Pas de vacances pour les idoles

16 mm, n. & b., 85 minutes, 1965

Latino Films Ltée présente Joël Denis dans Pas de vacances pour les idoles avec Albert Millaire, Suzanne Lévesque, Marcel Cabay, Jacques Godin, Josiane Gibert, Yvan Ducharme, Alain Stanké, Colette Dorsay, Tran Thieu Hung, Nguyen Xuan Thinh, Jean De Villiers, Gaston Bergeron, Michel Trahan, Claude Michaud, André Lelarge, Jean-Guy Sabourin, Renée Girard, Pierre Lachance, Lucille Cousineau, Paule Philipe. Participation exceptionnelle de Donald Lautrec et Les Têtes blanches, Jacques Matti, Jean Claveau, Les Copains de Joël. [Générique de fin] Réalisation : Denis Héroux. Scénario de Noël Vallerand. Directeur de la photographie : Jean-Claude Labrecque. Montage de Werner Nold. Son de Michel Belaïeff. Musique : Georges Tremblay. Les chansons : «Hey Lolita» (R. Bell, G. Brown); «Au loin dans la campagne» (P. Sénécal, Y. Dufresne); «Morte valse», «Comme la mer» (F. Carrel, B. Wash); «Dou da» (H. Pascal, T. Randazzo); «Vas-y, dis-lui» (J. G. Aber, M. B. Lane); «Dernière minute» (archives des Têtes blanches). Joël Denis est habillé par la maison Maxime. Assistant à la caméra : Gérard Arou. Montage sonore : Jacque Leroux. Assistant au son : Jean Marigaux. Script : Robert Binette. Régisseur : Richard Saddler. Assistant réalisateur : Bruno Dostie. Services techniques : Onyx Films inc., Laboratoires Mont-Royal. Chansons et musique : Fantastic. Directeur de production : Claude Héroux.

Notes: «Latino films ltée» n'existe que pour la production de ce film, qui est produit en réalité par Onyx films inc. Pierre Lamy en est le principal responsable.

Tournage : Eté 1965, Montréal, Toronto, Québec
Coût : 60 000$
Copie : (vu à la télévision)

Ce qu'on en a dit :

Office catholique national des techniques de diffusion : Sur le fil ténu d'un semblant de scénario, on a épinglé diverses situations susceptibles de permettre à des vedettes populaires auprès de jeunes de faire leur petit numéro. Le film manque fortement de cohésion et semble avoir été réalisé à la sauvette. Un certain entrain anime tout cela cependant et l'effervescence des interprètes peut donner par moments l'impression de la vie. Une fin bâclée et une bonne dose de cabotinage n'améliorent guère l'ensemble.
Appréciation morale : Le ton humoristique atténue la portée de certaines libertés d'allure. Adultes et adolescents. (8, p. 163)

Denis Héroux : Après avoir vu les films des Beatles, j'ai eu l'impression qu'il y avait un type qui pourrait créer le même phénomène sociologique au Québec. J'ai vu Joël Denis, en province, faire un spectacle devant une foule, j'ai vu une communicabilité entre cet individu et le public; je me suis aperçu que, plus en dehors de Montréal qu'à Montréal même, Joël Denis était un phénomène sociologique. Je me suis dit que ce serait intéressant de transmettre ce même phénomène dans un film. (1, p. 14)

Yvan Patry : Il y a chez Héroux une connaissance de la narration cinématographique qui est plus rare qu'on le pense. Ses films ne souffrent jamais d'une erreur de ton. Et cela malgré le fait qu'Héroux travaille constamment à l'intérieur de scénarios limités ou improvisés. Je n'irai pas jusqu'à qualifier Héroux de Lester québécois, ne serait-ce que parce qu'il n'y a pas chez lui de véritable thématique. (9, p. 112)

Analyse

Résumé : Michel, jeune chanteur, travaille comme serveur-fantaisiste dans un club, mais il en est congédié. Colocataire d'un intellectuel, Hector, il se rend au party de graduation de ses élèves, les initie à une nouvelle danse et devient ami d'un petit groupe qui l'aide à enregistrer un premier disque et à le faire passer à la populaire station de radio CJMS. Il devient instantanément une grande vedette, courtisée par Télé-Métropole où il fait une émission en compagnie d'une jeune starlette, Sophie, avec qui c'est le coup de foudre. Le couple d'amoureux attire alors l'attention d'un riche imprésario d'origine allemande et lié à la pègre, aussi trafiquant de drogue, qui les emberlificote avec des promesses de tournée internationale et qui transforme finalement Michel en porteur d'une valise remplie d'héroïne pour Toronto. C'est finalement Hector qui tire d'affaires la vedette, aidé d'une secrétaire insatisfaite de l'imprésario. Le tout se termine par la réunion du couple vedette, le triomphe de Michel et par le mariage d'Hector et de sa nouvelle amoureuse.

