappellent quelques plans rapides au début de chaque «carnet» de notes, une Révolution culturelle est en cours, encore mystérieuse, mais référence incontournable pour tous les contestataires Au Québec, à peine un an après la mise sur pied des cégeps, des étudiants les occupent et en revendiquent l'autogestion; des mouvements semblables se passent dans les universités et d'autres jeunes posent des bombes avec le Front de libération du Québec (FLQ). Qu'est-ce qui anime toute cette jeunesse? Portugais lui donne la parole pour tâcher de la comprendre de l'intérieur.
Classés en quatre «carnets» aux titres de «le generation gap», «le pouvoir étudiant», «le refus» et «la violence», il présente les thèmes principaux de la contestation. Nous trouvons dans ce film le catalogue à peu près exhaustif des idées motrices des contestations étudiantes à la fin des années soixante : l'attirance des modèles marxistes-léninistes, opposition à la guerre du Viêt-nam, revendication de l'autogestion dans les collèges et universités, conflit des générations au sujet des nouvelles valeurs morales et sociales, «faites l'amour et non la guerre», insatisfactions et frustrations causées par la société de consommation, transformation du milieu syndical en force politique, solidarité avec les étrangers opprimés, révolte contre tous les pouvoirs et contre la domination de l'argent, influence de Che Guevara, etc. Le dernier plan du film, très long et insupportable, montre un enfant vietnamien atrocement brûlé par le napalm et il suit immédiatement celui d'une mignonne enfant américaine disant qu'elle ne veut pas savoir ce qui se passe là-bas. Plus localement, ces grands mouvements prennent diverses formes : occupations des cégeps par les étudiants, sabordage d'associations étudiantes pour se joindre aux regroupements populaires de travailleurs, manifestations nationalistes pour le français à Saint-Léonard, gestes spectaculaire du FLQ, moqueries contre la «société juste» du premier ministre Trudeau qui profite «juste» aux riches et aux ministres, longues discussions sur l'utilisation de la violence, etc. Dans les milieux étudiants, on veut refaire le monde seuls, car «dialoguer, c'est se faire fourrer» par tous les pouvoirs, même ceux des syndicats. Un leader étudiant a même hésité à témoigner pour le film par crainte de se faire «récupérer» par le système... En plus d'écrire cette page sur la fin des années 60, Portugais montre très bien que la contestation est le fruit direct de la Révolution tranquille : c'est la démocratisation de l'éducation qui, en créant plus de gens conscients, a suscité davantage d'espoirs et d'esprit de lutte. Mieux informée de ce qui se passe partout dans le monde, la jeunesse refuse d'être complice de quelque forme d'exploitation que ce soit et revendique de nouveaux lieux de pouvoir pour créer de nouvelles valeurs. Notes sur la contestation est capital pour comprendre l'imaginaire éclaté et l'âme de la jeunesse québécoise des années 60.
C'est aussi un des seuls films où l'on entend directement l'expression de «Révolution tranquille». Elle se retrouve dans un texte au leitmotiv «on m'a menti» et affirme qu'il n'y en pas eu de Révolution tranquille. Mais à peu près toutes les idées émises par les contestataires se retrouvent dans les grands thèmes développés par les analystes.

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