Sujets et thèmes : Comédie musicale, musique, chanson, pègre, drogue, amour, télévision, Télé-Métropole, radio, CJMS, vedettariat, Expo 67.

Traitement : Comédie musicale centrée sur un chanteur plutôt que sur une histoire, Pas de vacances pour les idoles raconte une petite histoire quétaine et invraisemblable pour mettre Joël Denis en vedette et lui fournir l'occasion de chanter quelques chansons. Il livre celles-ci en entier, cadré en gros plans ou rapproché, avec quelques contrechamps du public. On n'y sent presque aucun effort de mise en scène, la caméra se contentant d'être bêtement là devant les comédiens. Il en est de même pour une chanson de Donald Lautrec, autre chanteur populaire de l'époque, et du groupe «Les têtes blanches». Le reste du récit s'articule d'une façon plutôt maladroite autour de quelques clichés éculés depuis longtemps : un intellectuel barbu aux allures d'impuissant qui bat finalement tous les méchants aux poings, des bandits d'opérette avec un chef gueulard au faux accent allemand, une starlette «sois belle et tais-toi» comme il ne s'en fait plus depuis 1940, la grosse brute qui déchire des annuaires téléphoniques de Montréal à mains nues, des situations invraisemblables dont les héros se tirent d'une façon encore plus irréelle. Le tout fait souvent penser à la bande dessinée. A cause des danses et chansons et de la présence de Denis, un rythme qui peut plaire aux adolescents se maintient.

Contenu : Comédie musicale sur fond d'historiette policière extravagante, Pas de vacances pour les idoles ne renvoie à rien d'autre qu'à ses chansons, à ses danses et à la mode dont elles représentent une expression ponctuelle. En 1965, les Beatles occupent tout le champ de la musique populaire et comme dit Héroux (2, p. 61), «les Beatles, ça se vend mieux que les Hurons et les missionnaires», faisant allusion au Festin des morts de Dansereau que l'ONF n'a pas osé sortir en salle et qu'il a lancé à la télévision. D'autres filmant les Britanniques, Héroux se rabat sur la plus grande vedette locale du genre et lui ficelle un mauvais scénario, espérant que le public adolescent n'y verra que du feu. C'est apparemment ce qui se passe puisque le film connaît un bon succès financier avec le marché québécois. Sur ce plan, Pas de vacances pour les idoles participe des premiers efforts pour créer une industrie privée de cinéma de fiction pour les salles. Cofinancé par DeSève, propriétaire de France Film (distributeur et exploitant) et de Télé-Métropole qui crée des vedettes comme Denis et en assure la visibilité, l'entreprise comporte peu de risques. Elle n'en permet pas moins de réaliser que les meilleurs succès sur la marché local ne réussiront jamais à financer avec profit raisonnable des productions coûteuses et que seule la vente sur le marché international permettrait de créer une véritable industrie indépendante de l'État.
Sur le plan culturel, Pas de vacances pour les idoles manifeste que des vedettes locales (Joël Denis, Donald Lautrec, Tony Roman, groupes, etc.) obtiennent durant les années 60 des succès locaux comparables à ceux des grandes vedettes internationales et cela en chantant du rock 'n roll en français. Elles provoquent le même genre d'hystérie collective chez les adolescents et les mêmes regroupements de fans. Les danses reproduisent les mêmes pas qu'à New York ou à Liverpool. Là au moins, le Québec entre décidément dans la modernité. Les «révolutions» dans la musique populaire n'y sont pas plus tranquilles qu'ailleurs. Comme elles se font en français, on peut penser qu'elles apportent leur petite part dans la revalorisation culturelle en cours.

Bibliographie

1. ________ «Les 101 questions» posées à Denis Héroux dans Objectif, 36, 1966, (article non signé)
2. BONNEVILLE, Léo, entretien avec André Lamy et Denis Héroux, Séquences, 48, février 1967, p. 60-62.
3. BONNEVILLE, Léo, «Le cinéma canadien, Trois films... pour rire», Séquences, 43, décembre 1965, p. 67-70.
4. BONNEVILLE, Léo, entretien, Séquences, 71, janvier 1973, p. 6.
5. COULOMBE, Michel et Marcel JEAN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1988, p. 232.
6. FAUCHER, Carol et Michel HOULE, Gilles Carle, Cinéastes du Québec, no 2 (réédition), p. 53.
7. HOULE, Michel et Alain JULIEN, Dictionnaire du cinéma québécois, 1978, p. 133.
8. OFFICE CATHOLIQUE NATIONAL DES TECHNIQUES DE DIFFUSION, Recueil des films de 1965, p. 163.
9. PATRY, Yvan, et autres, Le cinéma québécois : tendances et prolongements, 1968, p. 112. 10. TURNER, D. John, Index des films canadiens de long métrage, 1913-1985, 1986, p. 58
11. WALSER, Lise, Répertoire des longs métrages produits au Québec, 1960-1970, p. 31.

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